SUPPLÉMENT AUX PREUVES. III
Lettre de M, FrayssmouSj sous^préfet de Commercy^ à M. le chevalier de Carrière^ sous^ pré/et d^Abbeville.
CGénéalogîe de ces MM. du Lys,)
Commercy, le !•' avril 1814.
Monsieur et cher collègue,
Je puis enfin vous adresser les renseignements que vous m'avez fait Phonneur de me demander par vos lettres des i5 février et 16 mars dernier concernant une famille Du Lys qui réside dans votre arrondissement, et qui se dit originaire du mien. J'aurais bien moins tardé à vous les faire parvenir, mais je voulais avant tout m'assurer s'ils étaient entièrement exacts. Je voulais, en outre, être bien certain si Pun des enfants de François-Pantaléon du Lys était allé s'établir en Picardie, et pour cela j'avais besoin de consulter l'arrière-petite-fille d'un Jean-Noél du Lys (né en 1662), qui était absente et n'est rentrée chez elle que depuis quelques jours. J'ai voulu aller moimême la trouver, tant pour lui communiquer les renseignements que j'avais déjà recueillis, que pour 1^ comparer avec ceux qu'elle pouvait avoir de son côté.
Il résulte de la conférence que j'ai eue avec cette dame, et encore de toutes les autres recherches que j'ai faites ou fait faire, que les lignées masculines de la famille de Jeanne d'Arc sont éteintes depuis longtemps dans la Lorraine, et qu'il n'existe plus de descendants que par les femmes ; cependant un de ces derniers, en me montrant quelques titres concernant sa famille, m'a dit qu'il croyait être certain qu'il y avait encore en Bretagne une famille Du Lys, issue de mâle en mâle de Pierre, frère
de Jeanne, mais il n'a pu me présenter aucun document authentique qui la constate.
Quant à Charles^Jean-Baptiste du Lys, dont vous parlez, il est constant qu'il descend de la famille Du Lys qui habitait autrefois Méligny-le-Grand. 11 existe encore tout près dMci une dame de cette famille qui le reconnaît pour son oncle, et qui m'a fait voir plusieurs lettres de lui. Voici la généalogie de cette famille, dont Charles- Jean^Baptisie du Lys fait partie, que je ne puis faire remonter au-delà de 1662, quoiqu'il soit d'ailleurs bien reconnu dans toute la province qu'elle tire son origine par les femmes directement de Pierre d'Arc, dit le chevalier du Lys, frère de Jeanne d'Arc*
Noél du Lys {Jean), procureur fiscal à Commercy, naquit en cette ville le 8 octobre 1662. 11 s'y maria avec demoiselle Charlotte Guillemin. De ce mariage naquit un enfgmt qui fut appelé Charles-Hyacinthe Noél du Lys,
Ce Charles-Hyacinthe se maria à Commercy en 1701 avec demoiselle Hélène Thirion, et en eut plusieurs enfants, savoir :
i« François-Pantaléon du Lys, né le 29 juin 1702 (parrain François Mollement, marraine dame Thérèse de Parpé), lequel fut s'établir à Méligny-le-Grand, où il est mort il y a environ trente-cinq ans (v. 1789), et où plusieurs personnes m'ont attesté l'avoir vu et connu. 2" Deux filles, Anne- Elisabeth -Noél du Lys, née le 16 avril 171 î (parrain Charles-Henry de Lorraine, prince d$ Vaudemont, souverain de Commercy ; marraine Anne- Élisabeth de Lorraine, épouse de ce prince), et Jeanne- Catherine, née le 10 juin 1724. Elle est morte en 1762 chanoinesse régulière de Saint- Augustin à l'abbaye de Chaillot.
FrançoiS'Pantaléon du Lys, pensionnaire du roi, se maria à Méligny-le-Grand avec demoiselle Jeanne Gation, et eut deux enfants : i© Charles-Jean-Baptiste du Lys, né à Méligny-le-Grand le 4 juin 1740 (parrain Charles-Hyacinthe du Lys, son grand-père, et marraine demoiselle Catherine Bouchon dite Gation). (Ce Charles-Jean-Bap^
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tiste du Lys a servi en qualité d'officier, et est bien véritablement celui qui est mort à Fort-le-Grand, laissant une veuve et sept enfants sans fortune.) 2° Charhtte^Noél du LySf .qui épousa M. de Ve^o {al, Vexault), mort au Cap français en qualité de lieutenant de grenadiers volontaires. De ce mariage est née une fille, aujourd'hui madame veuve Bardin, qui, comme je. vous l*ai dit plus haut, reconnaît pour son oncle Charîes-Jean^Baptiste du Lys, mort dans votre arrondissement.
Je le répète ici, les lignées masculines de la famille de Jeanne d'Arc paraissent entièrement éteintes* Les différentes familles du Lys qui existent encore ne descendent donc que par les femmes de Pierre d'Arc, dit le chevalier du Lys, frère de l'héroïne d'Orléans, qu'il suivit à Chinon et à Reims, où il fut présent au sacre de Charles VIL
Plusieurs registres de l'état civil de différentes paroisses que j^ai consultés font mention des Noël du Lys, quelquefois même on ne les y trouve désignés que par le nom de du Lys tout seul. Charles VII donna le surnom de du Lys à Pierre d'Arc et à ses descendants des deux sexes, car les femmes ennoblissaient leur époux roturier et leur donnaient droit de porter le surnom de du Lys. De là les familles de Haldat du L3rs, Picard du Lys, Gratas du Lys, Hordal du Lys, etc., etc. Plus tard, le roi retira ce droit, parce qu'il ennoblissait un trop grand nombre d'individus.
Voilà, Monsieur et cher collègue^ les détails qu'il m'est possible de vous donner pour le moment. Je crois néanmoins qu'ils suffisent pour constater la véritable origine du chef de la famille à laquelle vous vous intéressez. Du moins elle me paraît incontestable.
Pcrmetter-moi de me féliciter de l'occasion que vous m'avez olltrte, etc.
Le sous-'préfet de Commerçy, Fratsihous. ^
(Ardûves d« M. le vicomte de Carrière, à Versailles.)
Supplique en faveur de la famille Noël du Lys, adressée par M. de Carrière, sous -préfet d'Abbeville, à Son Exe, le Ministre de la maison du Roi.
Abbeville, le 9 avril 1824.
MONSEIGNEUft,
Des renseignements qui ne me sont parvenus qu^au mois de janvier dernier m'ont fait connaître une famille bien malheureuse, et dont le nom rappelle cependant les plus glorieux souvenirs, (^'est la famille du Lys, issue par les femmes du frère de Jeanne d'Arc, et qui réside aujourd'hui aux environs d'Abbeville dans la commune de Port-le-Grand.
Charles-Jean-Baptiste du Lys, né à Méligny-le-Grand, près de Commercy, le 24 juin 1740, nommé par brevet du 3o mai 178^ porte-étendard dans le régiment de cava« lerie Royal-Champagne, chevalier de Saint-Louis, avait tenu garnison à Abbeville, et fut ramené dans le pays par le cours de ses services militaires. Veuf sans enfants d'une femme de Port-le-Grand, qui lui avait laissé une maison située dans ce village, il vint s'y établir en quittant le service, et y contracta, le 17 mai 1796, avec demoiselle Jubert un second mariage, qui a produit quatre ôls et trois filles. M. du Lys, qui, au commencement de la Révolution, avait fait un voyage à Méligny-le-Grand, et y avait vendu ce qui lui restait des biens de sa famille, en assignats bientôt dépréciés, ne subsistait qu'à l'aide d'une pension militaire, liquidée, le 26 messidor an IV, à la somme de 1,696 francs (pour quarante et un ans cinq mois dix-sept jours de services finis dans le grade de capitaine, y corn* pris cinq campagnes], réduite plus tard à 1,2 58 francs, et toujours inexactement payée. Il mourut à Port-le-Grand
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le 8 septembre 1814, laissant sa veuve ei ses sept enfants dans la plus profonde misère.
Cette malheureuse veuve en est réduite au point de ne pas avoir d^habits pour sortir de chez elle ; une de ses filles la soigne, les deux autres, Paînée et la plus jeune, sont en service à Abbeville chez un juge du tribunal civil ; Taîné des fils, âgé de trente-deux ans, est simple préposé des douanes à Dieppe; le second et le troisième sont valets de charrue chez une fermière de Port-le-Grand ; le plus jeune, qu'on appelle Pierre-Adolphe, vient d'accomplir sa onzième année et vit auprès de sa mère.
J'ai essayé de faire accorder à madame du Lys une pension comme veuve de militaire retraité. La loi du 17 août 1822 me paraissait pouvoir être invoquée en sa faveur ; mais l'article 8 exigeant que la date de mariage des veuves soit antérieure à la cessation d'activité de leurs maris, et le brevet de la pension accordée à feu M. du Lys, quoique d'une date postérieure à son mariage, énonçant une cessation de payement antérieure à ce même mariage, M. le sous-intendant n'a pas cru pouvoir donner suite à la réclamation de madame du Lys. Cette infortunée famille n'a donc d'autre espoir, d'autre ressource que les bontés du roi et des princes. Avant de solliciter ces bontés par l'intermédiaire de Votre Excellence, j'ai cru important. Monseigneur, d'établir d'une manière certaine l'origine de feu M. du Lys, et j'ai pris des informations auprès du sous-préfet de Commercy. La lettre qu'il a bien voulu m'écrire à la date du i«' de ce mois, et dont j'ai l'honneur d'adresser copie à Votre Excellence, contient des détails bien circonstanciés. J'y joins copie certifiée de l'acte de naissance de M. du Lys dont j'ai trouvé extrait en forme dans les papiers que m'a communiqués sa veuve.
Je prie Votre Excellence de vouloir bien exposer au Roi et à nos princes la triste situation de la famille du Lys : le tableau fidèle que j'ai fait de ses services, et le nom qu'elle porte rendent inutile toute autre instance de ma part. Comment douterais-je, d'ailleurs, de la bienveillance
Il6 LA FAHILLE BB JEANNE dVrC.
rojale pour det parants de Jeanne d'Arc, àlort que le souvenir de cette héroïne a «nffi pour rendre pr&ieusc «u Ro) une chaumitre de la Lominef Je «uis avec mpect, etc.
Le sous-pri/et d'AbbevUle, Chevalier aeCABaiÈas.
(AicUtm de h. Il TlcoMie de Carrièrt, I VenaaUiJ
Conséquence» de Tinterrention aetîre et généreuse de M. de Carrière:
14 août 1624 «Koura du roi, 60 francs;
3o novembre 1814= pension sur la cassette du roi,
}oo francs; 10 mai 181& admission du jeune Adolphe au
lycée de Nancy; vj juillet i8îj pour le trousseau et voyage,
600 francs; Nomination du fils aîné au grade de lieutenant des douanes ; Engagement dans te garde royale d'un de ses frires.
En 1840, en 1844, en 1847, il est question, sur l'inicialiva de M. le vicomte de Carrière, de provoquer un secours de la ville d'Orléans en faveur de deux jeunes enfants de la famille du Lys, aui environs d'Abbeville. Mai» cette affaire semble £tre resiÉe en suspens, sans aboutira