Isabeau de Galliffet, religieuse ursuline à Vauréas
Le célèbre Père Jésuite Duplessis écrivait, en 1749, à ses soeurs, religieuses à l'Hôtel-Dieu de Québec :
"...J'ai rencontré en revenant par Lyon un Jésuite dans le degré de sainteté et d'amour de Dieu du P. Carheil rt de nus anciens fondateurs de la mission du Canada. Pendant huit jours que j'ai demeuré dans cette grande ville pour y prêcher, je passais avec lui presque tout le temps que je n'étais pas en chaire. Je m'imaginais être en Canada. C'était le père Galifet, frère de M. de Galifet que nous avons vu à Québec. Ce saint vieillard est mort deux mois après, il m'avait bien promis de prier pour moi " (1).
Le Père de Galliffet était-il bien le frère de notre M. de Galliffet ? Nous serions plutôt porté à croire qu'il était son cousin.
( I ) J. -Edmond Roy, Lettres du P. F.-X. Duplessis, Je la Compagnie de Jésus, p. 271.
M. D'Hozier, dans son Armoriai de France, dit que
le Jésuite de Galliiïet était né du mariage de Jacques de Galliffet et de Marguerite d'Augustine. Et, pourtant, D'Hozier tenait ses renseignements de la famille de Galliffet elle-même.
Le 1er mars 1688, le roi Louis XIV signait un ordre pour donner le commandement d'une compagnie en Canada à François de Galliffet de Caffin (2).
M. de Galliffet s'embarqua dès le printemps de 1688, pour passer dans la Nouvelle-France.
En 1689, M. de Galliffet commandait la garnison des Trois-Rivières. Le 4 juin 1689, M. de Varennes, gouverneur des Trois-Rivières, décédait. M. de Galliffet le remplaça comme commandant de la place en attendant la nomination de son successeur (3).
Lors du massacre de Lachine en août 1689, M. de Galliffet commandait le camp volant de Verdun, remplaçant M. de Subercase en congé à Montréal. Le 2 août, à quatre heures du matin, un coup de canon donna l'alerte au camp de Verdun. M. de Galliffet prit toutes les dispositions voulues en attendant le retour de M. de Subercase. Lorsque ce dernier arriva, le détachement de Verdun se mit tout de suite à la poursuite des ennemis (4).
Nous lisons dans la "Relation de ce qui s'est passé de p] s remarquable en Canada, depuis le départ des vaisseaux. au mois de novembre 1689, jusqu'au mois de novembre [690" :
" Le 22 septembre 1690, comme un valet du sieur Crevier, seigneur de Saint-François, dans le lac Saint-Pierre, allait au travail, il découvrit quelques ennemis et vint tout en courant le dire au fort.
" M. le chevalier de la Motte, capitaine reformé, qui nvait son détachement près de là, y arriva sur les deux heures après-midi. Il voulut d'abord aller aux ennemis et
(2) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brvmner sur les archives canadiennes, 1899, p. 271.
(3) Benjamin Suite, Bulletin des Recherches Historiques, vol. II, p.
(4) Collection de manuscrits, vol. I, p. 568.
partit en effet peu de temps après, avec le sieur de Murât, lieutenant du sieur de Galliffet, qui commandait au fort. Ils avaient avec eux trente-quatre hommes. Ils découvrirent les ennemis dans leurs cabanes qui ne s'attendaient pas à leur venue.
" La première charge fut vigoureuse et les mit en déroute, mais comme les fuyards s'allèrent joindre à deux autres cabanes que l'on n'avait point attaqués, revenant tous ensemble en grand nombre, ils trouvèrent nos gens épars et il ne leur fut pas difficile de les faire plier a le tour.
" Il ne s'en sauva que la moitié ; le sieur de la Mo*" v a été tué et on ne sait de quoi est devenu le sieur de Mu rat " (5).
En 1691, M. de Galliffet commandait encore aux Trois- Rivières.
En 1692, M. Provost, major de Québec depuis 1669, était promu lieutenant de roi et M. de Galliffet, le 6 février, était appelé à le remplacer à la majorité de la même ville (6).
Le 8 mai 1694, le roi écrivait à M. de Galliffet qu'il avait eu avis de sa mauvaise conduite, de son manque de retenue, de sa légèreté, de ses mauvaises pratiques pour servir ses intérêts et mettre la division entre ses supérieurs, de l'abus de son emploi jusqu'à l'indécence. Le roi terminait sa lettre en avertissant M. de Galliffet qu'il serait révoqué s'il ne s'amendait (y).
Le 4 novembre 1604. M. de Erontenac écrivait au ministre :
(5) Collection de manuscrits, vol. I, p. 514.
(6) MM. Provost et de Galliffet eurent un différend au suiet des appointements de la majorité de Québec pour l'année 1 692. Aux Archives du Canada, à Ottawa, on a lo Lettre de M. Champigny au sujet des appointements de MM. Provost et de Galliffet. du 8 octobre 1692 ; 2o Réponse de M. Provost aux raisons de M. de Galliffet touchant les appointements de la majorité de Québec pendant l'année 1692 ; 3o Réplique du sieur Galliffet sur le même sujet (Correspondance générale, vol. 12).
(7) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brymner sur les arcbhtcs canadkmies, 1899. p. 295.
" Depuis le départ de la Charente et les lettres que je me suis donné l'honneur de vous écrire, par ce vaisseau, l'incommodité qu'avait le sieur de Galliffet, major de Québec, s'est tellement augmentée, que les chirurgiens d'ici ont cru qu'il était absolument nécessaire qu'il passât en France pour en pouvoir guérir, de sorte que je n'ai pu lui refuser la permission qu'il m'a demandée.
" Ce malheur lui sera peut-être avantageux puisqu'il lui donnera plus de moyens de se justifier de tout ce qu'on a imputé contre lui, et d'effacer les impressions qu'on vous en avait données " (8).
Pendant son voyage en France, M. de Galliffet avait vu le ministre et avait promis de s'amender puisque, le 20 mai 1695, le roi lui donnait un ordre pour commander les troupes en l'absence du sieur Provost ou du sieur de Vaudreuil (9).
Un mois plus tard, le 14 juin 1695, le roi informait MM. de Vaudreuil et de Champigny qu'il avait donné aux sieurs de Galliffet et de Langloiserie les ordres pour commander à Québec et à Montréal en l'absence des gouverneurs, lieutenants de roi et du sieur de Vaudreuil (10).
Le voyage en France de M. de Galliffet lui avait permis de rentrer en grâce complètement auprès du roi et du ministre.
Le 10 octobre 1698, M. de Frontenac écrivait au ministre :
" Nous joindrons, M. l'intendant et moi, à notre lettre commune un mémoire que vous présente le sieur de Galliffet, major de Québec, pour l'établissement d'un poste à l'île Percée, qui nous paraît à l'un et à l'autre d'une très grande utilité pour la sûreté d'une pêche sédentaire, comme aussi pour rendre la navigation de notre rivière plus facile, et la mettre à couvert des insultes des pirates qui sont ve-
(8) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 13.
(9) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brymner sur les archives canadiennes, 1899, p. 301.
(10) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brymncr sur les archives canadiennes, 1899, p. 292.
nus dans cette dernière guerre jusqu'à vingt lieues de Québec " (n).
Le 15 octobre 1698, dans leur lettre commune au ministre, MM. de Frontenac et Champigny écrivaient :
" Nous joignons à cette dépêche un mémoire qui vous esl présenté par le sieur de Galifet, major de cette ville, par lequel il vous expose l'utilité qu'il y aurait d'établir un poste à l'île Percée pour assurer les pêches sédentaires qui s'y font et mettre à couvert l'entrée de notre golfe et de notre rivière des moindres pirates qui sont venus dans ces dernières années jusqu'à 20 lieues de Québec faire des incursions et nous prendre des bâtiments. Si S. M. goûte cette proposition, nous la suplions de lui en accorder le gouvernement, et nous croyons qu'elle ne le pourrait confier en de meilleures mains, parce qu'il a de l'esprit, de l'intelligence et beaucoup d'affection pour le service " (12).
Le ministre ne goûta pas la demande et la projet de M. de Galliffet et dût blâmer MM. de Callières et Champigny d'avoir appuyé sa proposition puisque ceux-ci, le 20 octobre 1699, lui écrivaient :
"Ça été sur le fondement des raisons contenues dans ie mémoire du sieur de Galiffet. envoyé l'année dernière à Sa Majesté que M. de Frontenac et le sieur de Champigny lui ont proposé d'établir un gouverneur à l'île Percée, et puisqu'elle ne les a pas goûtées, nous demeurerons sur ce point dans le silence " (13).
Le 17 mai 1699. le roi accordait un congé de neuf mois à M. de Galliffet, major de Québec (14).
Quelques jours plus tard, le 28 mai 1699, M. de Galliffet était promu lieutenant de roi à Montréal, à la place de M. de Crisafy, appelé lui-même au gouvernement des Trois-Rivières (15).
(Il) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 1 6. Cl 2) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 16. ( 1 3) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 1 7.
(14) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brvmner sur les archives canadiennes, 1899. p. 326.
(15) Idem. p. 328.
A l'automne de 1699, M. de Galliffet. se prévalant du congé obtenu le 17 mai précédent, passait en France.
Le 20 octobre [699, M. de Callières écrivait au ministre :
" Le sieur de Galiffet, lieutenant de roy de Montréal, nous avait demandé l'année dernière un congé pour passer en France. Les sieurs LeVasseur et de Bellecour luy onl mandé que vous aviez eu la bonté de le faire expédier et quoiqu'il ne soit pas venu icy, j'ai cru, sur les lettres qu'il m'a montrées et la disposition où il se trouve depuis long temps, devoir l'y laisser aller pour prendre les eaux afin de rétablir sa santé et ainsi que le sieur de St-Michel qui est paralytique presque par tout le corps " (.16).
Le même jour, dans leur lettre commune, MAL de Callières et Champignv écrivaient au ministre :
" Nous nous croyons obligés de dire à Sa Majesté que le sieur de Galiffet. lieutenant de Roi de Montréal, passe en France qui sera chargé du diplicata de cette dépêche ; c'est un bon sujet, fort appliqué, sage, entendu et capable de remplir les emplois que Sa Maiesté lui voudrait confier" (17).
A la mort de M. Robineau de Yillebon, gouverneur de l'Acadie, en 1700, M. de Galliffet essaya de se faire donner ce gouvernement. Le 31 mai 1701, le ministre lui écrivait qu'il l'avait proposé au roi pour le gouvernement de l'Acadie. Le roi, malheureusement, en avait disposé en faveur de M. de Brouillan (18).
Le 6 mai 1702. un ordre du roi réglait que pour prévenir des difficultés avec M. de Galliffet, à l'avenir, en l'absence de M. de Yaudreuil, gouverneur de Montréal, M. de Ramezay commanderait dans ce gouvernement. En l'absence de MM. de Callières et de Yaudreuil. M. de Ramezav
( ! 6) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 1 7. ( 1 7) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. I 7. (18) Edouard Richard. Supplément du rapport du Dr Brvmner sur les archives canadiennes, 1 899, p. 34 1 .
devait avoir le commandement de toute la Nouvelle-France (19).
Le 16 novembre 1703, M. de Beauharnois écrivait au ministre :
" M. de Galiffet m'a prié, Mgr, de vous demander pour lui un congé d'un an pour aller en France régler ses affaires " (20).
Le 21 juin 1704, le ministre écrivait à M. de Galliffet qu'il n'avait pu rien faire pour lui cette année, mais qu'il ne l'oublierait pas. Comme fiebe de consolation, il lui accordait le congé qu'il avait demandé (21).
Le 15 juin 1705, M. de Galliffet obtenait la croix de Saint-Louis.
Le ministre, en lui apprenant la bonne nouvelle le 14 juin 1705, l'informait qu'il n'était pas vrai que M. de Brouillan avait résigné le commandement de l'Acadie (22).
Le 9 juin 1706, le ministre écrivait une lettre très sévère à M. de Vaudreuil au sujet de M. de Galliffet. Le roi, disait-il, a trouvé mauvais que M. de Galliffet se soit absenté de Montréal en l'absence de M. de Ramezay, lors de l'émeute. Il a été bien près de l'interdire. Le ministre lui accordait, toutefois, permission de passer en France à cause de la mort de son frère, le gouverneur de Sainte-Croix (23).
En novembre 1706, MM. de Vaudreuil et Raudot informaient le ministre que M. de Galliffet, lieutenant de roi à Montréal, passait en France. Ils en profitaient pour faire son éloge. Ils terminaient leur lettre en disant au ministre que M. de Galliffet était un honnête homme (24).
(19) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brymner sur les archives canadiennes, 1899, pp. 348, 356.
(20) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 21. (2!) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brymner sur
les archives canadiennes, 1899, p. 365.
(22) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brymner sur les archives canadiennes, 1 899, p. 369.
(23) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brymner sur les archives canadiennes, 1899, p. 376.
(24) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 24.
M. de Galliffet essaya, pendant son séjour en France, d'obtenir de nouvelles faveurs. Il suggéra au ministre d'établir au Canada une capitainerie générale garde-côtes. 11 lui proposa en même temps de créer un inspecteur des troupes. Il aurait accepté avec plaisir de remplir l'une ou l'autre des deux charges, peut-être les deux à la fois. Le 15 juin 1707, le ministre lui répondait que sa proposition d'établir une capitainerie générale garde-côtes ne convenait pas. Quant à l'inspecteur des troupes, il n'était pas nécessaire (25).
Quelques jours plus lard. M. de Galliffet recevait une autre rebuffade du ministre. En 1706, les officiers d'étatmajor de la Nouvelle-France, MM. de Ramezay. de Crisafv, de Galliffet, de Langloiserie e't de Louvigny, par une lettre commune, avaient fait des représentations au ministre sur la modicité de leurs appointements. Le roi, parait-il, fut très vexé de ce procédé. Le 30 juin 1707, le ministre écrivait à M. de Ramezay et lui faisait de grands reproches de même qu'à ses confrères d'avoir employé ce procédé inconvenant (26).
Le 13 juin 1708, M. de Galliffet, qui était en France depuis l'automne de 1706, obtenait une prolongation de congé d'une autre année pour lui permettre de régler les affaires de la succession de son frère (27).
Le marquis de Crisafy, gouverneur des Trois-Rivières. étant mort le 6 mai 1700, MM. Raudot, père et fils, intendans de la Nouvelle-France, amis de M. de Galliffet. s'empressèrent de le recommander au ministre pour le remplacer. Le 28 octobre 1709, ils faisaient valoir auprès du ministre les raisons qui militaient en faveur de leur candidat
(25) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brymner sur les archives canadiennes, 1 899, p. 384.
(26) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brymner sur les archives canadiennes, 1899, p. 387.
(27) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brymner sur lés archtv'es canadiennes, 1 669, p. 4 1 0.
qui, d'après eux. devait être préféré à M. de Langloiserie qui demandait aussi cette charge (28).
Le 5 mai 1710, M. de Galliffet était nommé par le roi gouverneur des Trois-Rivières. Il administrait ce gouvernement par intérim depuis la mort de M. de Crisafy en mai 1709.
Le 4 novembre 1712, M. de Galliffet achetait de Louis Aubert du Forillon et de son épouse Barbe LeNeuf le fief Sainte-Marguerite et la terre vulgairement appelée le "marquisat du Sablé" (29).
Le fief Sainte-Marguerite consistait en trois quarts de lieue de front "derrière les concessions qui sont le long du fleuve Saint-Laurent au-dessus des Trois-Rivières joignant d'un côté au sud-ouest les terres appartenant au sieur de Vieux-pont, et du côté du nordest au fleuve Des Trois-Rivières". Ce fief avait été concédé le 1er février îô/Q à M. de Boyvinet, lieutenant général des Trois-Rivières, par MM. de Frontenac et Duchesneau. Après la mort tragique de M. de Boyvinet en 1686, le fief Sainte-Marguerite était retourné au domaine de Sa Majesté. Le 2"j juillet 1691, MM. de Frontenac et Bochart Champigny l'avaient de nouveau concédé à M. Jacques Dubois, marchand, des Trois-Rivières (30). Celui-ci ne put le garder longtemps, et, le 9 juin 1700, il était vendu par autorité de justice, pour la somme de trois cents livres, à M. Charles Aubert de la Chesnaye. De ce dernier, le fief Sainte-Marguerite passa l 11 peu plus tard à son fils Louis Aubert du Forillon.
Quant au "marquisat du Sablé", il consistait en dix arpents de terre située "le long du coteau appartenant aux RR. PP. Jésuites aux Trois-Rivières". M. Aubert du Forillon en avait hérité de son père Charles Aubert de la Chesnaye qui lui en avait fait l'acquisition, le 13 novembre
(28) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 30.
(29) Acte devant la Cetière, notaire à Québec.
(30) Pièces et documents relatifs à la tenure seigneuriale, p. 402.
r686, de Michel LeNeuf de la Vallière et de Beaubassin (31). Celui-ci tenait le "marquisat du Sablé" de ses père et mère, Jacques LeNeuf de la Poterie et Marguerite Le- Gardeur.
M. de Galliffet paya son acquisition quatre cents livres.
En 1713, M. de Galliffet avait demandé un congé au ministre pour passer en France. Le 19 mars 1714, le Roi faisait savoir à MM. de Yaudreuil et Bégon qu'ayant accordé un congé à M. de Yaudreuil il ne pouvait en donner Lin en même temps à M. de Galliffet.
En 1714, M. de Galliffet renouvela sa demande. M. de Yaudreuil étant encore en France, il ne put l'obtenir (32).
Le 13 juillet 171 5, le roi donnait un ordre à M. de Galliffet, gouverneur des Trois-Rivières, au sujet du commandement du pays. Au défaut de M. de Yaudreuil, gouverneur-général de la Nouvelle-France, de M. de Ramezay, go zerneur de Montréal, et du marquis d'Aloigny (33), commandant des troupes, M. de Galliffet devait avoir le commandement du pays (34).
La conduite de M. de Galliffet laissait beaucoup à désirer. En 1715, Mgr de Saint-Yallier, évêque de Québec, se plaignait amèrement au Conseil de Marine du mauvais exemple donné par le gouverneur des Trois-Rivières.
Le 2 novembre 1716, M. de Yaudreuil tentait d'excuser M. de Galliffet auprès du ministre :
Le sieur Hertel de Cournoyer, à qui j'ai parlé des plaintes faites contre M. de Galliffet, m'a assuré qu'il n'avait aucun sujet de se plaindre de ce dernier et que ces plaintes venaient de la part du sieur Hertel. son père, qui
(31) Acte devant Gilles Rageot, notaire à Québec.
(32) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brymner sur les archives canadiennes, 1 899, pp. 1 1 4, 463.
(33) On ignorait encore en France que le marquis d'Aloigny de la Groix était mort depuis plus de huit mois.
(34) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brymner sur les archives canadiennes pour 1899, p. 115.
avait été induit à le faire par la sollicitation de M. l'évêque " (35).
Kn cette même année 1716, M. de Galliffet obtint enfin le congé qu'il demandait depuis trois ans. Il s'embarqua à Québec en novembre 1716 (36).
A la mort du marquis d'Aloigny de la Groix, péri dans le naufrage du Saint-Jérôme sur l'île de Sable dans l'automne de 1714. le roi décida de supprimer son emploi de commandant des troupes entretenues en la Nouvelle-France.
Le gouverneur de Vaudreuil, qui avait six fils à placer, essaya en 1716 et 1717 de faire rétablir l'emploi de commandant des troupes. La place, d'après lui, aurait admirablement convenu à son fils aîné.
M. de Galliffet. qui était sur les lieux, fit aussi jouer ses influences pour être nommé commandant des troupes. Il aurait gardé son gouvernement des Trois-Rivières et aurait agi comme commandant des troupes sans appointements, mais on lui aurait donné une compagnie pour soutenir la dépense qu'il aurait été obligé de faire dans ses courses d'inspection, etc., etc.
Cette proposition pas plus que celle de M. de Vaudreuil 11e fut acceptée.
M. de Galliffet devait revenir prendre son poste en 1717. Les années 1717 et 1718 s'écoulèrent sans qu'il songea à repasser dans la Nouvelle-France.
Le 23 juillet 1719, le Conseil de Marine faisait savoir à M. de Galliffet qu'il était fâché de l'incommodité qui le retenait en France, mais que comme il y était depuis deux ans, il ne serait payé de ses appointements que lorsqu'il serait rendu dans son gouvernement des Trois-Rivières.
M. de Galliffet. malade et ne se souciant pas de repasser dans la Nouvelle-France à cause des désagréments que lui avait attirés sa conduite déréglée, obtint, le 14 mai 1720.
(35) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 36.
(36) Laffilard dit qu'il repassa en France le 15 juin 1717, mais il e«t certain qu'il s'embarqua à Québec en novembre 1716.
son congé absolu, avec pension de 1500 livres (37;.
M. de Galliffet mourut à Avignon en 1746, à l'âge de quatre-vingt ans.
On a écrit qu'à son retour en France, M. de Galliffet fut envoyé commander à l'île de la Tortue et autres colonies des Antilles y compris Saint-Domingue. On a dit aussi que M. de Galliffet fut gouverneur de l'île Sainte-Croix, après son frère, Joseph de Galliffet. On a fait erreur (38). Après avoir obtenu son congé, en 1720, M. de Galliffet se retira à Avignon et n'occupa plus aucun poste.
La plupart de nos auteurs donnent le titre de marquis à M. de Galliffet. C'est encore une erreur. Le premier de Galliffet qui prit le titre de marquis fut Louis-François de Galliffet, fils de Alexandre de Galliffet, frère aîné de notre gouverneur des Trois-Rivières (39).
François de Galliffet avait épousé, à Québec, le 14 janvier 1697, Marie-Catherine Aubert de la Chesnaye, fille de Charles Aubert de la Chesnaye et de Marie-Angélique Denys de la Ronde.
Elle fut enlevée à l'affection de son mari dans l'épidémie de petite vérole qui régna dans toute la Nouvelle-France dans l'hiver et le printemps de 1703. Décédée à Montréal le 1er avril 1703, elle fut inhumée le lendemain.
Du mariage de François de Galliffet et de Marie-Catherine Aubert de la Chesnaye étaient nés quatre enfants :
1. — Louise- Angélique de Galliffet née à Québec le 3 janvier 1698. Décédée à Beauport le 22 janvier 1698, et inhumée dans l'église paroissiale.
2. — Charles-François de Galliffet né à Québec le 12 novembre 1698. Il suivit son père en France. Il entra dans
(37) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brymner sur les archives canadiennes, 1899, pp. 522, 529.
(38) Nous avouons candidement avoir fait la même erreur dans La famille Aubert de Caspé.
(39) Le général de Galliffet qui a été ministre de la guerre en France de 1898 à 1900, était le descendant du marquis Louis-François de Galliffet. En avril 1 867, le général de Galliffet, alors colonel dans l'armée envoyée au Mexiaue. visitait Québec.
les Gardes Françaises et parvint au grade de capitaine. Dans un acte du 27 octobre 1752, il est désigné comme suit: "Charles François de Galliffet. chevalier, seigneur de Mont- Cassin et autres lieux, chevalier de l'Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis, demeurant à Paris, rue du Bac. faubourg Saint-Germain, paroisse Saint-Sulpice " (40). M. d'Hozier fait mourir M. de Gallirïet le 12 décembre 1748, mais il fait erreur puisque nous le voyons bien vivant à l'automne de 1752 et s'occupant de ses propriétés du Canada.