‹ La famille improviséeChapitre 19 sur 30 · LES MÊMES, MADAME PITOU · texte numérisé non relu

LES MÊMES, MADAME PITOU

MADAME PITOV.

Votre servante, tout le monde; c'est moi qui viens ici pour le mariage de mon petit Dodo Coqucrel, qui est mon nou»-

^tjsou... Monsieur cl iiiailaiiie se porlent bien ? J'ai pris les petites voitures de lu porte St-Denis, qui, par parenthèse, m'ont joliment secouée. (]onimc j'ai dit à mon Dodolphe , quand il est venu me taire part de son mariage, j'y ai dit : Coquerel, le mariage n'est pas une petite affaire; je l'ai t'clé quatre fois mariée moi , telle que vous me voyez : j'ai fait trois mariages d'amour et un mariage de raison... Pardon, monsieur Hamelin, prenez-vous du tabac?

MADAME OAMELIN.

Quelle familiarité I

BAMELiN, lui présentant sa tabatière.

Oui, madame, prenez.

MADAME piTor, prenant.

Merci! ça rafraîchit les idées... C'est une mauvaise habitude que j'ai depuis trente ans, avant d'épouser mon second mari qui était facteur à la petite poste.

MADAME HAMELIN

Iliséricorde!

MADAME PITOU

Je sortais d'avoir une inclination pour un facteur de la Halle aux Cuirs, qui s'est bien mal conduit z'à mon égard , et qui m'a causé bien des peines et bien des chagrins ; que je peux le dire. Je vous parais peut-être légère? eh bien ! je m'attache facilement.

MADAME HAMELIN, (l SOU mari.

Quels propos!

MADAME PITOU

J'avais eu une faiblesse, comme beaucoup de femmes peuvent en avoir; comme madame votre épouse a pu en avoir ellemême.

MADAME HAMELIN , se fâchant.

Madame, modérez vos expressions.

MADAME PITOU

Madame, nul n'est exempté d'aimer sur la terre. C'est une tribut qu'il faut lui payer,

MADAME HAMELIN

Encore une fois , madame , modérez-vous.

MADAME PITOU

Quand nous nous connaîtrons mieux, je vous en dirai bien d'autres. Depuis vingt-six ans que je demeure rue Thibautodé, j'en ai vu assez; j'ai étudié les hommes; qui dit les hommes, dit les femmes, c'est lesexe, engénéral... Unepetite prise, s'il vous plaît.

HAMELIN

Encore?

MADAME PITOU

J'en prends comme un Suisse , quelquefois j'en suis z'honteusc... Il est bien bon ! Ousquc vous le prenez ? à la Civette?

HAJIELIIC.

Oui, madame.

MADAME PITOr.

Moi je le prends à ia Grosse Pipe. {Elle rit,) Eh ! eh f

MADAME HAMELIN , à SOU mari.

Mais d'où sortent tous ces gens-là ?

MADAME PITOU

Vous paraissez toutes les deux de bonnes gens... Je suis contente que mon Dodolphe entre dans une famille aussi respectable. Aujourd'hui il y a tant de gens qui n'ont que le dehors!... Tenez, dans ma maison, il y a au premier un vieux monsieur et une vieille dame qui sont à leur z'aise ; c'est mes voisins, n'j a que le plomb qui nous sépare; eh bien! avant z'hier ils ont mangé du melon, du prix qu'ils étaient, et pas un brodé, un cantaloup, deux fois ma tête. Je ne leurs y inter(Jis pas le melon, qu'ils en mangent! qu'ils en crèvent! mais croiriez-vous qu'ils ontevu l'infamie dejeter les écosses devant mon paillasson? Je ne suis qu'une femme ; eh bien ! je trouve que c'est une petitesse ; pas vrai, mame. . . ( Eile tape sur le coude de madame Marne lin,)

MADAME HAMELIN , se reculant.

Mais, bonne femme...

MADAME PITOU

Mes moyens me permettraient de manger du melon dans la nouveauté (une supposition), que je n'irais pas jeter les écosses devant votre paillasson. Aussi je ne leur z'ai pas mâché ; je leux ai dit : c'est d'I'aristocratie toute pure... Il n'y a que des Carlistes qui puissent faire des choses pareilles... Dans la ipaison, on, dit tout haut que c'est des Carlistes.

HAS^ELIK.

Vous ne le dites pas, vous?

MADAME PITOC.

Non, je respecte les opinions.

MADAME HAMELIN , d soti mari.

Monsieur Hamelin, congédiez celte femme.

MADAME PITOU

Au reste, pourquoi respecterait-on les autres quand on ueme restepectepecte pas moi-même? Parce qu'à la mort de mon mari j'avais pris un pensionnaire , un ouvrier bijoutier qui mangeait chez moi, est-ce qu'on n'a pas évu la chose d'écrire à ma famille que j'avais t'un amant?

HAMELIN

Si c'est vrai ?

MADAME PITOU

Oui, monsieur, on a évu cette infamie-là.

Madame, de pareils détails sont tout-à-fait déplaces ici, et...

ai

MADAME PITOU , pkurant.

Non, je veux me justi( it:r île ces horreurs-là; puisqtie mon Dodolphe va épouser volie iille et que nous sommes appelés à nous fréquenter, je tiens à ce que vous connussiez mes mœurs.

HAMELIN

C'est bon.

MADAME PITOU

Comme je vous le disais tout à l'heure, dans ma jeunesse j'ai pu commettre des écarts, de très grands écarts. Tenez, madame, Yous allez voir comme j'ai été trompée.

MADAME HAMELIN

Mais je ne veux rien savoir.

MADAME PITOU

Si ! si ! si ! Figurez-vous que j'avais seize ans, quand un jeune ébénisse...

MADAME HAMELIN

Assez, madame, assez.

MADAME PITOU , pleurant.

Si, madame, faut que je vous conte tout.

MADAME HAMELIN

Monsieur Adolphe est au jardin, allez-y faire un lour^ plus tard nous parlerons.

MADAME PITOU

Je le veux bien ; je suis ici pour plusieurs jours , je ne m'en irai qu'après la noce; je donnerai un coup de main à votre épouse , je l'aiderai à faire la cuisine, nous ferons notre petite pol-bouille> et je l'aiderai à essuyer la vaisselle.

MADAME HAMELIN

Ah! l'horreur!

MADAME PITOV^

Au revoir, monsieur et madame! par où t'est-ce qu'on ra ï'au jardin ?

MADAME HAMELIN, la conduisatit.

Par-là, au fond, à droite...

MADAME PITOU

Merci. ( Elle sort et rentre tout de suite. ) Pardon , monsieur Hamelin... une prise, sans vous commander.

MADAME HAMELIN

Donnez-lui la tabatière, et qu'elle s'en aille.

HAMELIN, lui donnant la tabatière quelle emporte. Tenez, prenez. [ElUsort.)

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