‹ La famille et ses traditionsChapitre 199 sur 235 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

le pèlerinage de la terre sainte. Il ne songe plus qu'à la délivrance du saint sépulcre et il emportera à sa suite l'Europe chrétienne. D'Israëli, ce juif converti au protestantisme, cet homme d'Etat dont la maladie alarme en ce moment l'Angleterre, avait déclaré un jour que " la pensée, c'est l'action." Il s'était mis dans la tête de devenir premier ministre de son pays, et il a montré que l'action, c'est la pensée, et plusieurs fois il a tenu les rênes du gouvernement anglais. Dans un de ses premiers romans, il s'était représenté lui-même sous le nom de lord Beaconsfield. Rêvait-il cette haute distinction ? Quoi qu'il en soit, il mourra lord Beaconsfield.— Dans notre pays, combien d'exemples pourrais-je citer de ce que peut une volonté ferme, mue par une idée fixe ?

Ainsi Monsieur le curé de Saint-Jérôme a décidé un jour, qu'un chemin de fer ferait bien entre son village et Montréal. La pensée, c'est l'action ; il s'est mis à l'œuvre, il a remué ciel et terre, il a dépensé, il s'est dépensé ; il a écrit, parlé, paraît-il, travaillé, et Saint-Jérôme, ville depuis l'an de grâce 1881, est aux portes de la grande métropole. L'inactivité tuerait le curé de Saint-Jérôme ; aussitôt une nouvelle idée s'empare fortement de lui.

Dans Saint-Jérôme, coquettement assis aux pieds des Laurentides, en face de cette bruyante rivière du Nord qui arrive des montagnes, M. Labelle avait bien des fois laissé courir sa pensée et son imagination vers ces forêts qui s'étendent par delà montagnes et vallées jusqu'à la hauteur des terres. Il avait entrevu les richesses de ce sol. Un jour il

avait voulu s'assurer si la réalité n'approchait point de ses prévisions. Il fut émerveillé.— D'un autre côté, il voyait le pays dévoré du mal de l'émigration ; la race canadienne se laissait environner, presser par les autres nationalités ; surtout il déplorait comme un danger et un malheur l'agglomération des gens de la campagne dans les villes. Le remède, l'unique remède à ces maux était la colonisation. Cette œuvre éminemment patriotique et religieuse a été, depuis un demi siècle, la préoccupation de tout Canadien ayant à cœur les intérêts de son pays, et les hommes zélés n'ont cessé de travailler à refouler les populations vers les terres nouvelles des cantons de l'Est, du Saguenay, du Saint-Maurice. M.Labelle a taillé un royaume immense dans la vallée de l'Ottawa et il a décrété dans son intérieur qu'il le peuplerait. Dès lors la colonisation, la Rivière-Rouge, la vallée de l'Ottawa se sont identifiées avec lui. Les facultés de son âme, les forces de son corps, sa position, son influence sont au service de cette idée. Il ne pense qu'à sa colonisation, il n'aime que cette œuvre, elle l'absorbe, le tourmente, le dévore.

Déjà plus de vingt paroisses se forment ou sont formées. M. Labelle pousse vigoureusement son œuvre. Un rang de plus de 75 milles de long est établi sur tout son parcours, et, ce printemps, la colonisation aura atteint le petit Nominingue, cette terre promise où les Jésuites jettent les fondements d'une institution qui renouera leur histoire avec les traditions de leurs premiers Pères dans la colonie.

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