‹ La famille dans la société romaine;Chapitre 1 sur 84 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

néralde la manière dont le sujet sera traité. Elle domine le livre, de même qu'elle le précède. Mon sujet, je le répète, a bien été tout d'abord le mariage et les mœurs des gens mariés dans la Rome antique ; mais la méthode qu'en même temps j'adoptais résolument, était la méthode comparative.

En général les érudits, qui étudient Athènes ou Rome, les étudient uniquement, exclusivement. Quelques-uns, la plupart peut-être, en se privant de toute comparaison, le font sans parti pris, parce que c'est la méthode la plus simple et surtout la plus ancienne, celle qui naguère régnait sans partage. D'autres y apportent une intention, consciente d'elle-même. Rome, Athènes, furent à leurs yeuxdes peuples nobles, exceptionnels, qu'on ne doit pas comparer, sinon entre eux deux. Ce serait d'abord une espèce d'injustice à leur égard, et puis l'examen le plus attentif des peuples, à génies inférieurs, n'éclairerait que d'une lumière trompeuse l'évolution de ces génies beaucoup plus relevés.

Parmi les érudits ou les historiens de cette dernière catégoi^, il en est cependant (ce sont les plus avancés), qui rapprochent méthodiquement les Grecs et les Romains des quelques autres peuples appartenant ainsi qu'eux à la race arienne. Mais en ce cas la race arienne joue le rôle d'une limite fixe, au delà de laquelle tout rapprochement est interdit, comme irrationnel. Ainsi on compare sans difficulté Grecs et Romains avec les anciens Hindous, avec les anciens Perses, parfois même avec les Germains, les Slaves et les Celles. Ces peuples

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font partie de l'humanité réputée supérieure ; la comparaison entre euxestdonc légitime; par la même raison elle ne doit pas aller au delà. D'ailleurs, la comparaison porte presque exclusivement sur la langue, et la mythologie. Si on l'étend parfois à quelques institutions priv mitives, telle que la famille, c'est qu'on considère ces institutions comme dérivées d'une religion commune à l'origine; et dans cette dernière direction, on estime encore qu'il faut assez vite s'arrêter, pour ne plus reconnaître que l'influence dominante du génie particulier de chaque peuple.

J'ai cru pour mon compte qu'il était légitime et même obligatoire d'aller plus loin, d'étendre le cercle de l'observation comparative jusqu'aux limites mêmes de la race humaine.

J'ai donc essayé de tracer une esquisse de l'évolution totale accomplie par l'humanité, dans ce champ particulier de la morale familiale. J'ai fait de cette esquisse la première partie de mon travail. La seconde partie, le tableau des mœurs romaines, étant plus particulièrement mon sujet, je l'ai traitée avec une plus grande abondance ^ dedétails, et surtout avec plus de précision; je l'ai traitée en elle-même; toutefois je n'ai pas cessé d'avoir en vue l'idée dominante du livre. J'ai toujours maintenu dans ma pensée les Romains au milieu de l'histoire générale, parmi les peuples contemporains, parmi les antérieurs et les successeurs. Notant d'un coté ce que Rome avail pu présenter de spécial, non en vertu d'un génie particulier, ce qui est une entité encore à prouver, mais en

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vertu de circonstances particulières; notant d'autre part ce que Rome avait eu de commun avec la généralité des autres peuples, j'ai tâché de faire rentrer Rome dans le concert général, à la place précise qui lui appartient; ou encore, si l'on veut, je me suis efforcé de voir avec netteté quel degré elle occupe dans l'ascension civilisatrice, quel moment elle représente dans la progression générale.

Il se peut qu'en dépit de mes explications tel chapitre de mon livre paraisse encore disproportionné. Je prie le lecteur de prendre garde que cette disproportion toute matérielle, faite pour choquer seulement les yeux, ne compte pas devant la réflexion. Il y a des effets, dont les causes sontpeunombreuses, et brièvement explicables. Il en est d'autres au contraire qui sortent d'une multitude de circonstances ténues, et dont l'exposition réclame beaucoup de paroles. J'ai visé uniquement à m'expliquer et à expliquer aux autres certains résultats bien déterminés, et je l'ai fait sachant que l'art de la composition avait, en apparence du moins, d'autres règles et d'autres conditions.

Quant à l'esquisse de l'évolution générale, dont je parlais tout à l'heure, si peu réussie qu'elle puisse être, je dois de l'avoir pu tenter aux travaux des sociologistes que l'on peut considérer comme les fondateurs d'une science nouvelle, primordiale à l'histoire au sens étroit. Ils ne m'ont pas dispensé toujours de recourir aux sources originales; mais ils me l'ont permis souvent. Ils m'ont fourni des vues, des gêné-

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ralisations que j'ai tenté d'étendre et de pousser plus avant. De ces ouvrages qui sont la base du mien, je citerai seulement les principaux : Herbert Spencer : Principes de sociologie; Letourneau : la Sociologie, l'Évolution de la morale, r Évolution du mariage et de la famille ; Waitz : Anthropologie der naturvolker ; Bachofen : Mutterrecht; Lubbock : Origine de la clvllisatioti; Giraud-Teulon : Origines de la famille; Mac-Lennan : Primitive marrlage ; Morgan: Systems of consangulnlty and affinitij ofhuman famllg; Herbert Spencer : Descriptive soclologye; Sumner Maine: r Ancien Droit, etc.

Paul Lacombe.

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