IX. LA SIMPLICITÉ ET LA MODESTIE
Ne confondez pas la noblesse des sentiments avec l'orgueil ; ce vice est presque toujours l'apanage de la médiocrité. Naissance distinguée, fortune, places, talents, avantages de l'esprit et du corps, tout cela perd son prix par l'orgueil et double sa valeur par la simplicité.
Ne soyez donc point prévenus de vous-mêmes, et n'ayez pas non plus la sotte erreur de croire que les hommes se jugent par ce qu ils paraissent et non par ce qu'ils sont. Il y a quantité de gens qui, placés au haut de la roue, sont méprisables, si on les considère dépouillés du rang souvent éphémère auquel ils se sont élevés ; il y en a quantité d'autres qui, dans un état très-obscur, ont un mérite personnel peu commun.
Ne méprisez aucune condition et aucune profession ; partout où vous trouverez des vertus, respectez-les.
Soyez de bonne heure économes et sobres ; ne vous créez pas de besoins factices. Souvenez-vous
que la sobriété fut toujours le meilleur remède pour prévenir les maladies comme pour les guérir, qu'elle est la source de la vigueur de l'esprit, et la santé de l'âme comme celle du corps.
Ayez horreur du luxe de nos jours qui ferait votre malheur. Ne visez pas à la nouveauté et à la rareté ; elles rendent très chers des objets que peu de jours remettent à un prix raisonnable. Réglezvous dans votre condition sur l'exemple des plus modérés, et cela pour le train, pour la table, pour les meubles, etc., en vous rappelant" que toute dépense au-delà du nécessaire est directement contre la règle de l'aumône.
" Le luxe, dit l'auteur d'une remarquable étude sur l'économie politique et sociale, traîne après lui le vice qu'il flatte, et l'impiété, qui est son meilleur agent.
" C'est le luxe surtout qui arrache à la terre les bras dont elle a besoin pour être féconde. Il les emploie à son service afin de satisfaire aux désirs de tous ceux qui vivent sous sa loi. u Alors la femme, séduite par la passion du luxe, et qui s'est laissée dominer par la puissance de l'orgueil et de la vanité, portera, dit un écrivain moraliste, plus de richesses sur sa tête que n'en porte un temple élevé à la divinité."
" Mesdames, disait un célèbre prédicateur, mettez vos robes de soie sous le pressoir, et la sueur et le sang de vos maris en jailliront ! "
Plus d'une dame canadienne mérite le même reproche ; il y a sous ce rapport toute une croisade à prêcher dans notre cher pays, qui, hélas ! s'en va