B.OSE, PHILIPPE
( Ils sortent de la maison de Gotlieb. — Philippe a le manteau sur le bras , Rose porte la lanterne* )
ROSE
Allons donc , Philippe , tu n'en finis pas.
Philippe , soufflant dans ses doigts.
Brrrrrr... fait-il froid... pour la première nuit j'ai choisi un bien mauvais jour.
ROSE
Tu te réchaufferas en marchant; penses à^notre
amour.
PHILIPPE
Onze dégrés. . . au-dessous de glace. . . Ah ! Rose , n'oubliez pas. . . au fait, c'est juste , puisque je fais la place de papa, vous devez remplir celle de maman... N'oubliez pas la grande bouteille d'osier. . . A trois heures, ici, près de la fontaine St. -Grégoire.
rose , voulant s'en aller.
C'est bon , j'y serai.
PHILIPPE
Un moment , dites donc.
rose , revenant.
Encore !
PHILIPPE
Etes-vous sûre que je n'oublie rien ?
ROSE
Dame ! . . . tu as ton manteau . ta lanterne , ton cornet . . .
PHILIPPE
Si vous y joigniez un petit baiser. . . ça donne du courage ; ces diables de rues. . . la nuit. . . c'est d'un noir. . .
ROSE
Est-ce que tu as peur?
PHILIPPE
Non , mais c'est égal , tâche de ne pas dormir ; je te dirai l'heure en passant, ça me tiendra compagnie.
rose , soupirant.
Pourvu que tu réussisses, encore?
PHILIPPE
Laisse donc, c'est pas la mer à boire que c'te place; je trouve même que c'est au-dessous de la dignité d'un homme ; car enfin me v'ià rabaissé aux fonctions d'une horloge ambulante, d'un coucou personnifié.
Puisque c'est comme ça de père en fils dans ta famille... A propos , et pour les frais de la noce ?
PHILIPPE
J' les aurai, j' suis sur le chemin de la fortune»
ROSE
Tu as fait fortune ?
( If )
PHILIPPE
V te dis j' suis sur le chemin . . . donne-moi donc le temps d'arriver. J'ai encore pour quatre jours de marche , on ne tire la loterie que le 1 5.
ROSE
Tu as mis à la loterie; comment tu te fies au hasard ?
PHILIPPE
L'hasard ; ma foi, en fait d'argent et de mariage, c'est encore ce que j' vois d' plus sûr.
ROSE
Eh bien , vous êtes aimable.
PHILIPPE
J' dis pas ça pour nous.
ROSE
Mais vous le pensez.
PHILIPPE
Allons. . . v'ià qu'elP s' fâche.
Il n'y a pas d' quoi. . . Oser me dire que vous ne serez heureux avec moi que par hasard.
Philippe , voulant lui prendre la main.
Mais. . .
ROSE
Laissez-moi , Monsieur.
Aïr : Les pêcheurs de toutes nos rades.
Non , je ne veux plus vous entendre , D'ailleurs vous êtes en retard.
( Avec ironie. )
A trois heures vous pouvez «l'attendre , J'y viendrai p't'êlr' , par hasard , Et ce baiser > qu' vous alliez prendre , Quand un autr' me ï' demandera, J' n'ai pas besoin de me défendre , Le hasard me protégera.
PHILIPPE
Comment donc?. . .
rose, sy éloignant* N' me parlez plus.
C il ) Philippe 9 la suivant.
iMon baiser !
rose 5 lui donnant un soufflet.
Le v'Ià.
( Elle rentre brusquement, et lui ferme la porte au nez.)
smm vi.
PHILIPPE, ensuite LE PRINCE.
Philippe , à la porte.
C'est ça... une brouille et un soufflet, (frappant à la ?|te.)Rose! Rose! c'est des bêtises de se monter la tête eJnmeçà, ça peut avoir des suites. ( écoutant) Hein! je 31 is qu'elle me répond.
d prince , sortant de la ruelle , il a un domino rose ouvert , 1 \ar-dessus un uniforme allemand , et un masque bleu à la nain.
\xx diable le bal, j'y renonce -, j'avais fait le pari que Pon lime reconnaîtrait pas , et tout le monde me dit votre alï|e;il faut que Pon ait trahi le secret de mon déguiseàilat. . . Si j'e'chappe à des usuriers qui réclament leur argét , c'est pour rencontrer des femmes qui me rappellent ans promesses ; je ne trouve partout que des créanciers des sexes. La baronne surtout, elle y met de l'entêtement, Ipuis cette fête -7 oh ! cette fête est d'un ennui . . •
Air : Abonnés de P Opéra -Comique,
Qu'y voit-on? des sots et des coquettes , S'agitant tous avec gravite'. . .
Publiant leurs intrigues secrètes , Et prenant du plaisir sans gaîté , Des flatteurs , qui m'accablent d'hommages , Des serments qui ne durent qu'un jour , Des masques sur tous les visages . . . On se croit encor à la cour. . .
On se croirait au milieu de la cour.
l ' me bieu mieux réveiller les bourgeois , courir la ville , ieCiel m'enverra peut-être quelque bonne aventure. Le Garde. 5
phïltppe , à Rose qui a ouvert la porte. Oui, ma petite Rose , je te dis que c'était pour rire.
le prince j à part.
Rose ! . . . qu'entends-je? . . . Cette jeune fille que j'ai remarque'e à cette fenêtre. ( // regarde. ) Est-ce que le ciel m'exaucerait déjà.
Philippe, continuant.
C'est convenu , à trois henres du matin , près de la fouai ne St.- Grégoire.
le prince , à part.
"Un rendez-vous. . . si je pouvais le lui souffler ! . . . mais j avec ce costume*., impossible de faire un pas sans être dépisté. {Haut et s' approchant ) Hé ! l'ami. . .
( Rose pousse un cri et ferme la porte* )
Philippe , tressaillant.
Hein ! qui va là ?
LE prince, à part.
C'est un garde de nuit.
PHILIPPE , à part.
C'est un voleur! là... au moment de commencer mai tournée. . . me v'ià déjà arrêté à ma porte.
LE PRINCE
Approche.
PHILIPPE
Après tout, c'est à lui d'avoir peur; c'est moi qui les arrête , les voleurs. ( Elevant la voix.} Rose !
le prince j lui saisissant la main.
N'appelle pas.
Philippe , à part.
Allons , nous avons changé de rôle.
Ecoute... ton manteau me paraît plus chaud que l« mien.
PHILIPPE
Nous y voilà.
LE PRINCE
Je crains d'être reconnu.
PHILIPPE
Est-il effronté!
LE PRINCE
Tu vas me le prêter.
PHILIPPE
par exemple !
LE PRINCE
Ou me le vendre, ça m'est égal, quoique je n'aie pas d'argent sur moi , je le prends.
PHILIPPE
' Ah! c'est trop fort; il faut que j'aie le signalement du scélérat. ( // lui porte la lanterne sous le nez.) Oli ) la , la, LE PRINCE.
| Qu'as-tu donc ?
Philippe , le reconnaissant* C'est le prince !
LE PRINCE
Tu me connais ?
Philippe , à part. ! Je commence joliment mon e'tat.
le prince.
Allons vite , ton manteau.
PHILIPPE
Mais , monseigneur . . .
LE PRINCE
Et pour te récompenser, deux ou trois cents florins.
Philippe , à part.
Oh! Dieu! juste mes frais de noces.
le prince.
Eh bien , tu acceptés . . .
PHILIPPE
Certainement. . . le plaisir de vous être agréable, et trois cents florins . . .
LE PRINCE
Je te les promets sur le premier argent que je toucherai.. .
PHILIPPE , à part.
Il n'en a jamais.
LE PRINCE
Tu hésites encore?
PHILIPPE
^Pardon... monseigneur... c'est que naturellement je suis incorruptible... et h moins de circonstances bien fortes.
J'entends... on ne peut pas te séduire à cre'dit. drôle n'est pas sot. . . Tiens , prends cette bague.
PHILIPPE
Un brillant ! . . . Oh ! monseigneur. . .
LE PRINCE
Je le veux, elle te servira de gage.
Philippe , la mettant à son doigt.
Votre parole de prince me suffit. . . Mais je suis sur qui vous allez faire quelque folie. . . compromettre mon mau teau.
LE PRINCE
Du tout, mon cher. . . ça te paraît une fantaisie, un ca price, mais c'est dans le bat le plus louable , les intention les pins paternelles ; il est bon que je connaisse ceux qui je dois gouverner un jour, que j'entende leurs plainte pour réformer les abus j et le meilleur moyen , c'est de pé nétrer dans l'intérieur des familles, de voir mes sujets e mes sujettes de près.
Philippe, enchante.
Dieux! quel bon prince.
LE PRINCE
Changeous vite.
Philippe , V aidant à ôter son domino, Il n'y a qu'une chose qui m'embarrasse.
LE PRINCE
Quoi donc?
Les fonctions dont je suis chargé.
LE PRINCE
Je les remplirai.
PHILIPPE
Vous crierez Pheure ?
LE PRINCE
Aussi bien que toi , pour le moins, tu verras. ( // criée tue tête. ) Minuit!
PHILIPPE
Quest-ce que vous faites donc? il n'est qu'onze heure et demie. . . Vous avancez ces pauvres bourgeois qui si règlent sur nous... Vlà toutes les montres de la villi
dérangées . ~. . Ah ! ça , ne gardez pas mon manteau long** temps, parce qu'on m'attend quelque part à trois henres. LE prince, à part.
J'y serai avant toi. ( Haut. ) Je te retrouverai à la taverne de Le'opold. . . Voilà mon dernier ducat pour boire à ma santé , en m'attendant.
PHILIPPE
Excellent prince !
le prince , à part.
Je donnerai le mot à mes amis pour Fy retenir.
PHILIPPE
Oui, que je boirai à vot* santé, et avec dévouement encore !
LE PRINCE
Adieu !
Air : Entendez-vous, c'est le tambour.
Philippe, lui donnant la lanterne et le cornet* N'oubliez rien.
LE PRINCE
Compte sur moi.
PHILIPPE
D'un pas agile , Courf z la ville.
le prince , finement.
J'aurai grand plaisir , je le croi , A remplir ici ton emploi.
PHILIPPE
De craint' qu' mon honneur n' s'en effleure , A bien crier il faut songer.
le prjnce , lui frappant sur C épaule. Mon cher, je n'oublierai pas l'heure. . . ( A part. )
Et surtout l'heure du berger.
ENSEMBLE
Adieu , je pars , compte sur moi , D'un pas agile Je cours la ville,
Ah î quel plaisir j'aurai, je croi , A remplir ici ton emploi.
( Il sort en courant. )
PHILIPPE
Je me confie à votre foi ,
D'un pas agile ,
Courez la ville.
Un princ' qui remplit mon emploi , Ah! grand Dieu! quel honneur pour moi !