IV PRÉFACE
absolue du but moralisateur et élevé, où doit tendre, selon nous, toute œuvre d'imagination, quelle que soit sa forme.
Nous l'avouons ici sincèrement, il nous serait maintenant impossible d'entreprendre une œuvre littéraire sans être soutenu par cette espérance décevante peutêtre : que de cette œuvre il ressortira un enseignement, et qu'après l'avoir lue, le lecteur sentira se raffermir en lui son amour du juste et du bien, redoubler son horreur du mal et de l'iniquité, augmenter son mépris pour la bassesse, le parjure, le mensonge et l'hypocrisie.
Imaginer une fable, entasser événements sur événements, créer des person-
l'REFAÇE, V
nages, réaliser des types, mettre en relief des caractères vrais, humains; leur prêter à chacun ses passions, son langage, ses actes, tout cela nous paraît être une œuvre stérile, si le seul résultat est d'entraîner le lecteur d'aventure en aventure, et si, arrivant au terme de ce voyage, à travers les espaces de l'imagination, il ne se trouve pénétré davantage de certaines vérités éternelles.
Nous avons écrit la famille Jouffroy sous l'empire des idées moralisatrices que nous venons d'exprimer.
Le but que nous nous sommes proposé dans cet ouvrage de longue haleine, est sans doute au-dessus de nos forces. Puis-
VI PftÉFACE.
sent nos lecteurs nous savoir gré d'avoir du moins essayé d'atteindre ce but!
Quelques mots d'explication à ce sujet sont nécessaires, et l'on s'étonnera tout d'abord du peu de rapport que la thèse que nous allons soutenir semble avoir avec le caractère de ce roman intime et domestique; mais cet écart n'est qu'apparent, l'on s'en convaincra bientôt.
La France est monarchique, répètent incessamment les partisans de cette forme de gouvernement. Il ne nous coûte rien d'avouer qu'il y a du vrai, beaucoup de vrai dans éette affirmation, en ceci, que l'un des mobiles les plus vivaces
PRÉFACE. Vil
des monarchies a été nous ne disons pas l'orgueil, mais la vanité.
Or, malgré des révolutions successives et radicales dans nos lois, nos mœurs sont restées presque entièrement monarchiques à l'endroit de la vanité.
Parcourez l'échelle sociale depuis son dernier échelon jusqu'à son faîte, et plus vous monterez, plus vous constaterez l'intensité de cette maladie chronique et incurable, à nous léguée par quinze siècles de monarchie : la vanité.
Oui., la vanité, cette maladie honteuse, nous ronge, nous épuise, nous abâtardit; elle vicie et paralyse notre âme ; elle atrophie notre dignité naturelle, nous avilit,