‹ La famille du baron; vaudeville épisodique en un acte (volume 2)Chapitre 55 sur 267 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Mme BARNECK , SALSBACH *

Mme BARNECK.

Est-il possible? M. Salsbach parmi nous i je vous croyais à Saint-Pétersbourg.

SALSBACH.

Après deux ans d'absence j'arrive aujourd'hui, ma chère Mme Barneck, et viens passer quelques jours avec vous... Je me suis arrêté d'abord à Carlsrhue, pour rendre compte de ma mission à S. A. le grand duc : il était absent... je ne l'ai pas attendu , et ma seconde visite est pour mes anciens amis, mes excellens cîiens... car c'est votre mari, feu M. Barneck, qui m'a lancé dans la carrière. . . Votre fortune n'en a pas souffert ; car si j'ai souvent plaidé pour vous.. .

Mme BARNECK.

Nous avons toujours gagné.

SALSBACH.

Je le crois bien.. . avec vous, c'est facile . . vous avez de l'argent et de l'obstination ; c'est tout ce qu'il faut dans un procès.

Moi, de l'obstination !

* Le premier acteur inscrit tient toujours en scène la droite du théâtre.

LOUISE

SALSBACH.

Ou si vous aimez mieux , du caractère. . . un caractère noble , généreux et têtu , qui fait que , quand vous avez une idée Jà.. . vous aimeriez mieux ruiner vous et les vôtres, que d'y renoncer un instant. . . Du reste , la meilleure femme du monde, qui mettez à obliger les gens la même ténacité qu'à leur nuire. . . et dont la bourse est toujours ouverte à l'amitié.. . J'en sais quelque chose , et les malheureux du pays encore plus que moi.

Mwe BARNECK.

M. Salsbach.

SALSBACH.

J'espère, du reste , que vos affaires, votre famille... tout cela va bien ?

Mme BARNECK.

A merveille. . . et vous?. . . votre négociation? SALSBACH.

Un plein succès... nos voisins allaient obtenir à noire détriment untrailé de commerce fort désavantageux pour nos mines de Baden ville, et nos vignobles du Rhin... on ne sa vait comment l'empêcher. . .

Air. du Picge. Il nous fallait , pour réussir , Dans ces affaires délicates , Des gens qui pussent parvenir , Esprits fuis , adroits diplomates ; Hommes de génie, à peu près...

Mais dans notre diplomatie , Les hommes ne manquent jamais ..

11 ne manque que du génie.

Alors notre excellent prince a pensé à moi. Il s'est dit : Puisqu'il ne s'agit que d'embrouiller l'affaire , j'ai là le premier avocat de Carîsruhe, M. Salsbach, que je vaisleur adjoindre ! . . . Et il a eu raison , tout a réussi au gré de ses désirs. . . aussi j'espère bien que le grand duc saura reconnaître mes services. . . Et avant de quitter Carîsruhe... je lui laisse ma demande.. . Je sollicite.. . vous savez ce qui a toujours été l'objet de mes désirs... de mon ambition... des lettres de noblesse.

Mrae BARNECK.

Des lettres de noblesse !

COMÉDIE- VAUDEVILLE. 7 SALSBACH.

Pourquoi pas ? . . . vous qui vous êtes enrichie dans le I commerce . . . qui avez des millions ; qui êtes la première bourgeoise de la ville , vous n'aimez pas les grands seigneurs ni la noblesse.. . tous les industriels en disent autant , et demandent des cordons ; mais moi c'est différent. . . le titre de conseiller ou de baron. . . fait bien pour les cliens.. . cela les fait payer double , et rien que ce mot de... . de Salsbach mis au bas d'une consultation . . . savez- vous ce que cela fera?

Mme BARNECK.

Cela alongera vos plaidoyers, et voilà tout.

SALSBACH.

Allons ; nous voilà déjà en querelle.

Mme BARNECK.

Certainement , je ne trouve rien de plus ridicule que les gens qui achètent la noblesse.

Ke disputons pas là-dessus. . . surtout un j^ur d'arrivée... et daignez plutôt me présenter. . . à votre aimable nièce... à votre fille d'adopîion. . . la petite Louise , qui , depuis trois ans, doit être bien embellie.

Mme BARNECK.

Grâce au ciel .'

SALSBACH.

Je me rappelle les soins que vous preniez de son éducation; vous ne la quittiez pas d'un instant. . . et vu que c'est votre seule parente , celle-là peut se vanter d'avoir un jour une belle fortune.

ÀIR : On dit que je suis sans malice.

Que son sort est digne d'envie !

Etre à la fois riche et jolie ,

C'est trop pour un seul prétendant ,

De nos jours on n'en veut pas tant.

L'un la prendrait pour sa richesse ,

Un autre pour sa gentillesse ;

Ce qu'elle a pour faire un heureux

Suffirait pour en faire deux.

Aussi quand elle se mariera...

8 LOUISE

Mme BARNECK , lui prenant la main d'un ton solennel.

Elle se marie aujourd'hui , mon cher M. Salsbach.

Qu'est-ce que vous m'apprenez-là ?

Mme BARNECK , de même.

Dans une heure.

SALSBACH.

Et vous ne me le disiez pas !.. . et j'arrive exprès pour cela !.. . J'espère, par exemple, que vous avez jeté les yeux sur ce qu'il y a de mieux. . . que son époux est jeune. . . aimable. . . et bien fait.

Mme BARNECK.

Je ne sais. . . on le dit.

SALSBACH.

Comment , vous qui aimez tant votre nièce. . . qui deviez être si difficile sur le choix de son mari.. . vous ne le connaissez pas !

Mme BARNECK.

Je l'ai vu une fois; mais j'aurais peine à me le rappeler. SALSBACH.

Cependant quand il venait faire sa cour à votre nièce.

Mme BARNECK, s'auimant.

Lui , venir ici!.. . lui, mettre les pieds chez moi !.. . si cela lui était arrivé.. . s'il avait osé !.. .

SALSBACH.

Eh ! mon Dieu ! qu'est-ce que cela veut dire ?

Mme BARNECK.

Ah! mon cher M. Salsbach, pourquoi étiez-vous absent ? c'est dans une pareille affaire que vos conseils et voire expérience m'auraient été bien utiles.

Parlez , de grâce.

Mme BARNECK.

Chut. . . un de nos gens. . . pas un mot devant lui.

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