‹ La famille Juchereau DuchesnayChapitre 28 sur 126 · CHARLES JUCHEREAU DE SAINT-DENYS · texte numérisé non relu

CHARLES JUCHEREAU DE SAINT-DENYS

Ké à Québec le 6 décembre 1655.

Ijc 18 juillet 1689, son oncle messire de Lauzon- Charny (2), prêtre, demeurant k La Rochelle, chez les Révérends Pères Jésuites, par acte passé devant Robusson, notaire* lui donne la terre de Beaumarchais» située dans la seigneurie de Beauport. Cette terre était dévolue à M. de Lauzon-Chamy par substitution à cause du décès de son neveu, Charles de Lauzon, fils de son frère, le grand sénéchal. (3)

Deux années plus tard, le gouverneur de Frontenac lui accordait une commission de lieutenant réformé.

En 1698, Ix)uis XIV jugea à propos d'établir une justice royale à Montréal, au lieu de la justice seigneu-

(1) On lui donne quelquefois le nom de Juchercau de BeaumarchaÎK

(2) Avant de se faire recevoir prôtro, il avait été marié à Louise Giffard, sœnr de Marie-Thérèse Giffard. mère do Charles Juchercau de Saint-Denys.

(3) Registre de la prévôté de Québec, 11 novembre

rîale des Suipiciens qui existait auparavant. Le premier juge qui reçut une coramission royale fut M. Juchereau de Saiat-Denys. Sa commission signée à Versailles le 15 avril 1694, fut enregistrée au Conseil Soaverain le 18 octobre 1694.

M. Juchereau de Saint-Denys, qui était riche, faisait un excellent usage de sa fortune. Au mois dafivrier 1693, un incendie réduisit en cendres l'Hôtel- Dieu de Montréal. ^^ M. Juchereau, lieutenant-général de la juridiction de Montréal, rapporte M. l'abbé Paillon, et M. la Touche, commissaire des troupes du Roi, se rendirent des le matin, le même jour, chez M. de Oalliëre, et ils furent tous d'avis de faire sans délai un appel à la charité publique, pendant que les cœurs étaient ouverts à la compassion. Et comme on cél^ brait ce jour-là la fête de saint Mathias, qui, étant alors de précepte, attirait à la ville tous les habitants des côtes, on résolut de convoquer aussitôt même une assemblée générale de tous les citoyens dans la maison do gouverneur. A l'heure indiquée, tous les officiers du Roi et les autres personnes de marque, les bourgeois, les marchands de la ville et les habitants des côtes, se trouvant donc réunis, M. de Calliëre prit la parole, et fit un tableau touchant de la catastrophe qui venait d'arriver. Apres avoir rappelé les circonstances de ce furieux incendie,qui avait fait de tous les bâtiments de l'Hôtel-Dieu un monceau de charbons ardents et de ruines fumantes, dont on avait encore le triste spectacle sous les yeux, et qui laissait les religieuses, aussi bien que les pauvres, sans asile, sans meubles, sans ressource, il fit remarquer que la ville ne pouvait absolument se passer d'un Hôtel-Dieu, ni de personnes vouées à le desservir. Il ajouta que, si les citoyens avaient quelque zële pour le rétablissement

d'une maison si nécessaire au pays, s'ils étaient disposés à faire quelques légers sacrifices, ils pouvaient la remettre en état de recevoir les malades avant l'hiver suivant. Pour profiter de leurs dispositions si favorables, M. Juchereau prit à son tour la parole, et demanda que chacun dit tout haut ce qu'il voulait don^icr, afin qu'on pût régler la dépense sur les oftranJes qui seraient faites. Sur-le-champ M. Dullier do Casson offrit 500 livres au nom du séminaire ; M. de Bclmout, en son particulier, en promit 200 ; M. de Maricourt et M Pascaud s'engagèrent chacun pour 150 livres ; M. de Calliëre, M. de LaTouche, M. Saint*Germain, pour 100 livres chacun ; M. Dufresne pour 80 ; M. Juchereau, M. Pottier, M. de Morville, M. Petit, chacun pour 50 ; enfin, quelques autres pour de m«ândreà sommes. " (1)

Le 15 octobre 1696, M. Juchereau de Saint- Denys obtenait du Conseil Souverain la permission de passer en France pour " vaquer à ses affaires. " Il avait conçu le projet d'établir des tanneries au Aliz^sissipi et c'est pour rendre le ministre L'ontchartrain favorable à ses désirs qu'il se rendait en France. Le gouverneur et l'intendant de la Nouvelle-France étant opposes à son projet, le ministre lui répondit par un refus.

Cet échec ne le découragea pas. Trois aus plus tard, à l'automne de 1699, il se rendit de nouveau e:i France. Une grande dame, la comtesse de ISaint- Pierre, amie de sa famille, lui offrit sa haute influence et, cette fois, le ministre lui accorda ce qu'il demandait

Le 4 juin 1701, Louis X[V signait la concession suivante à Marly :

^' Sa Majesté ayant agréé la proposition faite par le sieur Juchereau, lieutenant général delà juridiction de

(1) Vie de Mlle Afance, tome II, pages 110 et seq.

Montréal, d'establir des tanneries dans les terres occupées par les Français, au bas du fleuve du Mississipi, elle \ïxy a accordé les conditions suivantes : 1. Sa Majesté lui a permis de passer du Canada au Mississipi, avec 24 hommes, par lesquels il pourra faire conduire haits canots, et de choisir en cette colonie deux personnes :1e confiance, pour Tayder au succez de son entreprise, voulant qu'il soit commis, pendant le temps do trois années, un sujet propre pour rendre la justice ;\ Ad place, à condition qu'il sera agréé et approuvé par le sieur de Champigny, intendant de justice, police et finances en la Îfouvello-France. (1) 2. En cas qu'il ne juge pas à propos d'aller luy-mêrae au Mississipi, Sa Majesté luy permet d'y envoyer do mesme ces 24 hommes et deux personnes de confiance. 3. Il pourra embarquer sur ces 8 canots tous les outils et uetensîles nécessaires aux ouvriers qu'il envoyera, et toutes les marchandises dont il aura besoin, à la réserve d'eaude vie, dont il ne pourra porter que pour l'usage des Français qu'il employera, Sa Majesté luy faisant défense d'en vendre aux Sauvages 4. Sa Majesté luy permet d'establir des tanneries dans les 1 eux où il jugera h propos, et de faire pour cet effet tous les magasins et antres bastiments dont il aura besoiîi. 5. D'envoyer, pendant les trois premières années de son establissement, trois canots chacune des trois années, à Montréal, pour y aller chercher les choses qui lui seront nécessaires. 6. Et de traiter et négocier toutes sortes de peaux propres à tanner ou à passer en blanc, à la réserve du castor, dont Sa Majesté ne veut pa3 souffrir qu'il soit fait commerce directement ny indirectement,

(1) Il fut remplace pondant son absence par M. Deschambault, procureur du roi de la même juridictioD.

80U3 aucun prétexte, sur le Mississipi, le déclarant décheu de toutes les grâces et conditions cy-dedaaa appliquées, s'il contrevient à ce qui est en cela de ses intentions. 7. Sa Majesté luy permet ans^y de faire travailler aux mines de plomb et de cuivre qu'il trouvera. 8. H sera obligé d'avoir un aumisuief pour dire la messe et alministrer les sacrements à ses ouvriers. Sa Majesté trouve bon qu'il le choisisse, mais il ne pourra l'envoyer, qu'il n'ayt auparavant esté agrée par le sieur evesque de Québec ou son grand vicaire, en son absence."

Satisfait de ce qu'il avait obtenu M. Juchereau de Saint- Denys s'en revint à Montréal et commença immé* diatement ses préparatifs de départ p mr le Mississipi.

Les directeurs de la Compagnie du Canada, MM. Chartier de Lotbiniëre, François Uazeur, Gobin, Macart et Péré, qui sentaient que les privilèges que M. Juchereau de Saint- Denys venait d'obtenir leur porteraient un préjudice considérable, présentèrent une longue requête au gouverneur-général et à l'intendant de la Nouvelle-France, les suppliant de surseoir le départ de M. Juchereau de Saint-Denys et de ses 24 hom^ mes jusqu'à ce que la Cour eut envoyé de nouveaux ordres.

Quoi qu'opposés à l'entreprise de M. Juchereau le gouverneur et l'intendant n'osèrent lui mettre d'entraves sachant que le ministre Pontchartrain s'intéressait beaucoup à lui.

n eut donc toute liberté d'organiser son expédition, Tl fit des établissements à Michillimakinacet à l'entrée de la rivière Ouabache.

CettQ rivière Ouabache était la communication la plus courte et la plus commode entre la Nouvelle- France et la Iiouîsiane. Plusieurs Sauvages s'étaient

établis en cet endroit. Pour les y retenir, M. Jucherean avait engagé le pèrç Mcrmet, un des raîs'îionnaires des Illinois, à essayer de les gagnera Jésus-Christ. Ce religieux trouva ce peuple indocile, superstitieux et livré au pouvoir despotique des jongleurs.

M. Juchereau de Saint-Denys en butte à des difficultés do toutes sortes, manquant d'hommes pour exercer son industrie, se découragea. 11 tomba malade et mourut k Ouabache, dans l'automne de 1703, probablement des suites des fatigues qu'il s'était données. (1)

M. Juchereau de Saint-Denys avait épousé, à Montréal, le 21 avril 1692, Denise-Thérfese, fille de Jean- Baptiste Migeon de Bransac, lieutenant-général de l'île de Montréal, et de Catherine Gauchet de Belleville.

Cinq enfants naquirent de cette union : I Marie- Catherine ; Il Daniel ; I[I Joseph-Charles ; IV Louise. Anne-Thérèse ; V Philippe.

La veuve de Charles Juchereau de Saint-Denys se remaria à Montréal, le 6 septembre 1706, à Louis Liénard de Beaujeu, lieutenant dans les troupes du détachement de la marine. (2)

L Marie-Cathbrinb Juchereau de Saint-Denys

Née à Montréal le 23 septembre 1693.

Mariée, à Montréal, le 24 juillet 1718, à Jean-Baptiste-Beué LeGardeur de Eepentigny,

(1) Sur cet établissement de H. Juchei*eau de Saint- Denys dans la vallée du Mississipi, on peut consulter Pierre Margry, Découvertes et établissements des Français dans Vouest et dans le sud de l Amérique septentrionale, volume V, paçe8 349, 350, 351, 352, 363,366, 368, et Joseph Wallace, Tke Mistory of Louisiana and Illinois under the French rule, pages 299, 3ii0.

(2) C'est de ce mariage que naquirent Tabbé Louis de Bi'aujeu, confesseur de Louis XVÎ, et Daniel- Hyacinth- Marie de Beaujeu, le h^ros de la Monongahéla.

Elle mourut à Montréal le 12 août 1727.

En 1733, M. de Repentigny était commandant ;\ Michillimakînac Le 16 septembre de cotte année, il alla avec M. Coulon de Villierd et quelques França'w au fort des Sakis, au fond de la baie dos Puants, pour sommer les sauvages Renards de se rchdieà Montréal. Cette démarche était plus bravo que prudente. Un coup de fusil, tiré par un Saki, ayant renversé le iils de M. Coulon de Villiera à ses côtés, celui-ci «léchargea son fusil sur le premier qui se présenta. L?s Sauvagej ripostèrent par une décharge générale et MM. de Villiers, Repentigny, DuPlessis et six autres Françiûs tombèrent frappés à mort (1)

Du mariage de Jean-Baptiste-René LeGarJcur de Repentigny et de Marie-Catherine Juchereau de Saint- Denys naquirent :

!• Pierre-Jean-Baptiste-François-Xavier LeGardeur de Repentigny né à Montréal le 20 mai 1719. 11 entra dans l'armée. C'est lui qui, en janvier 1748, tua d'un coup d'épée Nicolas-Jacquin Philibert, négociant de Québec. Le romanesque, la poésie, se sont emparés de l'épisode du Chien d^or^ et nous l'ont transmis altéré, varié et changé, selon la fantaisie de l'écrivain. (2) M. de Repentigny passa aux Indes Françaises où il se distingua considérablement. Devenu brigadier-général des armées du RdI, il fut appelé à la haute charge

(1) 'MgrTixngxiay (Dictionnaire généalogique^ volumo V, page2U3) a confondu Jean- Baptiate- René LoGarJeur de Repentigny avec son cousin Jacques LeGardour do Saint- PienrO) qui fut chargé de continuer les exploi-ations de La- Yérendiye.

(2) Dans le Canadian Antiquarian and Numismatic Journal à^ }\x\\\et \%%% (troisième série, volume I, page 120), rbonorable juge Baby a remis sous son véritable jour cet épisode presque perdu dans les nuagen de la légende.

INSCRIPTION DU " CinB>f D'OR '

de gouverneur de Mahé, dans laquelle il mou rut en 1776. 11 avait épousé, h Montréal, le 30 janvier 1763, Catherine- Angélique, fille de Rerre-Jacques Payan de Noyan et de Louise-Cathorine d' Ailleboust de Manthet. Elle mourut à Lachenaie le 19 décembre 1757, Elle avait eu deux enfants :

A. Anonyme né et décédé à Saint-Henri de Mascouche le 28 décembre 1755.

B. Anonyme né et décédé à Saint- Henri do Mascouche !e 9 novembre 1757.

5Ϋ Daniel-Marguerite-François LeQardeur de Repentîgny né à Montréal le 7 juin 1720. Il entra dans la marine et était à la veille d'être fait officier-général lorsque la mort vint mettre fin à ses succès. 11 mourut à Rochefort le 16 janvier 1769. 11 avait épousé, à Tours, le 25 juin 1766, Marguerite-Jeanne, fille de messîre Philiijpe-Jcan-Baptîst^ Mignon et de Marguerite-Jeanne Prccelle d'IIerneuse. Il en eut ui> fils et une fille :

A. Pierre-François-Xavier LeGardeur de Repentigny né à Tours le 19 novembre 1767. Il embrassa la carrière de marin comme son père. Il mourut à Tours le 4 décembre 1820. Il avait épousé Marie- Jacques-Delphine, fille de M. Gaigneron Jollimon des Mornais et de Anne-Marie-Rose-Camille Platellet de la Grange do la TuiUerie. 11 laissa une fille rXavérine lieGardeur de Repentîgny née à Tours le 28 vendémiaire, an XIII (20 octobre 1804) ; mariée, à Genillé (Indre-cMiOire), le 10 juillet 1826, à Charles-Urbain- Ilelyon, comte de Barbançois, second fils de Charles- Ilelyon de Baibançois, marquis de Barbançois- Vil legongis, et de Sophie-Guillemine de Cout^rd. M. de Barbançois appartenait à une famille très ancienne qui avait joui, dès le quatorzième siècle, des honneurs de*

la cour et s'était distiugaée par ses services militaires. Il fut député et séuateur. Il était ^evalier de Saint* Louis et de la Légion d'Honueur. M. de Barbançois qui parla mort de son frër^aîné avait hérité du titre de marquis décéda au château de Yillegongis en novembre 1863. La marquise <le Barbançois mourut à Tours le 17 janvier 1878.

B. Marguerite-Madeleine LeGardeur de Bepentigny néo à Tours, le 27 mars 1769 (1) ; mariée, en février 1789,à Louis* Augustin de Villeneuve du Cazeau, comte de la Poisatiëre. Enfant : Adolphe de Villeneuve du Gazeau né en 1790 et mort en 1793.

8* Louis LeGttrdeur de Repentigny né à Montréal le 5 août 1721. C'est le chevalier de Repentigny dont les faits d'armes sont bien connus* Apres la chute de Québec, il passa en France et il continua à servir son roi avec dévouement et valeur. En mai 1783, il acceptait le poste de gouverneur et de commandant ea chef du Sénégal, de Gbrée, Rivière de Gambie, Côte d'Afrique, etc. M. de Repentigny mourut à Paris le 11 octobre 178Ô, honoré et hautement respecté de tous. H avait épousé, à Québec, le 20 avril 1750, Marie-Madeleine-Régis, fille de Joseph-Gnspard Chaussegros de Lery et de Marie-Renée LeGardeur de Beauvais. Elle mourut à la Guadeloupe le 15 juillet 1784, lui laissant deux enfants :

A. Louis-Gaspard LeGardeur de Repentigny né à Québec le 10 juillet 1753. Il fut marin et fit la guerre de l'Indépendance des Etats-Unis. Il s'était marié, à la Bvisse-Terre,M.artiniqae, en 1780, à Madeleine-Pau- Une-Marguerite le Prévost Duquesnel, fille d'Antoïne- Jean-Baptiste le Prévost Duquesnel, chevalier de

(1) Posthume.

LOUIS LkG ARDEUR DE REPENTIGNVT

Saint-Louîg,^ officier dos vaisseaux du Roi, et de Marie- Madclcine-Gabrielle-Rose Giraud du Poyet. Elle lui apporta de douze à quatorze cent mille livres. De leur union naquirent trois fils : A. Louis LeGardeur de R3^>entigny, mort sans postérité. B. Théodore lie- Ganleitr do Repentigny né à la Guadeloupe en 1786, mort pans postérité. C. Antoine-Camille LeGardeur de Repentigny né à Tours h 15 juillet 1789. Il épousa Aimée de Gantheaume, laquelle devenue veuve épousa en deuxièmes noces M. Mignard, officier de santé près la Poînte-à-Pître, puis, en troisièmes noces, M. Monpéza. De son premier mariage elle avait eu deux enfants: Lisette- Antoinette LeGardeur de Repentigny qui fut mariée à M. Bonfils, et Joséphine-Lucrèce Le- Gardeur de Repentigny qui fut mariée à M. Clavier.

B. Madeleine-Elizabeth LeGardeur de Repentigny née à Québec le 18 janvier 1758.

4. Jacques-Philippe LeGardeur de Repentigny né à Montréal le 1er mai 1727. Décédé au même endroit le 8 septembre 1728.

H. Daniel Juchereau de Saint-Dbnys

Né à Montréal le 24 octobre 1694.

Décédé à Montréal le 9 décembre 1694.

m. Joseph-Chakles Juchereau de Saist-Dbnys

Ké à Montréal le 9 août 1696.

Il alla s'établir à Saint-Domingue au commencement de 1725.

Par provisions du 23 septembre 1727, il fut pourvu de la charge de conseiller du roi et de conseiller au Conseil Supérieur du Cap-Français, puis de celle de procureur-général et de doyen du Conseil Supérieur (provisions des 29 mars et 6 juin 1740).

Page 1