ACTE II
château de mon oncle... Oui, ta mère t'y a conduite, tout l’été dernier et cette année encore... et, en vérité, je m’étonne de n’avoir pas songé plus tôt... Parle, est-ce chez mon oncle, parmi la société qui se réunit à Bellevue, que tu as fait con- ■ naissance...
ADÈLE
Mon père!...
LAMBERT
Tu hésites... c’est là!
ADÈLE, vivement, en te levant.
Non !
LAMBER T, découragé, se levant aussi.
Non? (se réveillant.) Mais j’y pense ! Toi et ta mère êtes allées à plusieurs reprises au château de Blancménil , chez monsieur de Grandval... chaque fois vous y ôtes restées plusieurs jours... Il y avait là des soupers, des concerts, des fêtes, des bals... Beaucoup de jeunes gens venus de Paris se trouvaient à ces fêles, à ces bals, à ces concerts ?
ADÈLE
Oui, mon père.
LAMBERT
Réponds-moi, Adèle, réponds-moi, je t’en supplie : c’est au château de Blancménil, n’est-ce pas, qu’il faut que j’aille chercher celui...
ADÈLE, à part.
Lui laisserai-je croire...
LAMBERT
Tu baisses la tête, tu gardes le silence... c’est là !... Maintenant, il ne te reste plus qu’à me dire le nom de ce jeune homme.
ADÈLE, au supplice.
Mon père, vos regards...
LAMBERT
Voyons, mon enfant, voyons, son nom?...
‘ ADÈLE, même douleur.
Votre pâleur menaçante...
LAMBERT
Tu te trompes, je t’interroge avec tranquillité : son nom?...
34 LA FAMILLK LAMBERT
ADÈLE, mime anxiété.
Je ne vous le dirai pas; vous êtes trop calme, vous le tueriez !
LAMBERT, à part.
Allons, elle l’aime. (Haut.) Pourquoi cette crainte pour lui ?
Sans doute le choix secret que tu as fait me force à renoncer à de bien chères espérances, au projet si heureux que j’avais formé de t’unir à mon meilleur ami, à Gérard...
ADÈLE, à part .
Que dit-il ?...
LAMBERT
Qu’as-tu ?
ADÈLE
Rien, (a part.) Ah! oui, perdu pour moi !
LAMBERT
Mais enfin, à défaut du mari que je t’avais choisi, je ne vois pas pourquoi, puisque ce jeune homme t’aime, et que tu l’aimes sans doute, je ne vois pas pourquoi je ne donnerais pas mon consentement à ton mariage avec lui.
ADÈLE
Que vous êtes bon !
LAMBERT, à part.
Elle va tout avouer. (Haut.) Je serai meilleur encore. Ce jeune homme n’est peut-être pas riche, et voilà sans doute, conviens-en, ce qui t’a empêchée jusqu’ici de t’ouvrir franchement à moi. Eh bien, parle ! je doublerai, je triplerai ta dot; s'il n'a pas de profession, nous lui en trouverons une : jl entrera dans notre maison ; je lui donnerai un intérêt dans nos affaires. Voyons, ma bonne Adèle, maintenant je pense que tu n’as plus aucune raison, aucun motif de me cacher son nom?
ADÈLE
Mon père, mon bon père, il m’est impossible de vous le dire.
LAMBERT
Cette résistance... >
ADÈLE, à P«rt.
' Oh ! mon Dieu ! mon Dieu !