‹ La famille du baron; vaudeville épisodique en un acte (volume 2)Chapitre 253 sur 267 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

les MitoÈS , ISIDORE , en habit de ïràWil

isidOre , entrant à reculons.

Ôui, Madame, avant d'aller diner... vous aurez votre serrure ... ( Apercevant Martel. ) Ah ! c'est vous , père

colignon , à mi-voix, à Martel.

Faut tâcher qu'il soit des nôtres , ce capon là. . . il s'est bien battu . . .

MARTEL , bas.

Ne dis rien. . . ( Haut. ) Te via donc, Isidore?

ISIDORE

J'étais en peine de vous. . . On craignait , à la boutique , que vous n' soyez malade.

MARTEL

Tais-toi. • . Tu sais bien que je n'ai pas voulu y aller. . .

ISIDORE

Pourquoi?

MARTEL

Parce que j' suis bon ouvrier.

ISIDORE

Via pourquoi vous n' faites rien?

COLIGNOft.

Comme s'il ne savait pas qu* dans les circonstances, le bon ouvrier ne doit rien faire... pour montrer son patriotisme. . . c'est dans l' journal. . , MARTEL.

Tu peux le lire , c'est affiché sur tous les murs !

ISIDORE

Est-ce que je perds mon temps à ça !

Én v'ià-t-il un se'ditieux !

COLIGNON.

C'est un eteignoir !

marte!"..

Et tu viens encore, d' travailler ?

COLIGNON , indigne.

Il travaille Me lâche!. • ♦ le faignant!

MARTEL

Pour faire àa tort aux camarades î

ISIDORE

Pas pour leur faire du tort Mais je n' suis pas rentier , moi ; tous les dimanches y m' faut ma semaine.

MARTEL

Eh ben! et à moi?

COLIGNON

Et à nous aussi, il nous ïa faut.

ISIDORE

Eh bien ! vous ne l'aurez pas en perdant votre temps.

MARTEL , le tirant à lui.

Mais bête que tu es , tu n' comprends donc pas . • •

COLIGNON,, U tirant de son coté.

Permettez , jeune aveugle ' . - . Ne xoyez - vous pas . . . que d'puis que le monde est monde , l'ouvrier y met du sien ! il faut à présent qu'on raccourcisse les journées, et qu'on allonge la paie . ça fait qu'on s'y retrouvera , comme dit le philosophe.

ISIDORE

Et les maîtres, comment qu'ils joindront les deux bouts, s'ils nous paient plus cher quand nous en ferons moins? faudra donc qu'ils augmentent la marchandise? et le commerce qui va déjà mal, en ira donc mieux? et ceux qui n'ont pas d'ouvrage , en auront donc plus ? et. . . Ah ! laissez-moi tranquille.

COLIGNON lui tournant le dos.

Mon cher , vous n'êtes qu'un aristocrate !

MARTEL

Allons, viens avec nous.

ISIDORE

Non , je reste à l'atelier.

MARTEL , indign'.

On t'a donc embauché. . . Je ne te reconnais plus.

air : Je suis Français , mon pays avant tout.

Toi , que j'ai vu Je jour des barricades ,

Courir partout , t'battre comme un démon ,

Et qui tout seul , devant tes camarades ,

Es revenu sur l'affût d'un canon ,

Ést-c' qu'aujourd'hui tu r'cul'rais , mon garçon?

Non ; mais je crois que ma tache est finie.

Sans être fier de quelqu's servic's rendus ,

Je m 'suis battu, j'ai servi ma patrie ;

Moi , j'suis content s je n'voulais rien de plus ;

J'suis content , je n'voulais rien de plus, {lis.)

COLIGNON , à Martel , avec importance.

C'est fini , il est abruti !

martel , a Isidore.

Tais-toi!

ISIDORE

Je veux vous parier raison.

COLIGNON , le poussant.

Il veut nous corrompre. . . \7a-t'en !

ISIDORE, le menaçant.

Méchant colleur , si mon ouvrage ne m'attendait pas. . .

colignon .fièrement.

Tape donc! v'Ià mes frères qui viennent , vlà les amis... Tape... Ah ! il n'ose pas!... îe capon! capon! voltigeux ! . . .

{ Il le reconduit en le narguant. — Isidore l'entre , en haussant les épaules.)

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