SCENE XI
M»e JUDITH , SAINT-YVES.
m"** jodith.
Daignez vous asseoir. ( Sainte Yqcs offre un fauteuil à Mlle, Judith , et va ensuite en prendre un pour hu; Mlle» Ju^ di'th s'assied, Trayant Saint'-YQes qui en s' asseyant fait un geste de douleur:) Qu'avez-vous donc ?
SAINT-YVES
Rien...mais quand on vient de faire quarante-cinq lieues
en poste, malgré la bénignité des coussins, cela endommage
toujours plus ou moins... Je vous demanderai la permis-
:sion de n'«n pas dire davantage... à cause de la bienséance.
M*'* JUDITH
A merveille*., je vous écoute y monsieur.
SAINT-YVES
Vous sentez , ^madame , que , prêt à faire alliance avec une famille; on désire la connaître intimement... c'est pour cela que mon oncle m'a prié de vous demander à ce sujet àt& admonitions et renseignemens.
m"* JUDITH.
Inutiles à tous égards... la famille Destaillis est la famille la plus irréprochable et la plus respectable...
SAINT-YVES
J'en vois en ce moment de grandes preuves et témoignages... Ainsi donc , M. Destaillis votre frère...
m"* JUDITH.
D'excellens principes... mais peu de tête... et de Timportaucc comme un marguillier.
SAINT-YVES
Quelle vanité !
Comme ces dames qui ne songent qu'à leur parure... et quelle parure encore !... car la toilette d'à présent...
SAINT-YVES
C'est comme chez nous... j^ai des tantes et des cousines qaî souvent me forcent à baisser les yeux... elles ont surtout. . . comment appelez- vous cela ?
M^'** JUDITH
Des corsets ?
SAINT-YVES , lui montrant la manche de sa robe. Non... ce que vous avez là?
m"' JUDITH.
Des gigots. *
SAINT-YVES
Elles ont des gigots scandaleux, tant ils sont clairs et transparens...au point que la mousseline immodeste laisse apercevoir continuellement... je vous demanderai la permission de n^en pas dire davantage... Quelle diflerence avec les vôtres !... voilà des gigots vertueux et opaques, qui ne permettent point à l'imagination de s'égarer sous leurs tissus diaphanes et tentateurs... et comme le reste de la toilette y répond bien.
m"' JUDITH.
Vous trouvez...
SAINT-YVES
Quelle convenance ! quelle recherche gracieuse dans ces ajustemens! et quelle élégante simplicité dans le choix même de cette étoffe !
m"* JUDITH.
Que fait là votre main ?
SAINT-YVES
L'étoffe me paraissait si moelleuse que je craignais d'abord que ce ne fût de la soie.
M"« JUDITH, avecfierté, et éloignant sa chaise. Soie et coton, monsieur.
SAINT-YVES
C'est bien différent; car nous ayons maintenant un si grand luxe...
m"* JUDITH.
Même chez les jeunes gens.
SAINT-YVES
Ne m^en parlez pas... et la plupart ont si mauvais ton... J^en ai vu dans les salons qui , au lieu de se tenir respectoeusement éloignés des dames, s^en approchaient ainsi... ( Rapprochant son fauteuil. )
m"*^ JUDITH.
Vraiment !
SAINT-YVES
Cest comme je vous le dis... ils ne craignent pas de les regarder d'un air passionné... Voyez-vous , de ces yeux qui semblent dire : « Odieux !... si j'osais I » Et ib étaient plus hardis que leurs yeux.
Il serait possible !
SAINT-YVES
J'en ai vu même qui prenaient la main d'une femme... non pas comme la vôtre, avec un gant, mais telle que la voilà... {pilote le gant de Judith et lui baise la main) et qui avec ardeur osaient la porter à leurs lèvres... exactement comme cela. . . n'est-ce pas une horreur ?
m"' JUDITH.
Je n'en reviens pas.
SAINT-YVES
On ne peut pas^s'imaginer leur oubli des bienséances... Bien mieux encore. . . L'autre semaine, à Paris. . . j'allais dans un bel hôtel... chez une grande dame... pour une souscription... J'entire brusquement dans son boudoir, car elle en a un... et qu'est-ce que je vois!... j« n'ose y penser sans que le feu de l'indignation. .. Je suis rouge ^ n'est ce pas ?
m"* JUDITH.
Dites toujours.
SAINT-YVES
Je vois un officier... un beau brun... un brun superbe.*. qui était à genoux... exactement comme cela.
Que faites-vous?
M^^^ JUDITH
SAINT-YVES
C'est pour vous montrer... et puis, je suis mieux là qu'assis... à cause de ce que je vous disais tout à Theure.
m"* JUDITH.
£h biea... monstevr, achevez.
SAINT-YVES
Eh bien, madame...