GRENVILLE
Il y a une formation rocheuse affleurant sur les rives du lac LaRûnge ayant dans son entourage certains caractères distinctifs qui servent à les différencier des gneiss granitoïdes qui forment la vaste expansion du Précambrien et servent aussi à établir leur relation avec la formation Grenville de l'est du Canada. Les roches de cette formation sont toutes considérablement métamorphisées; ce sont principalement des granodiorites
"Dans notre promenade le long de la rivière nous avons remarqué de nombreux cailloux ayant la forme et la couleur de boulets de canon; et en les brisant contre les rochers, l'intérieur ressemblait à du fer. En remontant une autre rivière, quelques milles à Test de York Factory on remarque une berge où ces cailloux abondent."
Cette description de Robson s'applique assez exactement aux concrétions qui sont répandues dans TAnimikie du lac Supérieur, étant des produits de décomposition des schistes de la rivière Kaministikwia transformés en galets de S pouces de diamètre.
ORDOVICIEN.
Une zone d'une largeur moyenne d'environ 50 milles composée presque entièrement de calcaire magnésien de l'ordovicien, s'étend depuis le lac Winnipeg jusque vers le lac LaRonge. Du côté sud elle est surmontée, apparemment en concordance par des lits de calcaire ressemblant de près aux couches ordoviciennes mais renfermant une faune qui les classe dans les silurien. Du côté ouest son prolongement possible est masqué par un épais manteau de sables récents et le chevauchement de couches crétacées qui, au lac Wapawekka reposent immédiatement sur la surface précambrienne.
Il n'y a aucun endroit où l'on puisse voir une coupe complète des couches; puisqu'elles sont presque horizontales avec une pente douce vers le sud-ouest ou largement onduleuses.
Il existe une autre aire de roches ordoviciennes dans la partie nord-est de la région de la carte. Elles font partie de la vaste expansion de sédiments paléozoîques qui s'étend depuis le bassin occupé par la baie d'Hudson et la baie James jusque dans les terres au-dessus de la pénéplaine précambrienne. La largeur de la zone atteint son maximum dans la région au sud-ouest de la baie James, où elle pénètre à au delà de 250 milles dans l'intérieur. Dans la partie inférieure de la zone, là où elle atteint sa plus grande largeur, l'ordovicien est entièrement masqué par le chevauchement des couches siluriennes et dévoniennes. Là où l'on aperçoit la zone sur la région de la carte, la largeur est d'environ 125 milles dont près de 100 sont supportés par rOrdovicien.
Les roches de ces deux aires aujourd'hui très éloignées l'une de l'autre, se ressemblent étroitement quant à leur nature lithologique et à leurs fossiles; il semble donc probable qu'à un moment donné elles s'épanchaient largement sur la pénéplaine et formait une nappe continue.
L'aire méridionale se compose principalement de calcaires magnésiens avec grès grossiers blancs et rouge sombre à la base. Les calcaires sont en majeure partie fossilifères et c'est tout ce qui les sépare d'avec les calcaires siluriens qui les surmontent en concordance. On n'a pu voir en aucun endroit de coupe complète de ces couches, et en raison de l'allure légèrement onduleuse des strates, il est difficile de reconstituer la coupe entière d'après les affleurements qui sont très éloignés les uns des autres. Dans le voisinage du lac Cormorant et à l'ouest de celui-ci, la succession parait être comme suit de haut en bas:
40 pieds Calcaire-magnésien couleur chamois foncé,
finement grenu, en stratification épaisse.
15 '* ... .Calcaire magnésien compact, jaune chamois,
en stratification moyennement épaisse, avec nombreuses empreintes de coquilles enroulées de céphalopodes.
.... Calcaires magnésiens durs à grain fin, jaune chamois, en stratification mince avec fracture concholdale.
.... Calcaire magnésien jaunâtre dur, en stratification épaisse, se détachant sur les parois des falaises en morceaux grossièrement discoïdes de formes irrégulières.
.... Calcaire magnésien dur brun chamois marbré de rouge en stratification mince, avec texture de pierre lithographique et noduleux à la base.
Calcaire magnésien rougeâtre en stratification
mince, pourrissant rapidement à Tair et se couvrant de taches de rouille.
Calcaire magnésien rougeâtre en stratification
mince se désagrégeant facilement.
20 " Calcaire magnésien impur rouge et blanc,
moucheté ou tacheté en couches assez épaisses.
10 " ou plus de grès quartzeux tendre à gros éléments, rouge sombre et blanc.
M. Dowling a publié en tableau une liste des fossiles récoltés dans les roches ordoviciennes du Manitoba, que l'on trouvera dans le Rapport annuel de la Commission géologique pour Tannée 1898, partie F.
Les espèces qui suivent sont signalées par Tyrrell dans les roches de la région au nord de la Saskatchewan que l'on reconnaît être du même âge. Nous y ajoutons plusieurs autres espèces déterminées par W. Whiteaves dans une collection recueillie au lac Cormorant et par M. Percy Raymond dans ime collection provenant du lac Deschambault:
Dans les calcaires: —
Receptaculites oweni.
Columnaria alveolata.
Columnaria (Palaeophyllufn) rugosa.
Streptelasma robustum,
Calapoecia canadensis,
Stictopora acuta.
Orthis testudinaria.
Leptoena unicostata.
Plectambonites sericea.
Dinobolus parvus ?
CyrtodonUiy esp.
Maclurea manitobensis,
Liospiray esp.
Murchisiona ou Loxonetna, esp.
Trochonema ou Pleurotomaria, esp.
OrthoceraSf esp.
Endoceras subannulatum ?
Triptoceras lainbii.
Gyroceras submamillatum ?
Bumastes trentonensis.
Cheirurus pleur exanthemus.
Dans les grès: —
Ctenodonta subnasuta ?
Pleurotomaria^ esp.
Murchisonia ou Loxonema, HeUcotoma, esp.
Bucania budUi ?
BeUerophofif esp.
Orthoceras semiplanaium or planoconvexum.
Endoceras (Narthecoceras) crassisiphonaium.
Aux précédents furent ajoutés ceux qui suivent, provenant de collections recueillies au lac Cormorant et déterminés par M. Whiteaves et aux lacs Déschambault et Suggi, déterminés par M. Percy Raymond: —
Du lac Cormorant: —
Pasceolus (Cyclocrinus) spaskii ? Eichwald.
tZaphrentis affinis, Billings. Teste, Lambe.
Nyetopota hilUngsiiy Nicholson. Teste, Lambe.
ILdbechia ohioensis, Nicholson. Teste, Lambe. Fragment.
Rhynchotrema, esp.
Strophomena deltoidea ?
Strophomena trentonensis ?
Pleurotomaria ?
OphUeta ?
Des lacs Déschambault et Suggi : —
Platystrophia lynx, Eichwald.
Receptaculites oweni. Hall.
CUonychia, esp.
LIBnTE NORD-EST DE L'oRDOVICIEN.
Les calcaires ordoviciens se terminent au nord généralement contre des parois d'escarpement presque perpendiculaires de 20 à 40 pieds ou plus de hauteur dont les parties inférieures sont cachées par des talus d'énormes blocs de calcaire tombés d'en haut par suite de l'affouillement du rocher causé par la décomposition à l'air des couches inférieures lesquelles dans certains cas, comme au lac Amisk, se composent de calcaires finement stratifiés et offrant moins de résistance que les supérieures, et dans d'autres cas comme sur la bay Ballantyne consistent en grès quartzeux se désagrégeant facilement.
envahi par une roche quartzeuse dure et compacte, probablement une dîorite quartzeuse et tout le groupe énuméré ci-dessus est pénétré par une languette de diorite gris bleu foncé en forme de dyke qui recoupe le terrain encaissant et y envoie de longues et étroites ramifications. Des gneiss à biotite ayant une direction à peu près est et ouest se continuent jusqu'au lac Pipestone où une large zone de schistes chloriteux et hornblendiques, diorites et conglomérats est enrobée dans les plis du gneiss avec une allure concordante. Les conglomérats sont composés d'une pâte chloritique schisteuse renfermant des galets roulés principalement de granité mais aussi de diorite. Près de la lisière nord de cette zone, on aperçoit des bancs d'une roche chloriteuse très fortement décomposée, dérivant probablement d'une hornblendite. C'est la roche dont se servent les sauvages pour fabriquer des pipes, d'où le nom du lac, Pipestone.
"Sur la rive sud de la nappe centrale du lac Pipestone la roche dominante est un schiste hornblendique calcaire laminé vert foncé avec des traînées filoniennes et des lambeaux lenticulaires de quartz blanc. Elle va N. 70® O., et plonge vers le sud sous un angle d'environ 75®. Sur un îlot à environ un mille au large de la partie centrale de cette rive, il y a un schiste hornblendique plus tendre avec des lamelles de calcite blanc et des touffes de quartz et de chlorite associées à un schiste chloritoîde à surface glacée. A environ un mille au nord-ouest se trouve une île composée de diorite grise massive plutôt grossièrement cristallisée. Les îles à la sortie du lac consistent en hornblende verte et micaschistes avec galets de différentes sortes et grains arrondis de quartz soit étroitement accumulés ensemble soit éparpillés à travers la masse. A un endroit au sud du détroit et à deux milles du lac Pipestone, se présente une lisière de conglomérat au milieu d'un micaschiste gris plutôt tendre et à grain passablement fin allant N. 55° O. et plongeant à 80® de l'ouest à l'est. Les galets du conglomérat varient depuis du gros sable jusqu'à la grosseur d'une tête d'enfant. Un bon nombre se rapprochent de la forme sphérique et consistent en syénite grise dure et finement grenue. D'autres se composent de quartz blanc et sont également bien arrondis." "Sur le côté est de l'île de la réserve des sauvages et
de petites îles contiguês, depuis l'île Otter jusqu'à la pointe Bigstone, la roche est un schiste de hornblende de calcaire vert foncé avec micaschiste finement grenu de la même couleur. Sa direction est S. 60® O. et son plongement de 85® au sud-ouest. A la pointe Bigstone commence le gneiss laurentien. Une diorite massive vert foncé à cristallisation grossière apparaît le long du
détroit sur le côté est de l'île de la réserve et de la pointe en face."
"A deux milles plus au nord, on a trouvé une quartzite massive gris clair sur les deux côtés du même bras de rivière. Le point le plus au nord de l'île de la
réserve est formé d'un granité gris foncé ou gneiss granitoîde avec lameUation très indistincte. Ici la roche est coupée par un petit dyke de dolomie gris foncé à grain fin d'une direction N. 5^ O. On a trouvé des micaschistes sur toutes les îles examinées dans la partie ouest du lac à la Croix entre l'Ue
de la réserve et la sortie du lac."
"La rive nord-ouest du lac à la Croix est formée de gneiss laurentien."
Immédiatement après la lisière nord de cette zone sur le lac à la Croix, se rencontrent des granités rouges altérés avec . quartz bleuâtre opalin ressemblant étroitement à certains granités qui se présentent le long du contact avec les bandes du Keewatin dans le district de Rainy River de l'Ontario. Entre les lacs à la Croix et Sipiwesk la rivière se partage en un certain nombre de canaux au cours rapide qui circulent à travers des saillies inclinées de gneiss granitique à biotite et de gneiss grossier blanc entrelamellé avec gneiss noir fin renfermant par endroits du grenat. Ces gneiss sont recoupés ici et là par un granité éruptif rouge, et notamment par un dyke de diorite fine, dure, presque noire.
Depuis un point à deux milles en aval du lac Sipiwesk, les basses collines de gneiss qui se dressent sur les deux rives sont tout-à-fait dénuées de végétation, et à quelques milles plus loin, les berges s'abaissent et sont recouvertes de sable ne montrant qu'ici et là un pointement de roche. En aval de la rivière Clearwater et se continuant jusqu'au Split Lake, les berges sont formées de gneiss granitiques à biotite en saillies arrondies de peu d'élévation avec dépressions intermédiaires, entre les sommets, recouvertes d'argile.
Le Dr. Bell qui a examiné cette partie de la rivière en aval de Sipiwesk, en 1877 en fait la description suivante: —
"Toutes les eaux de la rivière Nelson semblent s'être réunies pour la première fois dans cette région depuis qu'elles se sont détachées du lac Great Playgreen. La largeur ici est en moyenne d'un mille ou peut être plus, et la profondeur varie de 40 à 50 pieds. La vitesse du courant est d'environ trois milles à l'heure au milieu, mais la rivière est beaucoup plus rapide aux deux endroits où elle devient très étroite.^
"Probablement en raison de la grande profondeur de l'eau sur la majeure partie du lit de la rivière, il y a, de chaque côté, de puissants remous qui permettent aux navigateurs de remonter facilement le courant en cet endroit."
1 Com. Géol., Canada, Rapport des Opérationf . 1877-78. Partie C.
Dans une large zone près de la bordure, les calcaires sont coupés par de nombreuses cassures le long des plans de diaclase, dont quelques imes sont parallèles aux parois des rochers et d'autres s'en éloignent dans une direction presque perpendiculaire. Ces cassures se sont élargies probablement en partie par suite de l'expansion de la glace qu'elles renfermaient jusqu'à former quelquefois de petites gorges assez larges pour laisser passer un homme et dans lesquels le voyageur peut trouver de la glace en plein été. C'est ainsi que d'énormes blocs quadrilatéraux sont séparés par ces gorges de la masse principale de calcaire. M. Alexander Henry^ a été particulièrement frappé de ce phénomène et voici ce qu'il en dit dans une description d'un voyage à travers le lac Amisk (Beaver) en 1776:—
"En retraversant le lac Beaver nous fûmes forcés par le vent de nous retirer dans une baie que je n'avais pas encore visitée. Ayant pris mon fusil je m'enfonçai dans les bois à la recherche de gibier; mais à peine avais- je marché un demi-mille qu'il me fut presque impossible d'aller plus loin à cause des masses de roches qui m'obstruaient le chemin dans toutes les directions; quelques unes aussi grosses que des maisons semblaient avoir été lancées en l'air et être ensuite retombées dans leur position actuelle. J'ai pu enfin par un sentier détourné monter sur la hiontagne du versant de laquelle elles étaient tombées; tout le massif était fracturé et séparé par de vastes abtmes. En certains endroits, des parties de la montagne d'un demi-acre de surface étaient soulevées' au dessus du niveau ordinaire. Cela me parut une scène évoquant la guerre des Titans ou celle des anges de Milton."
La zone ordovicienne de la baie d'Hudson affleure sur les rivières qui se déversent dans la baie dans une large bande qui pénètrç dans les terres, mesurée à la rivière Nelson sur une distance de 125 milles. De cette étendue, 60 milles à partir de la côte sont Recouverts par le chevauchement en concordance des couches suivantes du Silurien.
Les roches qui composent cette aire du Silurien sont semblables au point de vue lithologique à celle de l'aire méridionale. Leur meilleur affleurement est sur la rivière Nelson, où se présentent, entre l'ensemble du Silurien sus-jacent et celui du Précambrien, de nombreux bancs dans le lit de la rivière et le long
^Traveb and Adventure in Canada and the Indian Territories between the year 1760 and 1776. by Alexander Henry. Eaq.» 1809.
des berges sur une distance de plusieurs milles. Les roches sont des calcaires magnésiens ou des dolomies généralement couleur chamois et plutôt arenacées comme composition. Elles reposent en douces ondulations ici et là, mais sont en majeure partie horizontales. Nombre des couches sont fossilifères et parmi celles qui se présentent aux trois rapides de calcaires, ime collection de fossiles a été récolté par le Dr. Bell et déterminée par M. Whiteaves.^ C'est grâce à ceux-ci que Ton a pu fixer Tâge des couches comme étant à peu près le même que celles des calcaires de Winnipeg et de TOrdovicien.