SCÈNE XV
SAINT-YVES, VARINVILLE.
VAR IN VILLE, apportant un carton et un paquet de robes.
Voilà , voilà ce que j'ai trouvé de plus nouveau 7 non pas au magasin, mais chez ma tante Judith... Un habillement charmant qu'elle s'était fait faire pour la noce... Et nous allons les battre avec leurs propres armes... Eh bien ! qu'as-tu donc ?
L'événement le plus fâcheux l
VARINVILLE.
Ah! mon Dieu! est-ce que cette lettre que je t'ai remise?...
SAINT-YVES
Précisément... c'est une lettre qui arrive de Paris , et qui m'annonce...
VARINVILLE.
Une perte? une faillite? Je suis là pour tout réparer.
SAINT-YVES
Je te remercie... on m'apprend , au contraire , que ma belle inconnue est retrouvée.
VARINVILLE.
Et tu n'es pas enchanté ?
SAINT-YVES
Non , vraiment; car elle est sur le point d'en épouser un autre.
VARINVILLE.
Est-il tems encore ?
SAINT-YVES
Oui , sans doute.
VARINVILLE.
Demain je retourne à Paris t et nous ferons si bien que nous l'enlèverons à ton rival.
SAINT-YVES
Oui... mais c'est que ce rival est un ancien camarade.
Qu'importe !
Un ami.
VARINVILLE.
Raison de plus .. dans ces cas-là il n'y a pas d'amis.
SAINT-YVES
Tu crois ?
VARINVILLE.
Oui, sans doute... c'est de bonne guerre... Il n'y a que les imbéciles qui se fâcbent... Quitte à lui, quand tu seras marié , de prendre sa revanche.
SAINT-YVES
A la bonne heure... je n'ai plus de scrupule, et je commence.
VARINVILLE.
Un instant... tu commenceras par moi.
SAINT-YVES
C'est trop juste... mais cette fois tu m'aideras... et ne va pas me laisser, comme ce matin , au milieu des Ruines de Rome.
VARINVILLE.
Volontiers... Que faut-il faire?
SAINT-YVES
Je te le dirai... Mais ma toilette... On vient... je n'aurai pas le tems... Je me retire dans mon boudoir... empêche qu'aucun indiscret ne puisse y pénétrer.
VARINVILLE.
Et mon rôle que tu oublies.
SAINT-YVES
Je vais te l'écrire en deux mots... je te le glisserai dans la main... et je te dirai quand il faudra commencer.
A la bonne heure... va-t'en. (Saint-Yves entre dans le cabinet à gauche.)