DUVERGER, BERNARD
BERNARD , suivant madame Poligny jusqu'à sa porte. ' Permettez! Madame! Chère amie!
duverger , se promenant avec agitation.
Quelle perfidie ! . . Ainsi donc , ses regards , que j'interprétais en ma faveur , ces demi-mots qui semblaient encourager mes espérances, n'étaient qu'un jeu cruel , un raffinement de coquetterie.
Bernard, revenant.
A-t-on idée de cela ! se brouiller avec la Faculté ! . . • c'est d'une imprudence. . .
duverger , à lui-même.
Je n'y conçois rien.
Ni moi non plus ! line faut pas vous affecter ! les malades ont des caprices. ( Se frappant le front.) Ah ! je sais ce que c'est... Je lui ai dit que vous n'étiez pas encore d'avis de ce mariage, et comme elle est très-impatiente , ça l'a piquée ! Eh bien... ( Arrêtant Duverger, qui fait un mouvement pour sortir.) Docteur, vobs ne vous en irez pas ainsi, que diable! nous ne
sommes pas brouillés , nous deux î... Donnez-moi la maîn ,
je le veux !
( // lui tend la main, que Duverger prend machinalement; et tout préoccupe' , il lui taie le pouls. )
duverger , à lui-même'.
Elle l'aime !
Bernard , étonné, et le regardant*
Qu'est-ce qu'il fait donc? ( Riant, à part. ) Ce que c'est que l'habitude, il croit que je lui tends le bras pour me tâter le pouls ; c'est e'gal , c'est autant de pris.
duverger , sans le regarder, et soupirant. Infortuné ! . . . qui pouvait prévoir !
Bernard , un peu inquiet.
Hein?
duverger , toujours préoccupé.
Quel changement dans ses regards!
Bernard , de même.
Vous trouvez quelque chose dans les yeux ?
duverger , avec amertume.
Et sans pitié pour celui qui la chérit. . .
BERNARD , plus effrayé*
Plaît-il?
duverger , de même.
Elle ne pense pas que ce mariage est l'arrêt de sa mort!
Bernard , avec un cri.
Qa'est-ce que vous dites , Docteur ?
duverger , sortant de sa rêverie , et lâchant son bras. Moi! rien.
Bernard , tremblant.
Si fait, si fait; vo«'S avez secoué la tête, et un médecin qui secoue la tête. . . c'est sérieux!
duverger , étonne'.
Comment?
BERNARD
Et ces mots qui vous sont échappés. . . a Ce mariage est » l'arrêt de sa mort! »
duverger , à part.
Oh ! quelle idée ! . . . si je pouvais en effel retarder son bonheur.
BERNARD , le suivant des yeux.
Vous hésitez ! je suis plus mal que je ne croyais.
duverg-ER , prenant un air grave.
Allons , calmons - nous, mon cher ami; il n'y a encore ien de désespéré.
BERNARD
Ah! mon dieu! je me portais si bien !
DUVERG-ER.
Je suis fâché qu'une parole imprudente. . .
BERNARD
! Du tout, c'est une preuve d'intérêt!... Vous pensez donc ijue ce mariage. . .
duverger , après un silence.
• S'il faut vous parler franchement, je le redoute beau-
BERNARD
En vérité !
DUVERGER
Vous n'êtes pas bien.
BERNARD
Je m'en doutais , dès hier.. . ( Portant sa main à son front. ) Ma tête est brûlante !
DUVERGER
Voyez-vous?... tout ce qui agite, vous est horriblement contraire.
BERNARD
Cest vrai; la moindre impatience me fait monter îe feu
DUVERGER
Et peut déterminer . . .
BERNARD , avec anxiété.
Un coup de sang. . . une apoplexie?. . .
Je ne dis pas cela.
BERNARD
Mais vous le pensez. Et je vous demande un peu, les soucis , les tracas du ménage. . .
DUVERGER
Sans compter la jalousie , les rivalités. . .
La Convalescente. 4
BERNARD
Et tout ce qui s'en suit. Dieux! que d'occasions d'apo plexie !
DTJVERGER.
Voilà pourquoi je vous engageais à retarder cet hymen
BERNARD
C'était donc pour moi?. . .
DUVERGER
Sans doute.
BERNARD
]1 fallait donc le dire ! . . . Mais enfin que feriez-vous ma place ?
DUVERGER
J'attendrais. . . je demanderais du temps.
BERNARD
Et quel pre'texte donner?. . .
DUVERGER , froidement.
Ah! ceci ne me regarde plus... je vous ai signalé' 1 danger. . . c'est à vous maintenant à prendre les mesure les plus convenables pour vous en garantir. Mais , je vou le répète, si vous vous mariez , je ne reponds pas. . . vou c omprenez . . . ( Prenant la main de Bernard qui ei'l toi iuterdit. ) Soignez-vous , mon cher, soignez-vous.
( // sort. |