‹ La famille du baron; vaudeville épisodique en un acte (volume 2)Chapitre 132 sur 267 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

Mme DAB. VILLE , Mme BÉGUINET , ensuite BERNARD.

Mme BÉGUINET.

Non, Madame ; Madame Poligny n'est pas visible. . . à cette heure-ci !. . . une convalescente!

Mme DAEVILLE.

Vous lui direz que c'est sa cousine , madame Darville, qui était venue savoir de ses nouvelles ; non, tenez, vous lui remettrez ma carte, c'est plus sûr • car les gardes-malades n'ont pas beaucoup de mémoire. Adieu, ma bonne.

( Elle sort par le fond.) * ,

Mm? BÉGUINET.

Ma bonne! hum! quand on se porte bien , comme on nous traite. . . Mettons cette carte avec les autres.

( Elle va au guéridon. )

BERNARD ; entrant par la gauche.

Eh bien ! madame Béguinet , notre malade ?

Mmc BÉGUINET.

Le Docïeur est auprès d'elle , Monsieur,

BERNARD

En consultation? diable, je ne veux pas les tîe'ranger, la santé avant tout. Comment se trouve-t-elle ce matin , cette chère amie?

Mme bÉguinet , avec humeur.

Mais. . . de mieux en mieux.

BERNARD

Tiens ! on dirait que cela vous fâche.

Mme BÉguinet, d'un air agréable.

Moi, M. Bernard? oh! dieux, bien du contraire; je n'ai qu'un malheur, c'est que je m'attache trop à mes malades, surtout quand la maison est bonne, je ne peux pas les quitter.

En vérité !

Mtae BÉGUINET.

Ah! j'ai refusé pour vous de bien belles maladies, et qui promettaient de se compliquer.

-Ain : Que de mail de tour mens !

Je pouvais , dès hier ,

Garder un duc et pair , Bel hôtel , et fièvre intermittente.

On me demande encor

Four soigner un mylord , Dont la marche est un peu chancelante,

Un seigneur allemand ,

Dont 1 danger est pressant ;

Un portugais très-beau

Qu'a F transport au cerveau.

Enfin , un député

Qui s'plaint d'un point d'côté !

On peut, dans notre état,

Faire un' fortun' d'éclat ; Mais c'est bien rare qu'on en profite ;

Car les riches cliens

Nous rest' trop peu de temps , Et maint'nant les docteurs vont si vite ,

Qu'tous les jours nous changeons

D'malad's et de maisons.

Aussi. . . j'espère que Monsieur ne sera pas ingrat, et que si jamais il a une bonne fluxion de poitrine, il pensera à moi.

BERNARD , effrayé.

Qu'est-ce que vous dites ? une fluxion î . . . Au fait , on ne peut répondre de rien, notre organisation est si fragile ; on sait ça , quand on a e'tudié l'anatomie.

Mme BÉGTJINET.

Monsieur a étudié?. .

BERNARD

Eu amateur, pour mon plaisir : mais je n'osais plus bouger, j'avais toujours peur de me casser quelque chose!... aussi j'y ai bien vite renoncé,. . . parce que la santé avant tout.

Mme BÉGTJINET.

De ce côté là , vous n'avez rien à désirer.

BERNARD , secouar.tla tête.

Hum!

Mme BÉG-UlNETe

Est-ce que vous sentez quelque douleur?

BERNARD

Non, je ne sens rien, et c'est ce qui m'inquiète ; ça couva I peut-être. Hier encore , j'avais une espèce cPengouri dissement , de pesanteur ; j'avais parfaitement dîné , j'ai cru que j'allais commencer une maladie.

Mme BUGTJINET,

Laissez donc, avec cette mine!

11 ne faut pas juger les gens sur la mine! Tenez, j'ai mon frère qui dirige mes manufactures , et qui vient de se marier à Bourges.., absolument le même tempérament que moi. Eli bien! il est toujours malade!. . . et sans aller plus loin, madame Poiigny,ma future; y avait-il une santé comparable à la sienne !. . . jeune, fraîche, vermeille !.. » Le maire nous attendait , les témoins étaient là , nous allions monter en voiture; pas du tout , un frisson , un éblouissement, je ne sais quoi., .obligée de se mettre au lit! voilà mon mariage ajourné , et mon bonheur à tous les diables,

Mu e BÉGTJINET.

Pauvre jeune dame Et une maladie terrible , à en

! juger par la convalescence, qui dure depuis trois mois.

BERNARD

D'autant plus terrible, qu'on n'a jamais pu me dire ce que c'était.

Mme BÉGUINET.

Vous aviez peut être nn mauvais médecin?

BERNARD

Oui, d'abord. . . du vieux qui ne Tenait que tous les deux jours.

air des Scythes.

Que je plains ceux dont la raison caduque

Ne voit encor, même de notre temps ,

Point de salut, hélas! sans la perruque,

Et ne peut croire au mérite , aux talens,

Que lorsqu'ils ont au moins les soixante ans.

Dans cette erreur , si la santé s'absente,

On fait venir, pour être mieux sauvé ,

Un vieux docteur... mais sa marche est si lente,

Qu'on est parti quand il est arrivé.

On est loin quand , etc.

Heureusement j'ai eu l'idée de prendre M. Duverger, ee jeune homme que nous avions rencontre au bal... Voilà un me'decin , celui - là, venant plutôt dix fois par jour 5 il faut ça. Ah dame î en médecine comme en musique , il n'y a que la nouvelle école ! . . .

Mme BÉGUINET.

Oh! je ne suis pas de cet avis-là; vos jeunes gens n'ordonnent jamais rien, ils ruinent les apothicaires.

BERNARD

C'est là le talent.

Mme BÉGUINET.

Et après tout, Monsieur, on ne mourait pas plus autrefois qu'aujourd'hui.

BERNARD

Je n'en sais rien , je n'y e'tais pas ; le fait est que , dès que M. Duverger a paru, il y a eu un mieux sensible.

M AD. BÉGUINET.

air: Ces /leurs sont là parfaitement. ,

Pourtant, sans l'accuser d'erreur,

Quelques malades. . . c'est terrible !

Ont montré que le cher docteur

Wétait pas toujours infaillible. j

BERNARD

Les malades que vous citez , Prouvent peu contre sa science!

Il les avait fort bien traités...

ïîs sont morts en convalescence.

M™ BÉGUINET.

Mais , monsieur. . .

BERNARD

Taisez-vous ! le voici.

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