‹ La famille Elliot, ou, L'ancienne inclinationChapitre 7 sur 21 · XVJ NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

XVJ NOTICE BIOGRAPHIQUE

produit ne dédommagerait pas des fraia d'impression , que de ce moment elle mil de côté une partie de son modique revenu pour réparer celte perte. Elle pouvait à peine croire à ce qu'elle appelait modestement sa bonne fortune , quand Raison et Sensibilité lui rapporta cent cinquante livres sterling; elle regarda cette somme comme une trop forte récompeuse de ce qui lui avait donné si peu de peine. On trouvera peut-être, au contraire, que cet ouvrage fut peu payé, dans le moment où quelques auteurs anglais recevaient plus de guinées qu'ils n'écrivaient de lignes. Si les ouvrages de miss Austen n'ont pas paru d'abord avec le même éclat, nous osons prédire qu'ils vivront plus longtemps, et surtout espérer que le bon genre qu'elle a créé trouvera des imitateurs. Le public n'a pas été > jupfce., et elle en était pénétrée de reconnaissante. L'approbation des personnes compétentes pour la juger, qui parvenait de temps en temps à ses oreilles, la flattait extrêmement ; mais, malgré ses succès, rien ne put la décider

SUR JANE AUSTEN. XVlj

à meure son nom en léle de ses productions. Dans le sein de sa famille ou de ses amis intimes, elle en parlait librement, jouissait des éloges r9 profitait des remarques et se soumettait à la critique 5 mais avec des étrangers, elle évitait, autant qu'il lui était possible, toute allusion à son caractère d'auteur.

Elle lisait avec beaucoup d'expression et d'effet 5 un ouvrage doublait de valeur en étant lu par elle, et probablement les siens y auraient beaucoup gagné ; mais ils ne participaient à cet avantage que pour sa famille, et c'était les ouvrages des autres qu'elle aimait à faire valoir. Elle était enthousiaste des beautés de la nature 5 un beau paysage en réalité ou en peinture l'enchantait, et elle en parlait avec chaleur et discernement. Dans sa jeunesse, elle était passionnée de l'ouvrage de Gilpin sur le pittoresque; l'âge la calma sans cependant changer ses opinions $ elle en changeait rarement soit sur les livres, soit sur les hommes, tant son premier jugement était sûr et raisonnable î Elle avait

Wilj NOTICE BIOGRAPHIQUE

lait avec son père une étude approfondie de l'histoire et des belles- lettres, et sa mémoire était excellente : ses auteurs favoris étaient Jonhson pour la prose, et Cowper pour la poésie. Elle connaissait à fond tous les ouvrages de morale, et bien jeune encore elle sentait les mérites et les défauts des écrivains les plus renommés de l'Angleterre Elle admirait l'imagination de Richardson, et surtout le beau caractère de Grandisson : elle le prit pour modèle dans la peinture animée et suivie des différens caractères 5 mais son bon goùl nalnrellui lit éviter les longueurs de cet auteur, prolixe jusqu'à eu èire fatigant. Elle plaçai*; Fielding très au-dessous; sans aucune atfv ctalion de pruderie, son goût repoussait tout ce qui s'écarlait de la stricie décence ; ni le naturel, ni l'esprit, ni la gaîié ne pouvaient la dédommager de ce qui lui paraissait bas et trivial 5 ses écrits en sont la preuve. Le talent de créer des caractères et d'en s;;isir toutes les nna'nces semblait né avec elle, et presque sans bornes; rien n'échappait à sa péné-

SUR JANE AU S TE N. Xl.M

tralion ; son pinceau traçait d'après nature, mais jamais d'après des individus.

Le style de sa correspondance familière était le même que celui de ses romans 5 il était fini en sortant de sa plume. Ses idées étaient si claires et ses expressions si bien choisies, qu'il n'y avait pas un seul mot à changer : on ne hasarderait pas trop en disant qu'elle n'a jamais écrit une lettre qui fût indigne de la publication.

Le trait le plus important de ce beau caractère, le seul peut-être que sa modestie aurait avoué en entier, était sa parfaite et simple dévotion ; elle était religieuse au fond de l'âme par sentiment et par conviction , et ne permit jamais à son esprit aucun doute. Son cœur était plein d'amour pour son créateur \ et quoiqu'elle aimât aussi son prochain , elle aurait été incapable du même degré d'affection et de dévouement pour aucune créature. Elle était parfaitement instruite de sa croyance par la lecture et la méditation des saints livres, et ses opinions s'accordaient strie-

Page 1