‹ La famille du baron; vaudeville épisodique en un acte (volume 2)Chapitre 39 sur 267 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

PHILIPPE, RIXDALLER, les deux Israélites, Valets clans le fond,

Philippe , à lui-même.

Je n'en puis plus , ils m'étouflfent de politesses.

( Il va pour oter son masque, )

rixdaller , s' avançant.

Mon prince . . •

Philippe , s' arrêtant.

Encore. . . Ali! c'est le gouverneur. ( Haut, ) Eh bien ! vous deviez me parler de cette petite Rose.

RIXDALLER, montrant les deux juifs.

Plus tard , mon prince. ( Bas, ) Mais , maintenant que nous sommes entre nous, vous pouvez vous dispenser de déguiser votre voix, tout le monde sait qui vous êtes... vous avez perdu votre pari.

PHILIPPE

Peut-être, peut-être, c'est une idée que j'ai... je ne veux pas me familiariser.

RIXDALLER.

Soit, . . Comment tiouvez-vous le bal?

PHILIPPE

C'est gentil , très-bien compose'. ( A pari. ) Je n'y ai vu personne de connaissance. ( Haut, ) Par exemple , ils ont tons quelque chose à me demander. . . Il y en a même un qui m'a demande' 700 florins, qu'il.prétend m'avoir gagne au jeu.

Le marquis de Salsbourg, c'est vrai , j'y étais.

PHILIPPE

C'est possible; mais je n'ai pas le sou.

rixdaller, aux deux juifs.

Excellente occasion! ( Haut. ) Ah! monseigneur, les dettes du jeu sont sacrées. ( Prenant une bourse des mains des juifs, ) Et la maison Abraham , ici présente , vous offre ces 1 ,000 florins.

PHILIPPE

La maison Abraham est bien bonne... C'est Monsieur qui est la maison?. . . ( Le juif s'incline. ) Enchanté. . . mais ...

RIXDALLER.

Ne soyez pas inquiet, cela entrera en compte. Philippe , à part.

Cest son tre'sorier. Au fait il faut qu'une altesse paie ses dettes... c'est un service à lui rendre. Nous disons sept cents florins au marquis , trois qu'il m'a promis sur le premier argent qu'il toucherait : il touche , je touche, ça fait juste. . . {Haut.) Va pour les mille florins.

RIXDALLER , bas aux juifs.

Nous le tenons.

PHILIPPE, à un valet.

Portez trois cents florins chez le vieux Gottlieb, le garde

de nuit, et le reste du sac au marquis , là Je suis quitte

avec toat le monde.

RIXDALLER , V arrêtant.

Pas avec ces messieurs, mon prince; mais en signant cet acte qui accorde a la maison Abraham la ferme des sels et des tabacs.

PHILIPPE , à part.

Eh ! mais j'ai entendu parler de cette affaire : le coquin y a un inte'rêt.

RIXDALLER.

A ce prix ces messieurs vous donneront le temps uécessaire. . .

PHILIPPE

Mais ça va augmenter le prix de ces denrées-là.

rixdaller , lui présentant l'acte.

Ça ne pèsera que sur la dernière classe du peuple.

Philippe . le prenant.

C'est justement ce que je ne veux pas. . . Ce pauvre peuple, renchérir le tabac... Si vous comptez là-dessus, bernique.

RIXDALLER , étOlWC.

Votre altesse a dit. . .

PHILIPPE

Bernique.

rixdALLEr , cherchant à comprendre»

Bernique... encore quelque mot français que nos êïégans veulent mettre à la mode. (Haut.) Prenez garde, mon prince , ces Messieurs sont décidés à tout avouer à la grande-duchesse , qui est, dans la pièce voisine , et à lui montrer tous ces effets solde's par eux.

( II montre une liasse de billets que porte un des juifs.) PHILIPPE . à part.

Dieux) y en a-t-il! Je vous demande à quoi ce mauvais sujet de prince a pu manger tout cet argent là? (Haut.) \oyons. (Aux juifs.) C'est la première fois que vous payez mes dettes?

RIXDALLER.

Non, monseigneur, c'est la troisième.

PHILIPPE (l).

La troisième!. . . Àh! bien alors je suis tranquille , vous avez dû gagner assez sur les deux autres , et je vous déclare que si vous ne me donnez pas le temps de m'acquitter. . . c'est moi qui vous mène devant la grande-duchesse. Je lui montre cet acte, le marché que vous me proposez, et je fais pendre la maison Abraham ici présente.

les deux juifs , reculant.

Oh!

RIXDALLER.

Que dites - vous? Permettez , prince . . moi qui ne me suis mêlé de cette affaire que pur intérêt. . .

PHILIPPE

Oui , l'intérêt que vous avez dans les tabacs.

RIXDALLER , troublé.

Comment?

PHILIPPE

Est-ce que vous croyez , mon digne gouverneur , que je ne sais pas tout? Les visites que ces Messieurs vous faisaient en secret tous les matins.

Je vous jure. . .

PHILIPPE

Je les ai vus! ( A part. ) Je leur ai même ouvert la porte.

(i) Rixdaller, Philippe , les deux Juifs.

( 52) RIXDALLËR.

Mais , mon prince ...

PHILIPPE

Et tenez. . . c'était le jour où vous vous ('tes rendu chez cette petite femme de chambre... vous savez... le nez cassé. . .

RIXDALLËR.

Mon prince , plus bas , je vous en prie.

PHILIPPE , après une pause.

J'y consens, je me tairai, parce qu'au fond je suis bon prince ; mais que je n'entende plus parler de vous , que je ne vous trouve jamais sur mon passage. ( A part.) J'ai mes raisons pour ça, la gratification. ( Haut.) Vous comprenez . . .

RIXDALLËR, à part.

C'est un exil, je suis perdu. ( Haut.) (i) J'obéis, mon prince.

Air : Je saurai bien la faire marcher droit.

Ah ! juste ciel , je n'y.conçois plus rien ;

Quel ton et quel discours sévère !

Qui peut , hélas ! exciter sa colère?

ÏSous ne voulons tous ici que son bien.

Philippe , faisant un geste.

Allez, Messieurs

RIXDALLËR ; bas aux juifs.

Sauvons-nous en secret»

A ma terre je vais me rendre Sans réclamer — car s'il se ravisait, Il pourrait bien me faire pendre.

rixdaller , parlant.

Mais , monseigneur. . .

PHILtPPE.

Allez !

TOUS

Ah ! juste ciel ! je n'y conçois, etc.

(i) Philippe, Rixdaller, les deux Juifs.

( 33 ) Philippe , à part.

Ail ! grâce au ciel ! je ne craindrai plus rien

De ce gouverneur si sévère , Et Monseigneur me saura gré, j'espère , D'avoir bàuvé son honneur et son bien.

( Ils sortent en désordre. )

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