SCENE XX
M"c D'HARVILLE, PHILIPPE.
Mlle D'HARVILLE, allant à Philippe qui est resté assis , et accablé par sa douleur.
Philippe, mon ami. . . revenez à vous. . . il nous sera rendu.
PHILIPPE
Non. . . il n'a que du courage. . . et son adversaire. . • ah ! mon pressentiment ne me trompe pas. . . je ne le verrai plus. . .
Ml^ D'HARVILLE , en larmes,
Frédéric ! ...,. notre fils • . .
PHILIPPE , la regardant , et lentement.
Voilà la première fois que ce mot vous échappe . . . voire fils î. . . ah l vous pleurez maintenant. . . il est trop tard . . . vous pleurez ...
Mlle D'HARVILLE , dans le plus grand trouble.
Eh bien ! oui . . . dût ma honte éclater à tous les yeux . . . je Tairne de tout l'amour d'une mère ! . . . Que de fois mes bras se sont ouverts pour le presser sur mon sein , pour l'appeler mon fils ! ... et se sont fermés de désespoir. . . Ah ! Philippe ! si tu avais pu lire dans mon cœur. . . si tu avais connu ses angoisses , ses combats ... tu m'aurais pardonné . . . ma seule consolation était de m'occuper de lui , de préparer son avenir , de lui former une fortune.
PHILIPPE , aveç amertume.
Une fortune ... de l'argent . . . oui , vous croyez , vous autres, que ça tient lieu de tout. . . (Il se lève.) C'est une mère qu'il fallait lui donner.
Mlle D'HARVILLE, d'un ton suppliant.
Epargnez-moi.
PHILIPPE
Vous l'aimiez ! et il n'en a rien su.
56 PHILIPPE
Mlle D'HARVILLE , suppliant.
Philippe ! . . .
PHILIPPE
Il mourra ! . . . sans avoir reçu un embrassement de sa mère.
Mlle D'HARVILLE,
Philippe!...
KHILIPPE , avec force.
C'est votre orgueil. . . c'est vous qui l'avez tué. MUc D'HARVILLE, se cachant la figure.
Ah! dieux! non, non, il ne mourra pas. . . le ciel aura pitié de nous... Mathilde , ma fortune, ma vie... je donne tout, si l'on me rend Frédéric... si l'on me rend mon fils.
PHILIPPE
II est bien tems. [Après un moment de silence.} Écoutez...
MUe D'HARVILLE, regardant Philippe , qui prête l'oreille du côté de la rue.
Eh bien ! qu'avez -vous ?
PHILIPPE
Chut!. . . écoutez. . . c'est'Ie bruit d'une voiture. MHe D'HARVILLE, avec anxiété.
Elle s'arrête à ma porte. {Ils se regardent en silence, et se donnent la main pour se soutenir; MUe tTHarville tremblante à Philippe.) Eh bien !.. pourquoi trembler?... c'est lui. c'est Frédéric. . .
PHILIPPE , d'une voix éteinte.
Que Ton ramène expirant, peut-être.
Mlle D'HARVILLE.
C'est trop souffrir... je veux savoir à l'instant... (Elle s'élance vers la porte et rencontre Mathilde.)
COMËD IE- VAUDEVILLE . 57