‹ La famille du baron; vaudeville épisodique en un acte (volume 2)Chapitre 127 sur 267 · SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI

DENNEVILLE, CAROLINE, en toilette de bal et ses diamans à la main.

CAROLINE, entrant vivement.

Comment, monsieur, dois-je en croire Gervault... ecet derin qu'il m'a apporté. . . vient-il réellement?...

DENNEVILLE , d'un air de reproche.

De ma part?. . . une simple galanterie. . . une attention de moi vous semble-t-elle donc une chose impossible t.

CAROLINE, embarrassée.

Non , vraiment ! . . . mais dans la circonstance où nous sommes. . .

DENNEVILLE.

Circonstance très-favorable. . . N'allez-vous pas au bal ce soir?. . .

CAROLINE

Oui, monsieur... et je ne sais comment vous remercier...

En les acceptant.

CAROLINE , hésitent.

Moi!

DENNEVILLE.

Je vous en prie.

CAROLINE, à part, et tout en regardant les diamans. Au fait... il est possible qu'il ait eu des remords. . . qu'il se soit repenti. . . Il faut de l'indulgence... et si ce n'était le souper de ce soir. . .

DENNEVILLE.

Eh bien, madame?

CAROLINE

Puisque vous l'exigez... ( Elle se place devant la psyché ) DENNEVILLE.

Dans mon intérêt.

CAROLINE

Comment cela?

DENNEVILLE.

A ce bal. . . ou vous allez sans moi. . .

Air : Pour le trouver J'arrive en Allemagne (J'Yelva).

En vous voyant arriver sous les armes , J'entends déjà les complimens galans...

La plupart seront pour vos charmes ,

Quelques-uns pour vos diamans.

Astre brillant vous allez apparaître!

Et chaque fois que, plein d'un doux e'moi, On s'c'criera : Qu'elle est belle l peut-être Sans le vouloir vous penserez à moi.

Quand on dira : Qu'elle est belle L.. peut-être Sans le vouloir vous penserez à moi.

( Pendant le couplet , Caroline a place ses diamans , mis le collier, attaché les boucles d'oreille.)

La Seconde Année. k

5o LA SECONDE ANNÉE,

CAROLINE

Je n'ai pas besoin de cela! (Soupirant.) Et souvent, au contraire , on désirerait oublier. . .

DENNEVILLE.

Que dites -vous?

CAROLINE, se regardant devant la glace.

Rien . . . Comment me Irouvez-vous ?

DENNEVILLE.

Ah ! vous n'êtes que trop jolie !

CAROLINE

Trop . . . pourquoi ?

DENNEVILLE.

Parce qu'à ce bal, comme je vous le disais tout à l'heure, vous allez être entourée par tous les fats et élégans de Paris . . .

CAROLINE, s'asseyant.

Je l'espère bien.

DENNEVILLE.

Je les vois d'ici s'appuyer sur le dos de votre chaise. (Il

s 'appuie sur la chaise.)

Prenez garde, monsieur, de me chiffonner.

DENNEVILLE.

Ne craignez rien. . . Je les vois se pencher vers vous. (i7 se penche vers Caroline.)

CAROLINE

A peu près. . . comme vous voilà.

DENNEVILLE.

C'est vrai! et nous pourrons supposer que nous y sommes.

CAROLINE

C'est facile.

ENNEVILLE , s* appuyant négligemment sur sa chaise.

Ils vous diront que jamais vous n'avez été plus jolie , qu'ils n'ont jamais rien vu de plus piquant et de plus attrayant.

CAROLINE

Diront-ils vrai?

DENNEVILLE.

Oui, si j'en juge d'après moi. Ils ajouteront qu'il règne

dans voire toilette, dans cette légère parure... un bon goût, une grâce que Ton sent, que l'on devine, et que par bonheur on ne peut rendre ; car son plus grand charme * . ... est d'être indéfinissable.

CAROLINE

Vous croyez qu'ils diront cela ?

DENNEVILLE.

Je n'en doute point.

Et moi, je doute qu'ils le disent aussi bien.

Air: Monseigneur P a défendu (de Mme Pauline DuCHAMBGe).

Ier COUPLET.

Savez-vous , c'est incroyable , Que, quand vous le voulez bien, Vous êtes vraiment aimable?

DENNEVILLE.

Mais cela ne coûte rien Près d'une femme jolie.

CAROLINE

Prenez garde... c'est fort ma!.

Vous !... de la galanterie ?...

DENNEVILLE.

Puisque nous sommas au bal.

2e COUPLET.

CAROLINE

En voyant cet air si tendre , A d'autres tetns je pensais ; Oui... l'on s'y laisserait prendre , Et je crois que j'e'coutais.

J'en étais presqu'attendrie...

DENNEVILLE.

Prenez garde... c'est fort mal ; Vous!... de la coquetterie !...

CAROLINE

Puisque nous sommes au bal.

DENNEVILLE.

Vous voyez alors le danger, d'y aller pour une femme î

Vous voy z alors , quand on est mari , le danger de n'y pas aller!

DENNEVILLE.

Quand on ne le peut pas. . . quand on a des motifs pour rester chez soi.

CAROLINE, vivement et se levant.

Vous , monsieur, vous des motifs. . . vous osez en convenir !

DENNEVILLE.

Sans doute et peut-être , si vous les connaissiez...

CAROLINE , d'un ton de reproche.

Ah ! vous vous garderiez bien de me les apprendre.

DENNEVILLE , froidement.

Nullement, et si vous y tenez... ce que je ne crois pas. .. je puis tout vous avouer. . .

CAROLINE

Si j'y tiens !. . . Ah! parlez , monsieur , parlez... mais n'espérez pas me tromper... Il me faut une entière franchise et peut-êlre alors je verrai . . . Eh bien , monsieur ?

DENNEVILLE.

Ecoutez!. . . je crois entendre une voiture. . . on vient vous chercher.

CAROLINE

Ah ! mon Dieu!

DENNEVILLE.

Non , non , la voiture passe.

Heureusement.

DENNEVILLE.

Savez-vous que votre chevalier... vous fait attendre?... c'est mal ... il fait le mari.

CAROLINE

C'est possible . . .

DENNEVILLE.

Il me semble alors que je puis faire l'amant.

CAROLINE

Yous, monsieur! c'est un rôle que vous avez oublié. . .

DENNEVILLE.

Que voulez-vous ! ce ne sont point de ces rôles qu'on puisse jouer seul... Il faut êlre secondé ... il faut quelqu'un

qui puisse vous entendre ... et je n'ai point ce bonheur î Dans ce moment, par exemple , plein des plus doux souvenirs , je crois vous voir, il y a deux ans , à pareil jour , parée comme aujourd'hui, aussi briilanie . . . aussi jolie, ah! mille fois plus encore, car alors vous m'aimiez... vous juriez de m'aimer sans cesse.

CAROLINE

O ciel î

DENNEVILLE.

Que sont devenus vos sermens . . . vous qui ne vous rappelez même plus le jour où ils furent prononcés ?

CAROLINE

Quoi, c'est l'anniversaire de notre mariage î

DENNEVILLE.

Oui, Caroline ; oui, c'est aujourd'hui le 5 février... et seul j'y avais pensé. . . c'était pour le célébrer , qu'en secret, et sans en parler à personne , je vous avais préparé cette surprise. . . ces diamans . . .

CAROLINE

Il se pourrait!

DENNEVILLE.

J'espérais mieux encore. . . j'avais fait un projet. . . un rêve ... je voulais en mémoire de ce jour . . . souper ici , en tête à tête avec vous . . .

CAROLINE

Qu'entends- je !

DENNEVILLE.

Le bonheur n'a pas besoin de témoins ... et je me faisais une si douce idée d'une soirée passée auprès d'une femme charmante. .. auprès de la mienne. . .mais elle va au bal... elle a d'autres projets, et tous mes efforts n'ont pu l'y faire renoncer.

CAROLINE

O mon ami î . . . mon ami ! que j'étais coupable. . . Je m'en punirai ... tu sauras tout.

DENNEVILLE.

Quoi donc ?

CAROLINE

Je ne veux plus rien avoir de caché pour toi.. . cela

rend trop malheureuse. . . Apprends donc qu'on m'entourait d'hommages , qu'on me faisait la cour.

DENNEVILLE.

Je ne veux rien savoir.. .

Ah ! ce n'est pas pour toi. . . c'est pour moi-même ! ton ami Edmond, tout le premier.. . il m'aimait, ce n'est pas ma faute. . .

DENNEVILLE , secouant la têie.

C'est peut-être la mienne...

CAROLINE

C'est possible. . . c'est toi qui le voulais. . . quoique insensible à leurs hommages.. . j'en étais flattée. . . et peut-être qu'un jour...

DENNEVILLE.

O ciel !

CAROLINE

On ne sait pas ce qui peut arriver.. . La preuve, c'est qu'hier il a osé me faire une déclaration écrite.

DENNEVILLE.

Vraiment !

CAROLINE

Oui, une vraie déclaration.. .Je ne sais ce que j'en ai fait . . je l'ai perdue. . . sans cela je te la montrerais.. . Et vois jusqu'où la colère peut nous mener.. . moi, qui jusqu'à présent Lavais dédaigné, maltraité... j'étais si fâchée contre toi . . . que je ne sais vraiment. . .

DENNEVILLE, h part.

Dieu i il était tems

CAROLINE

Et le plus indigne. . . c'est que je t'accusais à tort. Air. de Terriers.

Moi t'accuser! est-ce possible? Pardonne-moi , je souffrais tant ; Car je songeais à cette lettre horrible , Qui ne m'a pas quittée un seul instant. Je l'emportais à ce bal qui s'apprête... Comme un tourment, elle est là, sur mon sein. {La lui donnant.)

Tiens... tu le vois, sous les habits de fête 11 est souvent bien du chagrin.

DENNEVILLE , la prenant.

Ma lettre à Edmond.

CAROLINE

Oui, voilà ce qui m'avait abusée.. . Cesdiamans.. . ce tête à tête avec une jolie femme. . . je ne pouvais pas penser à moi, et je te soupçonnais. . . quand je suis seule coupable.

DENNEVILLE , essuyant une larme.

Pauvre femme.. . ( Avec chaleur. ) Non, Caroline, non tu sauras tout ; c'est moi...

CAROLINE

Eh bien! nous le sommes tous deux .. . pardonnons-nous mutuellement. . . je n'ai pas besoin de te dire que je ne vais plus à ce bal.

DENNEVILLE.

Vraiment î. . .

CAROLINE

Je reste ici près de toi... Je viens te demander à souper... Me refuseras-tu?.. • Aussi bien je meurs de faim.. . car, par caprice, je n'ai point dîné.. .

Moi non plus.

CAROLINE

Tu vois bien que nous nous entendions !

DENNEVILLE.

Et ta belle toilette ?

CAROLINE

Elle aura été pour toi seul. . . et maintenant elle me pèse. . . elle me fatigue, il me tarde de m'en délivrer. . . Sonne ma femme de chambre. ( T)enneville va pour tirer le cordon de la sonnette... Caroline V arrête. ) Ah!... j'oubliais que je lui ai donné congé pour la soirée. . . mais je m'en passerai bien. ( Elle va près de la glace. ) Mon ami , voulezvous m'ôter mon agrafe ?. . .

DENNEVILLE , vivement.

Bien volontiers... (S'' 'arrêtant.) Non , non, on vient.

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