SCÈNE V
LOUISE , MALZEN.
MALZEN , à part.
Voilà bien la plus sotte aventure !.. . Que peut-elle me vouloir ?
LOUISE , à part.
Qu'a-t-il à me dire ?
* Louise, Salsbach, Maken.
42 LOUISE
MALZEN , de même.
N'importe. . . il faut l'entendre.
LOUISE , de même.
Puisqu'on le veut.. . écoutons-le... ( Moment de silence, )
MALZEN.
Elle a bien de la peine à se décider.
LOUISE
Comme il se consulte !
MALZEN , à part.
Allons , il faut être généreux. . . et venir à son secours. ( Haut, ) Eh bien, madame , vous avez désiré me parler ? LOUISE, étonnée.
Comment , monsieur. . . il me semble que c'est vous.
MALZEN.
Moi ! je n'y pensais pas.
LOUISE , blessée.
Ah ! monsieur. . . ce dernier trait manquait à tous les autres.
MALZEN.
Que voulez-vous dire?
LOUISE', se contraignant.
Rien, monsieur... j'y suis habituée... je ne vous fais aucun reproche... Tout ce que j'ai éprouvé depuis trois ans , tout ce que j'ai souffert par vous ne me donnait aucun droit à votre affection , je le sais ; mais peut-être m'en donnait-il à vos égards.
MALZEN.
Madame. . .
LOUISE
Air : Pour le chercher je cours en Allemagne.
Je sais pour moi votre haine profonde ,
Mais un seul point me rassurait , J'ai toujours vu jusqu'ici dans le monde Que de respects chacun nous entourait.
Ce n'est pas moi plus que toute autre.-. Mais, des égards,., je croyais entre nous ,
Qu'une femme... fût-ce la votre,
Devait en attendre de vous.
MALZEN, embarrassé.
Je vous jure, madame, que je n'ai jamais eu l'intention de rendre notre position plus pénible. . . Elle l'est déjà bien assez.. . j'ai cru.. . on m'avait dit. . . on m'a trompé, je le vois... et si quelque chose dans mes paroles a pu vous offenser, il faut me le pardonner. . . ( D'une voix émue. ) Je i suis si malheureux !
LOUISE , baissant les yeux.
Du moins, vous ne l'êtes pas par moi. . . ( Malzen la regarde et baisse les yeux à son iour. ) Si Ton m'avait écoutée , Croyez , monsieur , que ce procès n'aurait jamais eu lieu ! le bruit et l'éclat ne vont pas à une femme , même quand elle a raison !.. . ce qu'elle peut y gagner ne vaut pas ce qu'elle y perd!. . . Mais je n'étais pas la maîtresse ; tout ce que j'ai pu faire, c'est que votre sort ne fût pas enchaîné pour long-tems.. . et grâce à moi. . . vous allez être libre.
MALZEN , interdit.
Madame.. . je dois à mon tour.. . me justifier sur des procédés. . .
LOUISE
C'est inutile : puissiez-vous les oublier , monsieur , comme moi-même. . . je les oublie!
MALZEN , confondu , a part , avec dépit.
Eh bien, j'aimerais mieux la tante et ses emporlemens... que cet air de résignation qui vous met encore plus dans votre tort.. . [Haut.) Permettez-moi seulement, madame, de vous expliquer. . .
LOUISE, avec émotion.
Oh! non... non, point d'explication, je vous en conjure... je vous prie seulement d'avoir pitié de moi.. . de vouloir bien abréger cette entrevue... et s'il est vrai, comme on me l'a assuré, que vous ayez quelque chose à me demander...
MALZEN.
Oui, ouio.. madame... avant de «l'éloigner , me serat-il permis de voir mon fils?
LOUISE
Je vais donner des ordres., . vous le verrez.
44 LOUISE
MALZEN, troublé.
Un mot encore... je ne sais... comment vous exprimer... je vois que je suis plus coupable que je ne pensais... et j'ai regret maintenant d'avoir envoyé à madame votre tante, avant de vous l'avoir soumis.. . cet acte qui doit fixer. . .
LOUISE
J'étais près d élie , quand on l a apporté... Je l'ai lu , monsieur.
MALZEN, vivement.
Vous l'avez lu... je vous demande pardon d'avance, pour quelques expressions!. . je l'ai fait dans un premier moment. . . et vous avez dû être choquée. . .
LOUISE
Non.. . mais j'y ai trouvé des choses qui m'ont paru peu convenables , et que je me suis permis de changer.
MALZEN.
Air : Je n'ai point vu ce bosquet de lauriers.
Sans les connaître à l'instant j'y souscris : Quoiqu'on ait fait , je l'approuve d'avance. {A part.) Car avec elle, et plus j'y re'fle'chis ,
Je suis honteux de mon impertinence.
{Haut.) Oui, j'en conviens , injuste en mes de'dains , Depuis qu'un fatal mariage A dû re'unir nos destins , J'eus tous les torts...
LOUISE, avec douceur.
Et moi tous les chagrins Et je préfère mon partage.
MALZEN.
Ah ! madame , s'il dépendait de moi. . .
LOUISE , r interrompant.
C'est bien , monsieur. . . j'aperçois votre ami , qui , sans, doute , vous rapporte cet écrit.
COMÉDTE-VAUDEVILLE. 4$