‹ La famille et ses traditionsChapitre 30 sur 235 · LA FAMILLE ET SON HISTOIRE · texte numérisé non relu

LA FAMILLE ET SON HISTOIRE

" La première partie du Livre de raison sera naturellement consacrée à l'histoire de la famille : c'est le passé.

Il y a de longs siècles, un éminent penseur de l'antiquité, Aristote, disait :

" La vertu est un bien, et une famille dans laquelle les hommes vertueux se succèdent est une famille d'hommes de bien. "

Ce que les païens proclamaient avec une telle netteté, et ce qu'ils observaient dans le gouvernement de leurs familles, comment les chrétiens auraient-ils pu l'oublier ?

Nous n'écrivons pas ici un traité sur une question si grave ; notre rôle consiste simplement à rappeler les principes et à tracer un programme. Or, nulle part ces principes et ce programme ne se trouvent mieux résumés que dans le passage suivant du Père Lacordaire :

" Nos pères ont travaillé pour nous dans le temps et dans l'éternité. Ils ont, au ciel et sur la terre, tracé le sillon de nos voies, et nous rencon-

trons, en y marchant, les plantes fécondes ou les plantes amères qu'ils y ont semées pour nous. Nous sommes héritiers de la grâce comme héritiers du sang, quoique à des titres divers, et ce qu'ont été nos ancêtres pour nous, nous le serons à notre tour pour les générations qui sortiront de la nôtre. Nous leur léguerons un trésor de bien ou de mal, qui leur aplanira le chemin du ciel, ou le leur rendra plus difficile et plus étroit.

" Messieurs, permettez-moi de donner un conseil à ceux d'entre vous qui n'ont pas encore enchaîné dans les liens du mariage leur première liberté. Qu'ils sachent bien que s'allier à une famille, c'est s'allier à des bénédictions ou à des malédictions, et que la dot véritable n'est point celle que l'officier public constate sur le papier. La dot véritable, Dieu seul la connaît ; mais, à un certain degré, par la mémoire des hommes, vous pouvez la connaître aussi. Ne cherchez donc pas l'or visible ; demandez-vous si le sang qui va se mêler au vôtre contient des traditions de vertus humaines et divines, et s'il s'est longtemps purifié dans les sacrifices du devoir. Demandez-vous si l'âme est riche de Dieu. Remontez aussi haut que possible dans son histoire héréditaire, afin que, tous les rameaux en étant explorés, comme une mine où votre destinée prendra ses racines en arrière de vous, vous sachiez ce que pèse devant Dieu cette génération qui vous était étrangère et qui va se joindre à la vôtre, pour n'en faire qu'une seule à votre postérité. Si l'auréole de la sainteté y manque visiblement, fuyez à l'autre pôle, quand même on vous apporterait tous

PRExMlÈRE PARTIE 33

les trésors du monde. Hélas ! si tant de gémissements plus forts que la pudeur s'élèvent du sein des familles, c'est qu'en les formant un jour, on avait compté sur la dot de la terre, sans compter sur la dot du ciel." 1 L'état religieux, domestique et social, qui s'attache à la conservation des bonnes races, sera d'autant mieux satisfait q,ue les familles garderont fidèlement leurs traditions, leur histoire.

Cette histoire se divisera en deux sections : lo. les ancêtres ; 2o. les parents.

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