‹ La Famille Demers d'Etchemin, P.QChapitre 9 sur 38 · CHAPITRE QUATEIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATEIÈME

Louis Etienne Demers

Louis-Eiienne Demers se marie à St-Xicolas, en 1764. — Il hérite de la propriété de sa mère. — Echange avec ses sœurs. — Etat de Lauzon.— Invasion de 1775. — II est éhi marguillier en 1794. — La charge de sous-voyer qu'il occupe en 1797 lui donne du trouble. — Ses enfants.— Il fait donation à son fils Julien en 1801. — Coutumes et usages du temps. — Son décès en iSi 7.— Belles paroles de son testament.

Xotre quatrième aiicOtre — Louis-Etienne Demers — était né eu 1710, du mariage de Louis Joseph Demers et de Geneviève Iluart. Nous regrettons de n'avoir pu trouver la date de son baptême, dans les registres do la Pointe Lévy ; peut Glro qu'il a été baptisé ailleurs. Il se maria à St Nicolas, le IG juillet 17(U, — au lendemain de la cession du pays à l'Angleterre,— avec Marguerite Demers, fille de Joseph Demers et de Marie Josephte Gingras,de Si-Xicoias.

Il ne faut pas confondre celte Marguerite Demers. avec

une autre Marguerite Demers, veuvo de Jean Marie Iluarty (non pas Jean Marie Jienard comme l'a écrit Mgr Tanguay) et fille de Michel Deiners. Cette autre Marguerite Deniers, B'eet marine le 15 septembre 1760, à St Nicolas, avec Antoine Orenier, veuf de Angélique Deniers. Ç\ )

X/Ouis Etienne Domers» et son épouse Marguerite Demers, avaient obtenu, av.int leur mariage, dispense d'une double parenté de consanguinilé — du troisième au troisième degré et du quatrième au quatrième degré, — accordée par Monsieur Briand, vicaire général de Québec.

Leur con.'-enti merit d^' mariage fut reçu par le frère Louis DenieiF, lécollct. parent de l'épouse, à ce autorisé par le révérend Mes&ire Desrochers, le curé du lieu— et en présence de Joseph Demeis jière de répouSij,de Pierre Demers frère, de Joseph Dubois, Etienne Paradis, Louis Demers, Louis Quantin, Jean Baptiste Desrochers, François Desi-Oehé et autres. ( Yoir up]). E.;

La propriété de Louis Joseph Demers, comme nous l'avons Vij par un acte du 10 mai 1765, appartenait à sa veuve et à ses enfants.

Pour en obienir la possession complète, Louis-Etienne Demers dût pasi?u»r avcc sey deux sœurs naariées, Greneviève et Margueiite, des acte.-* d'échange et de renonciation, que nous i.ous jierniettions d'analyser d'après les papiers de famille.

1. Par devant le notaire Panet en date du 21 juillet 1766, Louis Etienne Demers et son épouse Marguerite Demers cédèrent par échange à Etienne Paradis et à son épouse Gentvièvj Demers une teire de deux arj^ents et demi de front sur quarante de profondeur, à St-IIenri de Lauzon, que le dit Etienne Demeis avait acqui.-e le même jour, aussi par échange avec Pierre Para lis, et c.j retour, Etienne

H) Réj,'isue'i ùe Sl-Xicolas.

Paradis et son t^pouse s'eni^at^èrcnt à cèJor à perpétuité à Louis Etienne Dcmer.s et à son éj^ou-se, tous les droits,

€tc qu'ils ]iouvuient avoir sur les biens meubles et

immeubles dans la succos.sion dcbue de Louis Joseph Demers et celle fLiiuro de Geneviève Ilu.irt, épouse de Louis- Joseph Demers, leur père et mère, beau pire et belle mère. . . .Les dits Louis Etienne Demeis et ton épouse s'obligeunt à toutes les cliar<;es de lu t-ucces-tion de façon à libérer complètement Etienne Paradis et ^o i épouse Geneviève Demers.

2. Par devant le notaire Sati^uinet, en dat; du 2.'> février 1768, Louis Paradis et son éj)OU.>e ^lari^uerite Djmers, (cette dernière se d smt héiitièie d'un tiers de lu succession de Louis-Jobeph Demeis son i>ère), tous deux dtmeurant à St Henri de Lauzon, et avec l'agrément de Geneviève Huart, viuve de Louis Josejdi Denurs, pn'sjnte | oar autoriser la passuiiou de l'acte, i-econnai-sjtit avoir cèle à Louis Eiicniie Deniers et à ton épouse .Marguerite Domers, tous les droits mobiliers. et imiuobi iers (ju'ils jourruient avoir dans lu succession échue de feu Joseph D.mers et

celle à écheoir de son épousj (reneviève lIuarL \ la

charge par Louis Etienne DeiiuTs et son épouse de payer

les dettes de lu buc(c>fc'ion de chautter,

loger lu dite veuve (feneviève Iluart, leur mère et belle mère, en quelque état qu'elle puisse de trouver, et faire en sorte qu'elle ne manque de rien dans ses besoins et nécessités généralement quelconques et l'enlielcnir d'habits, harde» et linges à son usage sans en pouvoir jamais mun.

quev de ])ayer aux dits Louis Paradis et

son épouse lu somme do o. ze cent livres de vingt sols en neuf ans

Et en outre do laisser faucher sur su propriété, au profit de Louis Paradis et sou époa?e, six cents bottes de foin pendant neuf ans et trois cents bottes la dixième année

Il ncst ) its fiiil m( ntion de Louis, un des quatre enfants qui nvaii 12 uns en ll'O. Puisque sa. sœur, Margueriter décline olie héiiliè'e, d'un tiers dans la succession do son pèro, il faut supposer qu'il était mort.

A la hu.ic de < es iran-actions, Louis Etienne Deniers, déscni^ai-* ii dopindimt ei maître chez lui, put s'adonner à l'exploitatinn de sa terre ei la mettre en état de produire le plus jossible, en autant que les circonstances pouvaient le permettre.

L'ettervescence produite par les guerres pour la po3session du pays, pmdant les dernières années de l'administration de la veuve de Louis- Joseph Demers, était passée. Les Anglais étaient maîtres du paj^s depuis 1763. Plusieurs des principales familles françaises avaient repassé les mers pour ne plus revenir. Les colons fixés au sol qu'ils avaient fécondé de leurs sueurs étaient restés avec leurs prêtres et la religion catholique dans laquelle ils avaient été élevés- Mais qu'adviendra t il ?

" Pendant les premières années qui suivirent la conquête, dit l'Histoire de la Seigneurie de Lauzon, dans l'état de torpeur et d'indécision où se trouvèrent les colons, soit à cause du changement de régime du gouvernement, soit à cause de l'incertitude des lois qui devaient régir la propriété foncière, il y eut peu d'établissements nouveaux dans la province. Et la Seigneurie de Lauzon subit plus qu'ailleurs encore un moment de stagnation dans son développement-

" Henry Caldvrell avait affermé cette belle propriété et il voulait évidemment en faire une exploitation profitable. La guerre de l'Indépendance américaine qui survint au moment même où il entrait en possession de cette seigneurie, et qui devait durer jusqu'en 1783, détourna l'attention de la culture des terres. Il fallait avant tout songer à la défense du pays.

On connaît l'invasion américaine de 1775, et Ion sait comment les troupes du congrès descendues par la rivière Chaudière, furent reçues dans Luuzon. De-* rerapai'ts furent élevt'S par Arnold sur les hauteurs do Lévis et les troupes bdstonnai:>cs demeurèrent en cantonnement chez le." habitants de 1776 jusqu'en 1783.

'* Le passage des Boslonnais à la Pointe Levy, dit l'auteur de l'Histoire de la Seigneurie de Lauzon, était resté vivace à la mémoire de plusieurs anciens que nous avons connus dans notre enfance. Xous nous souvenons d'avoir entendu raconter à l'un d'eux la frayeur qu'il éprouva lorsqu'on lui dit que des hommes bardés de fer débouchaient par la vieille route de St- lien ri. Plusieurs familles ochôrcnt alors au fond des bois, comme au Icmjs de l'invasion anglaise, tout ce qu'elles avaient de plus précieux. On ne tarda j-as cependant à b'apercevoir que les hordes do la Nouvelle Angleterre venaient au j'ays comme libérateurs plutôt qu'en conquérants. La plus parfaite cordialité s'établit bientôt entre les soldats (iu congrès et ces populations naïves et confiantes. On donna sans compter '

Que bo passa t il à Elchemin pendant ce temps d'invasion ? La iamille de Louis-Etienne Deniers avait elle des sympathies avec les troupes d'Arnold ? Etait elle restée fidèle à la couronne d'Angleterre ? C'est ce que nous ne pouvons dire. Ce qui semble certain, c'o.-l que les affaires de notre ancêtre n'en ont pas trop t-outlert. Peut Giro me no qu'il aura reçu de ces monnaies de carte que le congrès avait fait émettre en guise de numéraire et que l'on distribuait pendant l'invasion en paiement de sjrvices rendus.

Dans tous les cas, Louis Etienne Dcmors ne dùl. pas rester inactif. Il avait alors ave^.*. lui dos enfants dj 12 à 18 ans et il était en état de dis^ oser avec profit des produit s de sa tei re.

A raison de l'importance qu'Etchemin avait pris depuis quelques années et un pou aussi, sans doute, pour flatter les colons qui habitaient entre les deux rivières Etchemin et Chaudière, on jugea, à l'église de St Joseph de la PoinJte Levy, qu'il était temps de faire «ntrer dans le corps des marguillicrs de cette pnroiiîse un des censitaires résidant entre les deux rivières. Le choix tomba sur notre ancêtre Louis Etienne Demers, eu 1TD4 (1). 11 était alors âc^é de- 54 ans.

En 1781, il avîiit déjà rempli les fonctions de syndic avec cinq autres citoyens, pour surveiller les travaux d'agrandissement de l'égliycet recueillir les offrandes des paroissiens. L'ouviage n'avança pas beaucoup. On se chicjina pendant dix ans, et les colons d'Etchomin et des environs voulant avoir l'église ailleurs, j.lus ].rès d'eux, firent beaucoup d'oppoHtion. La foudre qui bri>a l'église le 22 juillet 1790. régla l'alfaire. Lis dommages furent réparés sans contestation. (Ilist. S. L. 111 166—175).

En 1797 et 1798, Louis-Eiienne Demers fut appelé à remplir une autre charge publique qui lui donna plus de trouble que celle de marguiilier.

" A la session du parlement do 1795, dit l'histoire de la Seigneurie de Lauzon (III— 271 et suiv.J que nous allons résumer, on avait pa^so une loi relative aux chemins et aux ponts, et cette loi obligeait ou à payer une certaine ^omrae ou à contribuer par le travail à ces ouvrages. On établissait un système de voirie sous la burveillance d'inspecteurs et de sous voyers distribués par régions sous les ordres du grand-voyer.

" Cette loi fut très impopulaire à Lauzon comme ailleurs. ** En 1796, le grand voyer, Gabriel Elzéar Taschereau, voulant mettre à exécution cette loi, divisa la seigneurie de^

(I) Hist. S. L. (app. LXII.)

Lauzon, en 23 circor sciipiionp. La paroisse de Sl Joseph de lu Pointe Lévy eut un inspeclenr et neuf î-ous voycrs... Ils furent é\u^ le 1er janvier 1797 comme Huit :

Cîipt. Elicnre Bcgin, inspecteur

L')uie Lecourp, sons voy^r

I^'nace Coutnie,

.1. Bte Ch.neht.

Jo-^eph Lnrrirée, ''

iMieliel DDSsaull,

Pierre B.i rou, "

Eiieiine Dem rs, "

Antoine Canier,

J< seph Canier, ''

Comme on le voit, Kiicnne Domers e'tait du nombre des SOUS voyors.

*' Les choses s'i'taient passces assez tranquillement et rien no laissait ^ouj çonner la corispirati^m qui se tramait Lee nouvaux Innclioiiu lires se pr»'da-saienc pleins de quiétudes, et Satisfaits de la confiance que leurs concitoyens leur avait témoignée. Le 9 janvier, au i>oir, à la niêrae heure, ils furent tous empoigm's, dans leurs tnai-oti-^, par neuf bandes diftVrentes, solidement carottés et emmenés sous escorte, dans un endroit c'onvenu, au centre do la paroisse, et là on les obligea à renoncer à leur charité et à remettre les in.>truction8 qu ils avaient reçues pour leur gouverne. On raconte même que trois d'entre eux ayant voulu persister h exécuter la lo', furent cnferm'^s d ins une maison isolée et inliubitéo où on ne leur laissa qu un pain et un sceau d'eau, bien décidés que Ion était de les laisser mourir de faim. Les familles de ces sous voyers, pleines d'inquiétude &ur le sort de leur chef, firent, ou le comprend, les j)lus actives perquisitions pour, les retiouver. mais co ne fut que la troisième journée qu'elles les découvrirent et

qu'elles purent les délivrer. Il en était temps car ils étaient exténués

'* On comprend qu'un pareil attentat ne pouvait rester Bans punition.

"Le 11 janvier, un mandat d'arrestation était lancé contre quatre meneurs, et le 25, deux huissiers traversèrent de Québec pour les empoigner. Ils s'en allaient avec leurs prisonniers lorsque rendus sur les bords du fleuve, ils furent entourés jiar une bande de huit hommes armés de û^ourdins qui les forcèrent à lâcher prise. Les huissiers furent priés de retourner à Québec et d'informer ceux qui les envoyaient que les habitants de la Pointe de Lévy ne souffriraient pas qu'aucun mandat fut exécuté dans la paroisse. Qu'ils envoient qui ils voudront, ajoulèrent-ils, nous avons trois cents hommes armés prêts à suppoiter notre décision.

" Cependant force devait re>ttT à la li)i.

" Les meneurs des piemiôres émeutes aussi bien que bien que leurs sauveteurs finirent ))ar être arrêtés.

" Douze des chefs de la révolte comparurent donc devant le tribunal.

*' Ignace Lambert, Louis Rober<re, François Cantin, et François Roberge pour avoir assailli le surveillant Etienne Demers, pour l'avoir emprisonné pendant une heure furent condamnés à un chelin d'amende et à six semaines d'emprisonnement."

Les autres furent condamnés à des amendes variant de un chelin à vingt chelins avec emprisonnement de six semaines à trois mois. Ceux qui avaient le 25 janvier arrêté les officiers du shérif eurent à subir des amendes plus ferles et à faire beaucoup plus de mois de prison.

" Certes le châtiment était sévère, mais il faut dire aussi qu'il était mérité, car on. ne joue pas impunément avec la justice et il n'est pas permis de se révolter à main armée

contre lu loi quelqu'injusle quelle puisse être."

Après cette échaffour*5e, le grand vo^'er put libremen

donné ses ordres et travailler à l'amélioration des chemins. Les enfants de LouisEtiennc Demers et de sa femme

Marguerite Demers, furent les suivants, d'après les registres

de St Joseph de la Pointe Lt'vy. — Il y a encore ici des

lacunes que nous ne pouvons combler.

1. Lol'is-Etienne, né le 2 octodre 1765. — Marié à Josepthe M. Simonenu.

2. Louis-JosEi'H, né le 4 mars 1767. — Marié à Geneviève Godreau.

3. Augustin, né le 22 mars 1769. — Décédé le 24 iuillet 1769.

4. Antoine, né le 12 juillec 1770. — S'établit comme forgeron au Cap St-Ignace.

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