‹ La famille et ses traditionsChapitre 158 sur 235 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

social — comme tout autre contrat — ne peut subsister qu'autant que subsiste le consentement des parties contractantes, et si l'une d'elles refuse ce consentement, que devient alors le principe d'autorité ?

Et la paix sociale, si nécessaire au développement de toute race, qui la sauvegardera si ce n'est la religion ? Problème redoutable dans les conditions présentes des sociétés modernes !

De nos jours, en effet, presque toutes les nations semblent accepter comme principe de gouvernement la souveraineté du peuple ; dans la forme du gouvernement qui nous régit nous-mêmes elle exerce un pouvoir presque illimité, et conséquemment il y a ici — comme dans la plupart des pays européens —deux souverains en face l'un de l'autre et tout naturellement en antagonisme : le roi et le peuple.

Comment le gouvernant et le gouverné peuventils se trouver ainsi également souverains ? C'est un problème que je n'ai pas à résoudre en ce moment. Je constate seulement le fait, et je vous demande : comment ces deux puissances rivales pourront-elles gouverner sans conflit, et vivre côte à côte dans l'harmonie ? Quel pouvoir servira de contrepoids ? Quelle influence supérieure saura maintenir un juste équilibre entre les droits des peuples et les droits des rois ?

Ce problème que les politiciens libres-penseurs cherchent en vain à résoudre n'a jamais eu et n'aura jamais de solution en dehors de la religion. Les droits des peuples et ceux des rois ne sont vraiment conciliables que lorsqu'ils se confondent dans la commune reconnaissance des droits de Dieu. Pour-

quoi ? Parce que le roi qui commande au nom de Dieu est un homme qui obéit, et parce que le peuple obéit alors, non pas à un homme,- mais à Dieu- (Applaudissements.)

Lorsque les rois de France, commençaient leurs ordonnances par ces mots : " Louis par la grâce de Dieu " et non par la volonté du suffrage universel,

"roi des Français " et continuaient en ces

termes : " Souhaitant avec ardeur servir Celui de qui nous tenons et le royaume et l'existence, nous désirons pour l'honneur de Celui qui nous a donné

le comble de l'honneur, etc., etc.,» etc," ils

n'invoquaient ni leur souveraineté propre ni leurs propres intérêts, mais la souveraineté et les intérêts? de Dieu. Avant de commander, ils protestaient leur désir de servir, et c'est pourquoi quelques-uns d'eux s'appelaient les lieutenants de Jésus-Christ.

Rois et peuples se confondaient ainsi dans la sujétion commune à un pouvoir supérieur. Devant la suprême royauté de Jésus-Christ ils étaient également sujets, avec cette seule différence que les rois avaient plus de devoirs et une responsabilité infiniment plus grande. (Appl.)

Et si nous appliquons cette théorie de l'autorité royale à toutes les autres autorités, la paix et l'harmonie régneront à tous les degrés de l'échelle sociale. Si Dieu couronne toutes les hiérarchies qui composent la société, si l'organisation sociale esttelle que la religion soit la base de tous les pouvoirs, et si les ordres du roi au sujet, du père à l'enfant, du maître au serviteur, du patron à l'ouvrier, sont

revêtus du prestige divin, l'obéissance- sera facile, et l'antagonisme social disparaîtra.

Il deviendrait fastidieux de développer longuement cette démonstration qui n'est pas seulement évidente aux yeux de la raison, mais qui est enseignée par l'Eglise et confirmée par les enseignements de l'histoire universelle.

On ne pourrait peut-être pas citer un seul peuple qui ne se soit pas, au moins dans la plus grande partie de son existence, placé sous la protection de la divinité, et qui ne se soit pas réfugié dans les bras de la religion au jour des grands périls.

Toujours les temples ont été les vraies forteresses de l'Etat, et les pontifes, les sentinelles avancées de la nation. Le foyer sans autel, la cité sans Eglise, l'Etat sans Dieu ne sauraient constituer une patrie, pas plus que le corps sans âme ne peut être un homme ! Aussi, les plus glorieuses nations de l'antiquité païenne, n'ont-elles jamais séparé ces deux grandes choses : religion et patrie. Ce double aiîiour seul pouvait nourrir leur patriotisme, et les faire parvenir à leurs hautes destinées. Et quand on demandait aux citoyens romains pourquoi ils se sacrifiaient sur le champ de bataille, ils répondaient : pro aris etfocis, pour l'autel et le foyer. Le foyer et l'autel, telle était la formule de leur patriotisme, e* les rois et les consuls de Rome auraient cédé une partie de leur ville plutôt qu'un temple de Jupiter (Appl.)

Dans cette conduite des païens, quelle leçon n'y

a-t il pas pour les nations chrétiennes qui ont reçu

le dépôt sacré de la vérité, auxquelles Jésus-Christ

prêche sans cesse l'union indissoluble du spirituel et du temporel, de l'Eglise et de l'Etat, et qui cependant s'efforcent constamment d'effectuer entre les deux pouvoirs une séparation qui serait fatale à l'un et à l'autre I

Messieurs, c'est la grande erreur des temps modernes de vouloir séparer l'humanité de Dieu. Il se fait aujourd'hui dans le monde une lutte à mort entre le verbe humain et le verbe divin, et si l'impiété moderne pouvait soudainement par un violent coup d'état supprimer l'élément divin, elle le ferait. Ne le pouvant pas, elle morcelle pour ainsi dire l'existence humaine et travaille à la soustraire en détail au joug de Dieu. Elle fait à l'individu une vie privée et une vie publique, et elle lui dit : ta vie privée peut être soumise à certaines croyances religieuses, mais ta vie publique ne l'est pas. Or, comme les sociétés n'ont pas de vie privée, elle les déclare par là même absolument indépendantes de Dieu. Et par une suite de raisonnements de ce genre elle affranchit de toute sujétion religieuse la politique, la morale publique, la loi, la science et l'art.

En un mot, les peuples modernes n'ont pas l'ambition de construire une tour de Babel pour escalader le ciel comme les descendants de Gain ; non, ils n'ont pas ces aspirations élevées. Ce qu'ils veulent, c'est de fixer au-dessus de leurs têtes une voûte de séparation entre le ciel et la terre, et ils semblent dire à Dieu : " le ciel est à vous, mais la terre est à nous." Eh bien, non, messieurs, la terre n'est pas à nous, et le gouvernement de ce monde comme

Page 1