ACTE
me quitteraient pas de la soirée!., et que n’ai-je pas souffert pendant ce dîner ! Je me sentais défaillir, mon trouble me rendait stupide, je perdais la tête... elle est encore pleine de confusion. Et cette enfant! cette Adèle qui ne se lassait pas de parler de monsieur de Grand val! Elle y revenait sans cesse; son obstination était si grande, qu’elle aurait fini par se compromettre elle-même auprès de son père et de monsieur Gérard, s’ils ne connaissaient l’un et l’autre la pureté de . son cœur. (Regardant sa montre). Bientôt huit heures et demie... C’est à huit heures et demie : il va venir; dans .quelques minutes il sera à m’attendre à la porte du petit bois; dans quelques minutes je serai près de lui... (r.iic s’assied à gauclie.) Ah! je n'ai jamais tant souhaité, tant redouté de le voir... Comment lui dire?... 11 faut pourtant lui dire que tout est désormais fini entre nous. C’en est fait de notre amour... Ah! pourquoi cet amour est-il venu surprendre, empoisonner ma vie ! Mais j’y renonce... il le faut! Sur un soupçon... je connais la fierté, la violence de mon mari... il m’écraserait,' il me tuerait ! S’il ne devait tuer que moi!... (Bile sc lève.) Mais son repos, sa dignité, son honneur à jamais perdus... (eiic regarde sa moDire.) Encore cinq minutes ; dans cinq minutes je lui dirai donc... Mon Dieu! que lui dirai-je?... car si je me blême, si je me condamne, si je me déteste, je l’aime encore, je l’aime avec tout le désespoir d’un cœur qui comprend bien qu’après cette flamme et cette clarté, il n’y aura plus là que la nuit et de la cendre. N’importe, c’est pour la dernière fois que nous nous serons rencontrés. J’ai pu commettre une faute grave, irrémissible, tant que ma fille n’était qu’une enfant; mais Adèle se marie, ma faute serait un crime. Une autre existence va commencer pour elle, une autre existence doit aussi commencer pour moi. (eiic s’assied à droite.) Toute une révolution s’est laite en moi quand elle est venue hier, toute émue, au sortir de l’église, me demander pardon de ses fautes de jeune fille... ses fautes, à moi!... et solliciter à genoux ma bénédiction. Mes lèvres, mon cœur, mes mains ont pâli. Je n’ai pas osé la bénir... mais j’ai osé tout bas me maudire... Ah! ceci m’a éclairée au bord de l’abîme; la mère a sauvé la femme... (Ella se lève.) J’ai à remercier Dieu... Personne n’aura connu cette intrigue... personne ne la connaîtra... Ma résolution est bien
prise... il va la savoir... il l’approuvera.,. Et s’il ne l’approuvait pas?... s’il me disait, comme toujours : Cet amour est ma joie, mon bonheur, toute mon existence?... je serais sourde, je serais muette. Il pleurera peut-être, peut-être me dira-t-il : Vous me quittez au moment où, rujijë, perdu, je n’ai que vous pour me consoler.. . je ne verrai pas ses larmes ; je serai forte. Non! je ne le serai pas, je le serçs bien, (eiic s'assied & gauche.) Comme je me trompe moi-menbe, comme je me plais à me mentir! (Elle pleure, puis se lève.) .Mieux vaut ne pas le voir... Je ne le verrai pas!... Laissons passer la minute, (elle regarde à >a montre.) L’aiguille va l’indiquer. 11 est déjà là-bas... il ouvre la petite porte... il entre dans le parc... il regarde au bout du sentier si je viens... il me tend les bras!... Je n’irai pas! non, je
n’il’ai pas! (Elle met rapidement son chapeau et va pour sortir, elle s'arrête.)
Mais j’y vais, pourtant ! O mon Dieu! mon Dieu! retenezmoi, foudroyez-moi à cette place, ou je suis perdue... (un bruit
se Tait dans le massif de verdure placé au deusième plan, Julie s’arrête.) Quelqu’un! (Un Domestique sort du massif.) SOU tlomCSlique ! . . . (Le Domestique salue, remet une lettre à Julie, et se relire.) Que Veut dip^?..^ (Elle décacheté et lit.) « Mon adorable: amie, tu m’apprends ce matin qu’il partira ce soir, à huit heures pour Fontainebleau, et que tu te trouveras à huit heureaet demie à la petite porte du bois. Non, je n’ai jamais si virement appelé de toutes les foi •ces de mon âme cette heure d’amour; mais, vois la fatalité, il m’est impossible de profiter de ce rare bonheur .. » Le ciel m’a entendue!... « Une affaire d’où dépend ma vie m'appelle à Paris... » D’où dépend sa vie!... « Je cours- à l’instant à Paris, pour savoir si mon banquier peut mettrez ma disposition une somme qui doit me sauver.. . » 11 aura joué, il aflrâ pejjjj^ü ! .t . « Je serai de retour chez moi à dix heures, je t’en verrai aussitôt mon domestique. 11 sera à Fromonville à minuit, il sonnera de toutes ses forces à la grille, sois attentive, puis, après avoir sonné, il disparaîtra. Cela voudra dire que tout va bien.
(ici l'on voit venir Lambert par l'allée qu il a prise eu s en allant. Il marche avec lu plus grande précaution, et s'avance en souriant et ?ur la pointe du pied vers Julie qui continue à lire.) M&1S si à Mliliuitj CC SOil’^tll n Cnt6Il*
dais pas retentir cette cloche, c’est que... »
I.A MB Lit T, enlevant vivement la lettre des mains de Julie.
C’est moi !