CINQUIÈME PARTIE
Au front Dieu la marqua dès le jour du 'baptême ; La vertu raccompagne; et Marie elle-même, Lui montrant Montréal, lui promit son secours ! Allez donc, jeune fille ; affrontez les outrages ! Allez, sans sou ni maille, au devant des orages ! Avec vous Dieu sera toujours ! ! !
Avec vous Dieu sera pendant la longue route Qu'il vous faut parcourir jusqu'au bord de la mer ; Avec vous Dieu sera pour écarter le doute Souillant votre vertu de son venin amer ! Avec vous Dieu sera pendant la traversée, Quand, durant deux longs mois, sans en être lassée, Il vous faudra soigner soldats et matelots ; Avec vous Dieu sera, quand votre âme ravie Dira son Te Deum près de Villemarie, Après avoir vaincu les flots !
Voici de Montréal la campagne sauvage ; Voici son large fleuve et sa sombre forêt ! ! ! Marguerite Bourgeois, mettez-vous à l'ouvrage... Depuis longtemps déjà votre cœur est tout prêt ! La voici l'héroïne :... Elle entame la lutte : Rien n'arrête son zèle et rien ne la rebute... Une étable... Donnez... Elle en fait son palais ! Et vous, petits enfants, venez à cette crèche ! C'est là, qu'après Jésus, Marguerite vous prêche D'être à votre Dieu pour jamais !
Par trois fois l'océan revit notre héroïne, Allant chercher secours en son pays natal ; Et ce beau dévouement sauva de la ruine, Tous les pauvres colons du naissant Mont-Réal ! Vous qui gravez les noms au temple de Mémoire, Ecrivez Marguerite aux fastes de l'histoire :
Son souvenir doit vivre à jamais dans nos cœurs. Qu'on la proclame enfin Mère de la Pairie ! Que son image brille en sa Villemarie, Et qu'on la couronne de fleurs !
Nous brûlons notre encens à d'ignobles statues : De plâtres étrangers nos jardins sont couverts : De brillants magasins embellissent nos rues. Nos Héros, où sont-ils ? ? ? Nos Squares sont déserts ! ! ! Elevez, aussi beau que son cœur le mérite, Un monument de gloire à notre Marguerite ! Et^si ce que j'ai dit n'est pas encore assez, Ajoutez deux cents ans consacrés à vos filles, Et ses Sœurs, en son nom, entourant nos familles Des doux soins que vous connaissez.
Et si, malgré cela, notre main se repose, Si pour nos vrais amis nous n'avons qu'un tombeau, Ce que nous n'osons pas, la religion l'ose ! Je vois se préparer un monument. plus beau ! Du fond de ce sépulcre, où Dieu la fit descendre, Bien souvent ses vertus ont fait parler sa cendre ! Miraculeuse voix ! Langage solennel ! ! ! Et le Vieillard Sacré, qui règne sur l'Eglise, A dit : " A ses vertus la couronne est promise, " Préparez-lui donc un autel ! "
Un autel ! un autel ! c'est bien la récompense Digne de tant d'amour du prochain et de Dieu, Un autel magnifique, où la reconnaissance Puisse venir chanter chaque jour au Saint lieu î Mais pour que cet autel soit digne de sa gloire, Faites de vos trésors l'offrande méritoire !