‹ La famille du baron; vaudeville épisodique en un acte (volume 2)Chapitre 21 sur 267 · TOUTES LES FEMMES · texte numérisé non relu

TOUTES LES FEMMES

Ah ! mon Dieu !

SAINT-YVES

Ils étaient affreux , mes chères : des moustaches à la Souvarow, moustaches parfaitement cirées... et des barbes à la Saint- Antoine , comme les jeunes gens à la mode en portent à présent... C'était horrible!. . . Comme j'ai eu l'honneur de vous le dire , ils étaient là en reconnaissance ; et par suite de cette reconnaissance , je me vis obligée d'épouser un des chefs , un ïartare nogais , le comte de Tapcoquin , de qui j'ai eu mon petit Emmanuel Nicolaïof , que vous avez vu ce matin.

M1,e JUDITH.

Quoi ! ce jeune homme de si bonnes mœurs?

SAINT-YVES

C'est un jeune Cosaque. . . Cosaque civilisé. . . Mais le naturel primitif commence à se déclarer. . . vous avez dû vous en apercevoir à ses galantes entreprises.

DESTAILLIS. Comment, ma sœur?

Ml!e JUDITH, Qu'est-ce que cela signifie ?

SAINT- YVES

Il m'a tout dit. . . il m'a parlé d'un baiser. . . d une déclaration faite à vos genoux.

Mlle JUDITH.

Quelle horreur ! une femme comme moi.

SAINT-YVES

Est-ce que cela vous fâche ? . . . Est-elle drôle ! c'est une plaisanterie. . . son père en faisait bien d'autres. . . Pauvre cher Tartarel. .. grâce au ciel, je l'ai perdu en France , à la bataille de Montmirail. ( Tirant son mouchoir.) Encore dans une reconnaissance. . . et j'en ai gardé

une éternelle au boulet de canon tutélaire qui m'a rendue à la liberté , à ma patrie et à la société , dont j'étais , à ce qu'on m'a dit quelquefois, le plus bel ornement.

DESTAÏLLIS.

Voila de singulières aventures.

Mile JUDITH , à part.

Et une femme que je ne puis souffrir , pas plus que son benêt de fils.

VARINYILLE.

Qu'est-ce que cela signifie?... (Haut.) Il faut dire aussi qu'après cette vie agitée madame la vicomtesse n*a plus coulé que des jours calmes et tranquilles , au sein des arts et de l'amitié.

SAINT-YVES

Ah ! oui... les arts que j'aime d'instinct et de passion , et que j'ai cultivés dans mon printems, j'ose dire avec un certain succès, et qui m'ont fait faire la conquête de M. de Yarinville mon dernier mari... que je crois voir encore, avec son lorgnon et ses ailes de pigeon... un dilettante qui adorait ma voix... car je chantais autrefois comme madame Malibran,

AlR. du Concert à la Cour *.

Dans un air de Ma Tante Aurore , Une cadence le charma; Le lendemain, plus tendre encore, Une roulade l'enflamma.

11 vint chez moi car près des belles

L'Amour voltige sans façon.

Lorsque l'Amour, outre ses ailes, Porte des ailes de pigeon.

Enfin il m'enleva; et voilà comment je fus séduite pour la seconde fois.

Mlle JUDITH.

Pour la seconde fois !

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