M11" JUDITH
Et son neveu... ah! vous n'avez pas vu son neveu !... un jeune homme si intéressant, et qui a de si bonnes manières.
VAR1NYILLE , riant.
Un ami des bienséances , des convenances.
M,,e JUDITH.
Oui, monsieur... Ce n'est pas lui qui s'aviserait d'entrer
dans un appartemeni sans se faire annoncer... Et puis il a toujours de si bonnes intentions, que ce qui scandaliserait dans un autre devient chez lui tout-à-fait exemplaire.
CORINNE
Ah ! monsieur, que vous êtes heureux d'avoir une pareille famille !
DESTAILLIS.
Que nous sommes heureux... puisque cette famille est la
nôtre.
VARINVILLE.
Vous êtes bien bon... mais vous n'avez rien vu encore... et j'espère vous présenter bientôt ma tante la vicomtesse de Varînville.
NATHALIE , à part.
Ah ! mon Dieu !
DESTAILLIS.
Qu'avez- vous donc?
NATHALIE
Rien, mon oncle. ( A part ) Plus d'espoir... la tante va arriver.
Mlle JUDITH, à Varinvillc.
Vous l'attendez donc?
VARINVILLE.
Mieux que cela.
Que voulez-vous dire ?
VARINVILLE.
Elle est ici.
TOUS
Il serait possible !... et vous ne nous le disiez pas.
DESTAILLIS.
Où est-elle ?... où est-elle?
VARINVILLE , désignant le cabinet à gauche. Là. . . dans ce boudoir.
DESTAILLIS
Mon chapeau, mes gants. . . que j'aille lui offrir la main.
VARINVILLE.
Vous ne la lui offrirez pas.
DESTAÎLLIS.
Je lui offrirai. . .
VARINVILLE.
Vous ne lui offrirez pas.
DESTAILLIS.
Et pourquoi donc ?
VARINVILLE.
Parce que, dans ce moment, elle est à sa toilette.
Mlle JUDITH.
C'est juste , mon frère.. . c'est juste.. . les bienséances avant la politesse . . . Mais les femmes du moins peuvent entier?
CORINNE
Sans doute. . . ne fût-ce que pour offrir nos soins. Mlle JUDITH.
Et j'y vais la première. ( A Nathalie. ) Venez donc , mademoiselle, venez donc avec nous.
VARINVILLE.
Ah ! mon Dieu ! que va-t-il arriver ?
( Les deux dames s'élancent vers la porte à gauche qu'on referme vivement , et on entend une voix de femme crier en dehors : On n'entre pas. )
VARINVILLE.
Gela ne m'étonne pas.. . ma tante la vicomtesse est d'une pudeur antique.. . la pudeur la plus chatouilleuse.
Mlle JUDITH.
C'est comme moi.
VARINVILLE.
Je dirais même , si ce n'est le respect que je lui dois, qu'elle est un tant soit peu bégueule ; ... mais elle rachète ce léger défaut par une grâce , une finesse. . . un esprit. . .
M1,e JUDITH.
Ce que nous appelons femme de qualité . . . femme de cour . . .
VARINVILLE.
Mieux que cela. . . car j'ose dire qu'à la cour il n'y en a pas une comme elle.
CORINNE
Je ne serai pas fâchée de voir cette merveille . . . Comment est-elle sous le rapport des dons extérieurs?
VARINVÎLLE, h part.
Ah ! diable , je ne sais pas quelle figure il va se faire !. ( Haut.) Je ne vous dirai pas au juste ... il y a très-longtems que je n'ai vu ma tante.. . et je serais même capable de ne pas la reconnaître . . . sans la voix du sang. . . et puis si je ne savais pas que c'est elle.
DESTAILLIS.
Silence . . la porte s'ouvre.
OSCAR, la lorgnant.
Il est de fait que de loin elle n'est pas mal pour son
âge...
Air de la Contredanse de la Somnambule *.
TOUS
Silence , (bis.) Vers nous elle s'avance ;
Silence , (bis. ) D'ici n'entends-je pas Ses pas ?
DESTAILLIS.
C'est elle , Modèle Des vertus Qu'on aime le plus.
Sa mise Exquise Prouve sa décence ? et surtout Son goût.
Silence, (bis.) Vers nous elle s'avance ;
Silence , Elle a bien plus d'attraits De près.
* Si l'acteur a le tems de s'habiller en femme , ce couplet se passe à la représentation.