JEANNE GODEFROY DE LINCTOT
Née à Trois-Rivières le 11 avril 1644.
Elle entra au noviciat des Ursulines de Québec le 26 juillet 1659.
Ees Annales des Ursulines nous présentent un résumé charmant des vertus de cette religieuse accomplie :
" Elle avait été élevée, disent-elles, dès l'âge de cinq ans dans notre monastère, et messieurs ses parents nous l'avaient donnée, afin de lui procurer une éducation sainte. Car quoiqu'ils fussent très vertueux, et qu'ils pouvaient eux-mêmes la très bien élever, cependant ils la confièrent à nos premières mères. Dès l'âge si tendre de six ans elle avait l'esprit brillant et fort développé, et une mémoire heureuse, ce qui fit qu'en peu de temps, elle fit de grands progrès dans la doctrine chrétienne, l'histoire sainte et autres études
(i) Benjamin Suite, Revue Canadienne, tome seizième, p.
convenables à son âge. Dans ces premiers temps de la colonie, les RR. PP. de la Compagnie de Jésus faisaient le catéchisme aux enfants tous les dimanches et tous nos pensionnaires sortaient pour y assister. Pour l'encouragement de ces enfants, ils leur faisaient apprendre des vers et des tragédies fondés sur l'écriture sainte. Ensuite ils donnaient des prix à ceux et celles qui s'appliquaient le plus à ces saintes études et qui s'acquittaient le mieux de leurs rôles. Mademoiselle Jeanne Godefroy emportait le plus souvent le prix. A l'époque où nos mères furent affligées par le premier incendie de leur monastère, toutes les pensionnaires durent, en conséquence, retourner chez leurs parents. M. Godefroy vint de Trois- Rivières, dans la plus rude saison de l'année, pour emmener sa fille au sein de la famille.
"Dès que le monastère fut rebâti, la petite Jeanne fut la première à demander à revenir, car à cette époque même, n'étant encore que dans sa huitième année, il lui fallait quelque occupation sérieuse ; elle s'ennuyait fort de ces passe-temps de l'enfance lorsqu'elle les voyait se prolonger au-delà d'une heure ou deux par jour. Vers le temps de sa première communion, Dieu lui donna une forte inclination de se faire religieuse ; mais comme elle était trop jeune, ses parents pour la divertir l'emmenèrent une seconde fois à Trois-Rivières, où tout fut employé pour la porter à différer son pieux projet. Mgr de Laval, premier évêquedu pays, l'aj^ant vue au pensionnat après son arrivée, et ayant su qu'elle désirait se faire religieuse, l'obligea d'aller encore vivre quelque temps au milieu de sa famille afin d'éprouver sa vocation. Elle y fut par obéissance ; mais elle revint à Québec vers la fin du même mois, et Von fut forcé de l'admettre enfin au monastère. Le 9 octobre suivant, elle prit l'habit religieux ainsi que le nom de Saint-François-Xavier, (i) Ce-
(i) "Le même jour (g octobre 1659) fut faite la vesture de Jeanne Godefroy aux Ursulines par Mgr L'evesque : 11 fit la cérémonie en rochet et camail devant et après une messe basse qu'il dit. Monsr. de Pétrée lui donna pour son habit 9 aunes de serge noire à 6 Ib. l'aune, deux pièces de toile de 25 aunes chacune. Je donnai dix écus pour la tunique et les voiles blancs, que les religieuses fournirent. ''—Journal des Jésuites.
pendant Monseigneur voulut prolonger son épreuve jusqu'à ce qu'elle eût dix-huit ans accomplis, et la fervente novice, qui brûlait du désir de prononcer ses voeux, fut obligée d'attendre jusqu'au mois d'août 1 66 1, pour consommer son sacrifice. Depuis ce moment jusqu'à celui de sa mort elle ne fit plus que courir dans les voies de la perfection. Employée d'abord à l'Institut, elle fut ensuite successivement, dépositaire, maîtresse des novices et maîtresse-générale du pensionnat. Ses vertus favorites étaient la charité et l'humilité, et elle en donna partout des exemples ; car quoiqu'elle fût une personne instruite et fort éclairée, elle aimait cependant à demander conseil sur les moindres choses, ayant su conser^'^er toute sa vie l'heureuse ingénuité ain.si que la gaieté de son enfance. Comme elle offrait tous les jours au ciel une fervente prière pour obtenir l'humilité, le Seigneur exauça enfin cette âme innocente en lui envoyant des sujets de sacrifices pénibles et continuels. Aj^ant été affligée d'infirmités vers l'âge de soixante ans, le ciel permit qu'elle éprouvât aussi un affaiblissement moral, dont elle s'apercevait très bien, ce qui fut pour elle un nouveau moyen de pratiquer sa chère vertu, l'humilité. La mère Jeanne Godefroy de Saint-François-Xavier, après avoir été ainsi épurée par les souffrances pendant plusieurs années, mourut presque subitement le 28 juin 17 13, sans avoir même été jugée en danger de mort par les médecins. Elle était âgée de soixante-dix ans et elle en avait cinquante-deux de profession." (i)
JOSEPH GODEFROY DE VIEUX-PONT E' auteur de la troisième branche.
JEAN-AMADOR GODEFROY DE SAINT-PAUL L'auteur de la quatrième branche.
( I ) Les Ursidincs de Québec, tome premier, p. 280.
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