LOUIS JUCHEREAU DE SAIKT-DENYS
Né à Québec le 17 septembre 1676.
H passa tort jeune en Louisiane.
Dans son second voyage au Mississipi à bordfde la l?^r>om?n^^ en 1699 1700, d'Iberville se fit accompagner par Louis .^uchcreau de Saint-Denys en qualité d'officier bleu. (1)
Ayant débarqué à l'embouchure du fleuve Saint- Louis, tandis que les premiers colons s'installaient sur les bords du fleuve, il en remonta le cours, parcourut les pays environnants, s'aboucha avec les naturels dont il apprit l'idiome et se concilia à tel point leurs sympathies par son intelligence, sa bravoure,sa justice,
^l) Un oflScier bleu, en termes do marine, est nn officier qu'un capitaine de vaisseau crée dans son bord, pour y 'servir, faute d'officier major.
Son énergh et sa loyauté qu'ils le reconnurent pour un de leurs grands chefs.
Charte voix nous dit à ce propos : " La Louisiane, lorsque M. d'Iberville en partit ati mois d'avril de l'année 1700 n'avait d'habitations françaises, que celles de quelques Canadiens établis aux Illinois, un fort assez prës de l'embouchure du Mississipi, lequel ne subsista que jusqu'en 1705 et un autre au Biloxi, sur le bord de la mer. M. de Sauvole commandait dans ce dernier, qui était le quartier général. D'Iberville avait confié la garde du premier à M. de Bienville son frëre et au sieur Juchereau de Saint-Denys, oncle de sa femme, lequel était fort aimé des Sauvages, et parlait assez bien la langue de plusieurs nations. " (1) .
M. de Lamothe-Cadillac, gouverneur-général de la Louisiane, voulant établir des relations de commerce avec le Mexique, fit choix de Juchereau de Saint- Denys pour commander l'expédition qu'il y envoyait par terre.
Lamothe-Cadillac lui donna pour dix mille francs de marchandises et convint avec lui qu'il les laisserait en dépôt chez les Natchitoches. M. de Saint-Denys avait fait alliance avec ce peuple en 1701, et quelquesuns de ces Sauvages étaient venus depuis quelques années se loger sur le Mississipi, prës de Calaplssas.
n partit de l'île Dauphine le 23 août 1714. Arrivé au village des Natchitoches, situé dans une île de la Rivière Rouge à quarante lieues de son embouchure dans le Mississipi, il y bâtit quelques maisons pour des Français, qu'il avait dessein d'y laisser. Il leur distri-
(1) Histoire et description générale de la Nouvelle- France^ tomo second, page 412.
bna ensuite des outils propres à cultiver la terre, et des grains pour Tensemencer.
Puis, accompagné de douze Français et de quelques Sauvages, il prit sa route à l'ouest. Apres vingt jouré de marche il arriva chez les Assinaïs, où i) renouvela la prise de posseission faite par de la Salle en 1684.
Il prit dans ce village 25 Sauvages pour Vaccompa* gnor à la mission de Saint- Jean-Baptiste, à ^ lieues à l'ouest de la n^iëre du Nord, et à 126 lieues des Assinaïs. Le gouverneur de cette mission espagnole, le capitaine don Bemon Sanche de Kavarro dpnna avis au duc de Linarès, vice-roi du Mexique, de l'arrivée de Juchereau de SaintrDenys. Le vice-roi ordonna au gouverneur d'envoyer l'ofScier canadien |t Mexico, où il arriva le 5 juin 1715.
Le vice-roi aprës .avoir regardé ses lettres de créan* ce, le fit jeter en prison, Il y resta plus de trpis mois. Heureusement pour lui, quelques Français qui étaient au Mexique au service des Espagnols et qui connaissaient bien M. d'Iberville, dont Juchereau de Saint» Benys était l'oncle du côté de sa femme, (1) parlèrent en sa faveur au vice-roi, qui, le faisant venir une seconde fois, l'engagea à servir le roi d'Espagne en lu^ oflrant une compagnie de cavalerie. Juchereau de Saint-Denys lu! répliqua qu'il avait fait serment de fidélité au roi do France et qu'il ne quitterait son service qu'avec la vie.
On avait déjà rapporté au vice-roi que, pendant le temps qu'il avait demeuré à la rivière du Nord, M. Juchereau de Saint-Denys avait fait la cour à la fille
(1) On a vu plus haut que M. d^Iberville avait épousi Marie-Thértee de la Combe Pocaiièna, dont la mère, Marie- Anne Juchereau de Saint-Denys, était la sœur 4u V^fQ 4e Louis Juchereau de Saint- Denys*
du capitaine don Romon Sanche de Navarro. Le vice, roi lui dit, pour le déterminer, qu'il était plus de la moitié naturalisé espagnol, puisqu'il devait à son retour, se marier à dona Emmanuelle, la fille aînée de don Kemon Sanche de Kavarro. "Je ne vous cèlerai pa?, Monseigneur, repartit Juchcrcau de Saint-Denys, que j'aime dona Emmanuelle, , puisqu'on l'a dit à Votre Excellence, mais je ne me suis jamais flatté de mériter de l'épouser. " L3 vice-roi lui assura qu'il pouvait compter que, s'il acceptait l'oflire qu'il lui taisait d'une compagnie de cavalerie au service du roi^d'Espao:no,don Remon serait ravi de lui accorder sa fille en mariage.
I^uis il le remit en liberté! Juchereau de Saint- Denys resta encore quelque temps à Mexico.
Lorsqu'il fut sur le point de partir le vîce-roi lui fit cadeau d'une bourse bien remplie et d'un très beau cheval bai de son écurie, puis il lui proposa, en s'en retournant, de conduire neuf missionnaires aux nations Adayes, Ayches, Nacocodochy, Inay et Nadaco. Le jeune canadien se chargea avec plaisir de cette mission et partit de Mexico avec les prêtres le 26 octobre de la même année. Apres s'être acquitté de cet oflice, il séjourna plusieurs mois dans les villes et bourgs de Saint-Louis de Potosi, Saint-Louis de La-Paz, Charcas, Saltille, Bo«3a-de-Leon Puis il se dirigea vers la mission Saint-Jeau-Baptiste, à la riviëre du Nord, où il fut rhôte du gouverneur don Eemon Sanche de Navarro.
Juchereau de Saint-Ddnys était depuis une semaine environ chez don Remon, lorsqu'arriva un événement
qui eut une curieuse influence sur sa destinée. Laisse
sons la parole à Pénicaut, qui a écrit une fort curieuserelation (le son séjour à la Louisiane (1) :
"Quatre villages de Sauvages, qui étaient de la domination de l'Eîspagne, prirent résolution d'abandonner leurs habitudes et de s'en aller chercher à s'établir hors du territoire des Espagnols ; ils chargëreut tout ce qu'ils avaient de leurs meilleurs efiets et de leurs grains sur leurs bestiaux et se mirent en marche pour s'en aller du côté des Cadodaquioux, qui sont k près de cent lieues de là.
" Le senor don Remon en fut tout aussitôt averti, et il en était fort chagrin, étant en partie cause de cette défection, pour avoir donné trop de liberté à ses cavaliers, qui étaient toujours chez les Sauvages, à les piller et à les chagriner sans qu'ils osassent se défen. dre. Don Remon ne savait comment s'y prendre pour arrêter ce départ, outre que personne n'cwait aller trouver les Indiens, parce que ces quatre villages réunis formaient plus de mille hommes armés d'arcs et de flèches. M. de Saînt-Denys, voyant son embarras, lui offrit, s'il voulait lui permettre d'y aller seul, de faire en sorte de les faire revenir. Don Remon, l'embrassant, lui répon lit qu'il n'osait pas l'exposer ainsi, parce que deux nations de ces villages, les plus méchants Sauvages qu'on pût trouver, ne manqueraient pas de le poignarder. Mais M. de Saint-Denys ne s'embarrassa pas de cela. 11 monta à cheval suivi de Jalot, son valet de chambre, et alla à eux. H attacha un mouchoir au bout d'une baguette, qu'il leur montra
(1) Pénicaut fait erreur quand il donne à la femme de Juchcreau les noms de Dona Maria de Vilesca. Ses noms ci prénoms, ainsi quo nous Tavons constaté nous-mêmo t-ur des documents auttientiquos, étaient Kmmanuello Sancho de Navarro.
de loin en signe de paix, et, en les abordant, il leur parla en espagnol qu'ils entendaient bien, leur disant de revenir et qu'on leur accorderait tout ce qu'ils voudraient, et il leur promît de la part du capitaine don Remon qu'on ne les în«^uîéterait plus dorénavart ; puis il leur remontra que hors des terres d'Espagne ils seraient exposis à être tous les jours en guerre avec les Assinaïs ou les Cadodaquioux, qui font mourir cruellement tous ceux qu'ils prennent. Il ajouta que l'on ferait défendre h tous les soldats de mettre jamais le pied dans leur village pour aller les inquiéter sur peine de la vie, et qu'ils n'avaient qu'aie suivre, qu'ils entendraient eux-mêmes faire cette défense tout haut aux soldats.
" Suivant le conseil de M. de Saint-Denys, don Remon fit assembler tous ses cavaliers et fit publier un ban tout haut en présence «les chefs des Sauvages, par lequel il était défendu aux cavaliers d'aller dorénavant chez les Sauvages les piller ni les chagriner en aucune manière, nous peine de la vie, et ensuite il exhorta ceux-ci à s'en retourner à leurs villages, qu'ils n'ont jamais quittés depuis.
" Ce petit service, que M. de Saint-Denys avait rendu au capitaine don Remon, avança fort son mariage avec la senora dona Emmanuelle, sa fille. Il se fit, deux mois après, dans l'église du village, qui est desservie par sept Pères Cordeliers espagnols. Quand les articles du mariage furent signés de part et d'autre, don Remon alla à CaoUilpoury acheter des habits de noces. M. de Saint-Denys y envoya avec lui Jalot pour y faire pareillement plusieurs emplettes qu'il rapporta au bout d'un mois, quand il revint avec le senor don Remon. Six ou huit jours après leur retour, le mariage se fit avec pompe. M. de Saint-Denys avait
donné à chacun des cavaliers espagnols trois piastres, une cocarde d'un ruban jaune pour mettre h leur chapeau. Il fit présent à sa femme d'un assez beau diamant qu'il avait apporté de Fmnce. La noee dura trois jours, pendant lesquels les soldats espagnols firent bombance, et les décharges de leur mousqueîeric ne turent pas ménagées. "
Juchereaii de Saint-Denys, après son mariage, resta encore huit mois dans la maison de son beau-père, au bout desquels il partit avec le frère de ce dernier, don Juan de Navarro, pour se rendre chez le$ Assinaïs. Do là, il se rendit auprès de M. de Lamothe-Cadillac pour lui rendre compte de son voyage. Le 25 août 1716t il était de retour à la Mobile, après une absence de trois années.
Juchereau de Saint-D^ny^i était très ac if. Aussi il ne resta pas dans l'oiseveté bien longtemps. Quelques semaines après son retour, il proposa aux sieurs Gravéline, de Léry, de LaFresnière, Baaulieu et Derbanne de s'associer avec lui pour aller faire le commarc» avec les Espagnols de la rivière du Nord. Ils achetèrent pour 43,200 livres de marchandises ^t partirent de Mobile le 10 octobre 171G. Le 26 novembre suivant, ils arrivèrent aux Natchitoches. M. Juchereau de Saint- I>enys prit seul les devants avec les deux tiers des marchandises. Le 24 décembre, il était ren* du aux Assinaïs, où il trouva les Espagnols. Le & avril 1717, il était rendu au Presidio du Nord. Là ses marchandises furent saisies par les Espagnols. . Il se rendit alors à Mexico pour se les faire remettre- Après bien des démarches il put obtenir ses denrées et il les vendit un bon prix. En^n le 24 mars 1719, il était de retour à l'île Dauphine. Cette fois^ son voyage avait duré deux ans et cinq mois.
I^ 1er juillet 1720, Juchereau de Saînt-Deuys était nommé commandant de la Riviëre aux Cannes par la Compagnie des Indes. (1)
L'année suivante, le 31 mars, la Compagnie des Indes, en récompense du zèle et des talents de Juchereau de Saint-Denys, lui accordait une gratification do cinq pour cent sur le bénéfice de la vente des marchandises (2)
Le 2 décembre 1721, le commandement de Juchereau de Saint-Denys était étendu aux IN'assonites. (3)
Jusque là, M. Jtiehereau de Saint-Denys avait agi en qualité de volontaire^ sans paie ni rang. En 1722, le roi de France lui accorda le brevet de capitaine d'nne compagnie et de gouverneur du fort des Natchîtoches.
C'est là que son épouse et ses enfants vinrent le rejoindre.
Le 31 mai 1740, Louis Juchereau de Saint-Denys, gouverneur du fort d«»s Natchitoches, comparaissait devant àltre Henry, notaire royal, domicilié à la Nouvelle-Orléans, province de la Louisiane, et donnait à ses niëces, Madeleine-Thérèse de l'Estringant de Saint-Martin et Marie-Anne-Josette de l'Estringant de Saint-Martin, épouse de M. Aubert de la Chesnaye, un terrain qui lui appartenait à Beauport.
Nous avons sous les yeux la lettre qu'il écrivait à madame Aubert de la Chesnaye en lui faisant ce don. Elle est intéressante à tous les points de vue :
(1) Pierre Margry, Mémoires et doeument s pour servir à Vhistoire des origines françaises des pays d'outre-mer, volume VI, page 220. La Rivière aux Cannes porte aujourd'hui lu nom do Red River ou Riviôi-e Rouge.
(2) Idem, page 222.
(3) Ibidem, page 224.
"Aux Natchîtochee, le 3 avril 1741.
" Madame et très ch^^e nièce,
" J'ai reçu votre lettre en date du 12 may 1789 par l'occasion de M. Rouville ; vous en auriez eu la réponse dans la même année si la malheureuse guerre des Tchicachasne fut point eurvenue, qui m'a empêché de trouver occasion pour le Canada, parce qu'il a fallu que j'aye moi-même descendu à la Kouvelle-Orléanp, pour faire dresser la donation que vous me demandez, dans toutes les formes nécessaires afin que vous n'en receviez aucun trouble, et comme je ne pus descendre qu'au mois de juin, le convoi des Illinois se trouva parti, ce qui m'a obligé de différer jusqu'à présent.
" C'est par l'occasion des chers pères jésuites que je vous écris la présente, parce qu'ils m'ont promis de vous la faire tenir en toute sûreté.
" Je ne saurais vous exprimer le plaisir que j'ai eu en recevant votre lettre d'apprendre de vos nouvelles et de M. votre mari, qui me seront toujours très chères ; mais en même temps je n'ai pas laissé de ressentir vivement le délabrement d'une famille que j'aî toujours chéri et que je ohérirai toute ma vie ; mais enfin Dieu dispose toujours de tout comme il lui plaît et c'est à nous à nous conformer à sa sainte volonté. Vous pouvez savoir que nous avons été douze enfants, frères et sœurs, et cependant je me trouve aujourd'hui le seul des souches, figé de 67 ans. J'avais toujours eu espérance de revoir mon cher pays et ma chère famille, mais la découverte du Mexique m'en a empêché. J'ai jeté les yeux sur une demoiselle de ce pays là, avec laquelle je me suis marié. Je n'ai point regardé cette action là comme une folie puisque depuis mon mariage j'ai toujours vécu très content avec elle.
Noua avou8 eu 7 enfants. Dieu a disposé de deux, et il nous en resta cinj, qui sont deux garçons et trois fiUed. Quoique nous soyons dépourvus des biens de la fortune, Dieu ne nous abandonne pas et nous vivons tout doQceuient. Je n'ai pas pu avoir la consolation de voir un seul de mes parents dans ces pays-ci ; je me trouve hors d*état par mon âge d'espérer d'en revoir jamais. Après tout je ne conseille à aucun d'eux d'y venir, car je puis vous assurer que c'est un indigne pays, heureux celui qui en peut sortir, plus heureux celui qui en est dehors, et infiniment plus heureux celui qui n'y est jamais venu; et quelqu'âgé que je sois, je souhaiterais de tout mon cœur en être dehors. '* Je vous dirai pour nouvelle <5[Ue nous avons trois escadres sur ces mers-ci, et qu'on croit la guerre déclarée avec les Anglais ; une des trois est composée de 21 vaisseaux de ligne et commandée en chef par le marquis d'Antin, et le marquis de LaRoche Alard ; la 2ëme est de 10 vaisseaux commandée par M. de Gabares, et la 3ëme de 8 vaisseaux commandée par M. de Roquefeuille. Il y a aussi une escadre de 17 vaisseaux espagnols qui se doivent joindre à eux ; je ne doute point qu'un d'Auteuil ne soit dans cette dernière, car il est chef d'escadre au service du roi d'Espagne et fort estimé. Vous apprendrez sans doute par lea vaisseaux de France la mort de madame de Bethune qui mourut l'an passé. Vous apprendrez également la mort de notre saint père le pape, celle de Monseigneur notre évêque de Québec, celle de l'empereur et celle du grand Turc. Vous ferez part de ces nouvelles à ma nièce Saint-Martin.
^^ Votre tante et tous vos cousins et cousines vous mbrassent de tout leur cœur, aussi bien que M. Au-
bert et vos chers enfants, ce que je fais avec la plus sincère affection ainsi qu'à vous.
"Ma très chère nièce Votre très humble et très obéissant serviteur et très affectionné oncle,
Saint-Denys "
Louis Jucliereau de Saint-Denys resta jusqu'à sa mort gouverneur du fort de Natchitoches ** Il aurait mérité, dit M. Lepage du Pratz, d'être gouverneur de toute la colonie ; il était aussi prudent dans sa manière de gouverner qu'il était bon officier ; il a su toute sa vie se faire aimer et respecter tant des Français que des naturels ! Ces derniers lui étaient si attachés que rien ne Içur coûtait, du moment qu'il était question de son service. Ccr peuples n'ont rien de plus cher que leur liberté et préfèrent la mort à l'esclavage et même à la domination d'aucun souverain, quelque douco qu'elle puisée être. Cependant vingt ou vingt-cinq nations avaient trouvé en la personne de M. de Saint- Denys un charme si puissant, qu'oubliant qu'elle^ étaient nées libres, elles s'étaient données à lui volontairement, les chefs et le peuple, tous voulurent l'avoir pour leur grand chef, en sorte qu'au moindre signe il aurait pu se mettre à la tête de trente mille hommes tirés de ces nations, qui de leur propre mouvement s'étaient soumises à ses ordres. Il n'eût pas été besoin qu'il eût été les trouver lui-même pour les faire venir, il eût suffi que M. de Saint-Denys traça sur le papier une jambe bien formée et des figures hiéroglyphiques qui eussent désigné la guerre : la jambe bien formée lo désignait lui-même parcequ'ils le nommaient le chef h la grosse jambe. Pour désigner la guerre, on fait la figure d'un casse-tête; pour marquer le temps auquel on a besoin de secours,on désigne les mois par deslunes,et
les jours par des T, de cette sorte ; si Ton est pressé d'avoir du secours, on marque seulement autant d'E qu'il faut de jours pour faire la route; on désigne la nation qu'on veut attaquer par la figure qui lui est propre. Le nombre de guerriers ne se marque point, les chefs des nations envoient leurs guerriers ; on sait ce que chaque nation peut en fouinîr, ainsi on fait savoir son intention à autant de chefs qu'il est nécessaire pour compléter le nombre d'hommes que l'on souhaite. Les flèches désignent aussi la guerre mais seulement pour la déclarer, ce sont alors deux flèches eu sautoir écrasé.
" Lorsque M. de Saint- Denys est mort, tous ces peu- I»lc8 l'ont pleuré et regretté comme de bons enfants pleureraient leur père ; mais ce qui doit encore surprendre dans le changement de sentiment de ces peuples en faveur de M. de Saint-Denyp, c'est que la plupart de ces nations sont sur les terres des Espagnols, et qu'ils auraient dû plutôt s'attacher à eux qu'aux Français. Les qualités personnelles de M. de Saint-Denys l'avaient emporté sur toute sorte de considérations et telle est la force de la vertu qu'elle se fait respecter par tous les hommes, quoique peu la pratiquent. (1) "
Un autre historien estimé de la Louisiano, M. Charles Gayarré, va encore plus loin que Lepage de Fratz :
" On ne saurait, dit-il, se refuser à payer un tribut d'admiration à Saint-Denys. Cet homme remarquable a droit à une des premières places parmi les fondateurs de la colonie de la Louisiane. C'était une âme de chevalier dans un corps de fer. Aucune entreprise ne paraissait impossible h son audace ; aucun revers ne
(1) Histoire de la Louisiane, édition do 1758, volume 1er, pages 8 et scq.
st
pouvait ébranler sa persévérance. Certes, il ne fallait pas être un homme ordinaire pour oser, à cette époque, aller deux fois delà Mobile à Mexico par terre, et eu revenir par la même route, au travers de tant de dangers et d'obstacles sans nombre !" (1)
Louis Juchereau de Saînt-Denys mourut à Natchitoehosle 11 juin 1744, et fut inhumé le lendemain dans réglise paroissiale Saint-François. (2)
Madame de Saint-Denys survécut près de quatorze ans à son mari. Elle mourut à Natchitocliea le 16 avril 1768, et fut inhumée le mêmejour dans l'église Saint-François. (3)
Du mariage de Louis Juchereau de Saint-Denys et
(1) Histoire de la Louisiane^ premier volume, page 164.
(2) M. l'abbo A. And ries, cur^ do la cathédrale do Natchitoches et vicaire général du diocèso du même nom, a étJ a^sez bon de nous communiquer uno copie do ractodosJpulturo do Louis Juchereau do Saint-Denys : " L'an sept cent quai*unlo quatre lo 12 juin, je BoussignJ prêtre capucin miss, apostolique, curé do la paroisse de St- François, fort de Jean-Baptiste aux Natchitoches, ai inhumé dansnotix) église parois)«iale muni de to s les sacrements do la SteEgiiso le corps do Mr. Louis Jucherotde St- Denis, âgé do soixante et dix ai.s, chevalier do l'ordre de St-Louîs, commandant du fort do StJean-Baptiste mort le onze du même moi» et année en foi doq oi nous avons signé- fr. Barnabe Capucin Miss. Apostolique, curé des Natchitoches, Juan Leone, Ir Fi*an. X. Balleto. "
MgrTanguay {Dictionnaire généalogique^ volume 5, page 30 ) a confondu Louis Juchereau do Saint-Denys avec sou neveu Joseph-Charles Juchereau de Saint-Denys. Tous les histonens américains qui ont eu à parler de la carrière aventureuse de Louis Juchereau do Saint-Denys ont orré à son sujet. L*un d'eux môme, M. Benjamin D. French {^Louisiana Historical Collections, nouvelle série, page 84) le fait revenir à Montréal on 1726 et mourir dans oette ville.
(3)*^L*an mil sept cent cinquante huit lo seize avril je soussigné ai inhumé dans le aimetière de cette paroisse le corps de madame de Saint-Denys. — Fr. Yalentin, curé. "
de Emmanuelle S.inche de Navarro naquirent sept enfant* : I Marie-Rose ; 11 Louis-Charles ; III Marie des Douleurs ( Dolores ) Simone ; IV Louise- Marguerite ; V Marie-rétronille-Féliciane ; VI Marie des Neiges ; Yll Pierre-Antoine.