VIII — JEAN-BAPTISTE COURAULT DE LA CÔTE
Né à Montréal le 27 juin 1755.
(1) Sur cette famille on peut consulter La Famille d^Estimmi ville de Beaumouchel, de Pierre-Georges Roy.
Né à Montréal le 25 février 1731.
Il s’enrôla dans la milice aussitôt qu’il fut capable de porter un fusil. Dès 1755, le gouverneur Duquesne lui donnait une commission de capitaine de milice.
Le 13 juillet 1758, M. Le Compte Dupré épousait Marie-Catherine Martel de Brouage, fille de François Martel de Brouage, commandant à la côte de Labrador, et de Louise-Madeleine Mariauchau d’Esgly.
Quelques années après son mariage, M. Le Compte Dupré vint s’établir à Québec afin de surveiller de plus près les belles propriétés que son mariage lui avait apportées.
Pendant le siège de Québec par les Bostonais en 1775, M. Le Compte Dupré, qui était major dans la milice canadienne, fut un des plus ardents défenseurs de Québec. L’anecdote suivante est racontée par le Courrier de Québec. Elle établit de façon concrète les services rendus par M. Le Compte Dupré à la cause de l’Angleterre (1).
(1) Une lettre de M. Le Compte Dupré du 21 octobre 1775 nous apprend qu’en 1775, les autorités militaires de la colonie n’avaient pas été plus habiles que pendant la Grande Guerre pour engager les gens de la campagne à servir dans l’armée. Le juge en chef et MM. Mabane, Grant et Boisseau s’étaient rendus à l’île d’Orléans, escortés de dix matelots armés jusqu’aux dents pour y commander d’autorité des hommes dans chaque compagnie. Les insulaires trouvèrent le procédé si cavalier qu’ils s’armèrent de bâtons et auraient certainement assommé le juge en chef et ses amis sans l’intervention de M. Boisseau, bien connu des habitants de l’île d’Orléans. Il fallait, en effet, être bien malhabiles pour agir de cette façon dans une population qui avait tant à se plaindre du gouvernement. (L’abbé Verreau, Invasion du Canada, P- 319.)
C'était en novembre 1775. L’ennemi était aux portes de la ville. Trois serments de la milice canadienne-française forment le complot de faire entrer les Américains par une petite porte près de la poudrière, dont un des sergents commandait la garde. M. Dupré, faisant sa ronde, à onze heures du soir, découvre le complot et en avertit le lieutenant-gouverneur Cramahé. Les sergents sont pris et emprisonnés jusqu'en mai suivant. On fit leur procès, et ils avouèrent que sans le colonel, la ville aurait été prise. "
C'est sans doute pour punir M. Le Compte Dupré de sa loyauté que les Bostonais s'attachèrent à lui faire tout le tort qui était en leur pouvoir. Plus de quatre cents d'entre eux s'installèrent à sa terre, près de Québec, et la ruinèrent à peu près complètement. Dans la seigneurie d'Argentenay, dont il avait l'administration, ils enlevèrent tous les blés, farines et effets qu'ils purent transporter.
Le gouverneur Carleton, pour reconnaître le dévouement de M. Dupré à la cause britannique, le nomma, le 4 mars 1778, colonel de toutes les milices de la ville et du district de Québec. “ Pendant plus de vingt ans, dit le Courrier de Québec, tout le district de Québec fut sous ses ordres, et le zèle avec lequel il s'acquitta de son devoir lui mérita toujours l'amitié, la confiance et la reconnaissance de tous les miliciens. "
Dans l'été de 1778, M. Dupré passa en Angleterre où il eut l'occasion de rencontrer plusieurs fois lord Germain. Celui-ci devint l'ami du gentilhomme canadien.
Le fief d'Argentenay en l'île d'Orléans
était la propriété de M. Martel de Broua^e. A la mort de celui-ci, en 1761, le fief passa à ses filles. C’est M. Le Compte Dupré qui s’occupa pour elles de mettre cette belle terre en valeur. Le 3 juillet 1783, il en devenait l’unique propriétaire.
Pendant son séjour en Ang-leterre, comme nous venons de le voir, M. Le Compte Dupré avait eu des rapports fréquents avec lord Germain, ministre des colonies. Celui-ci avait sug*g-éré au gouverneur Haldimand de faire entrer M. Le Compte Dupré dans le Conseil législatif. A son retour au Canada, M. Le Compte Dupré rencontra M. Haldimand, et le gouverneur promit de le nommer à la plus prochaine vacance. Cependant, M. Le Compte Dupré ne fut nommé conseiller législatif qu’en 1785 et il dut sa nomination à l’intervention énerg-ique de son beau-frère, le colonel Johnstone.
En décembre 1791, le gouverneur Dorchester accorda à M,. Le Compte Dupré la charg-e d’inspecteur de police pour la ville et les faubourgs de Montréal, à la place de Saint- Georg^e Dupré, son frère, décédé.
Le père de M. Le Compte Dupré avait été marguillier à Montréal. Le colonel Dupré reçut le même honneur à Québec. M^*" Henri Têtu, dans son Histoire du Chapitre de Québec, lui rend même un hommage éclatant. On sait que M^'’ Briand, par la mauvaise volonté des marguilliers de Québec, fut obligé de transporter sa cathédrale dans la chapelle du séminaire de Québec. Il fit les offices dans cette chapelle de 1764 à 1774. Briand prit possession de son ég’lise cathédrale, avec tous les honneurs voulus, le 10
mars 1774. La réconciliation, dit Têtu, avait été effectuée par la médiation de M. Cramahé et de M. Le Compte Dupré, premier mar- ^uillier et neveu de D’Es^ly, coadjuteur de
Briand.
Les Anglais avaient une très haute opinion de M. Le Compte Dupré. Le notaire Boisseau raconte dans ses Mémoires qu’en 1787 le lieutenant-gouverneur Hope demanda à d’Esgly,
évêque de Québec, de lui accorder un banc dans les églises paroissiales de Québec et des Trois- Rivières. L’évêque se rendit à sa demande, et le lieutenant-gouverneur Hope remit ce banc, le plus honorable de toute l’église, au colonel Le Compte Dupré.
M. Le Compte Dupré décéda à Québec le 5 mai 1820. Nous lisons dans la Gazette de Québec du 8 mai 1820: “ Décédé à Québec, à la 90® année de son âge, J. -B. Le Compte Dupré, Ecr., colonel du V bataillon de milice de Québec. Il a été second commandant de la milice canadienne pendant le siège et le blocus de cette ville dans l’hiver de 1775-1776. Son service a été chanté ce matin dans la chapelle du Séminaire, après quoi son corps a été porté dans la barque à vapeur Lauzon à Saint-François de l’île d’Orléans où il doit être inhumé. ”
Sous l’ancien régime, les seigneurs avaient le privilège de se faire inhumer dans l’église paroissiale de leur seigneurie. Le plus souvent, on les inhumait sous leur propre banc. M. Dupré est le seul seigneur d’Argentenay qui se soit prévalu de ce droit.
Madame Le Compte Dupré était décédée dix-neuf ans avant son mari, à Québec, le 12 décembre 1801.
La Galette de Québec du 17 décembre 1801 annonçait dans les termes suivants la mort de cette femme disting'uée :
Le 12 décembre 1801, sur les 10 heures du soir, est décédée à Tâg’e de 59 ans, demoiselle Catherine de Broua^e, épouse de Jean-Bte Dupré, ecr, colonel des milices de la ville et banlieue de Québec, et a été inhumée le 15 avec la pompe due à son rang-. Douée de toutes les vertus sociales, et de cette égalité d’âme qui caractérisent un cœur bienfaisant et libéral, cette dame a procuré à ceux qui avaient l’avantage de la connaître, tous les agréments d’une société aimable, puisés dans le sein de sa famille. Mariée dans un âge très tendre, son union paisible et exemplaire dans l’espace de plus de 43 années, paiera â sa mémoire un tribut que l’envie la plus étudiée ne pourrait jamais déprécier. Quoique le regret général qu’elle emporte avec elle ne puisse égaler celui de son digne époux, et de leurs chers enfants, ce doit être sans doute pour eux une consolation bien grande, en voyant que le mérite de leur estimable parente, a été reconnu par les habitants de ce monde, d’avoir toute raison d’espérer par les circonstances qui ont accompagné sa mort, que Notre Tout-Puissant Rédempteur la recevra dans la grâce divine. Amen. Requiescat in pace. ”
Du mariage de l’honorable Jean-Baptiste Le Compte Dupré et de Marie-Catherine Martel de Brouage (13 juillet 1758) étaient nés:
I — CATHERINE LE COMPTE DUPRÉ
Née à. . . le. . . juillet 1759.
Mariée â Saint-Pierre de l’île d’Orléans, le
7 mai 1778, à l’honorable Antoine Juchereau Duchesnay, veuf de Julie-Louise Liénard de B eau jeu.
L’honorable M. Duchesnay décéda à Beauport le 15 décembre 1806. Seigneur de Beauport, Saint-Roch-des-Aulnaies, Fossambault, Gaudarville, etc., etc., M. Duchesnay laissait une grande fortune. Sa mort donna lieu à un procès qui mit en ébullition toute la société de Québec.
Madame Duchesnay décéda à Québec le 14 novembre 1836, à bâge de 77 ans, 3 mois et 17 jours, et fut inhumée au cimetière de Sainte- Catherine-de-Fossambault, le 17 novembre.
Du mariage de l’honorable Antoine Juchereau Duchesnay et de Catherine Le Compte Dupré naquirent quatre enfants :
V Jean-Baptiste Juchereau Duchesnay né à Beauport le 16 février 1779. Il obtint une commission dans le 60"" de ligne et servit pendant plusieurs années dans ce régiment. Il prit part à la bataille de Châteauguay et s’y distingua. Il fut ensuite aide de camp provincial, inspecteur des milices et, enfin, conseiller législatif. L'honorable M. Duchesnay décéda le 12 janvier 1833. Marié à Eliza Jones, il eut trois enfants dont deux moururent en bas âge. L’aînée, Marie-Anne, devint la femme de Pierre Miville Déchêne, marchand, grand-père de feu l’honorable Gilbert Miville Déchêne.
2° Charles - Louis Juchereau Duchesnay né à Beauport le 26 mai 1780. Décédé au même endroit le 8 octobre 1780.
3° Catherine-Henriette Juchereau Duchesnay née à Beauport le 6 juillet 1784. Ma-
riée au docteur François-Xavier Blanchet, le célèbre patriote emprisonné en 1810. Elle eut quatre enfants: Catherine-Henriette, mariée à William Unsworth Chaffers; Françoise-Julie- Hermine, mariée au docteur Joseph-Eusèbe Hudon; Françoise-Hélène-Fanny, mariée au docteur François - Xavier Poulin ; Antoine- François-Denis, qui fut médecin et décéda à Québec le 19 novembre 1845.
4° Michel-Louis Juchereau Duchesnay né à Beauport le 14 décembre 1785. Comme son frère Jean-Baptiste, il servit dans le 60^ de ligne et prit part, plus tard, à la bataille de Châteauguay. Il fut aussi député adjudant général des milices du Bas-Canada et surintendant des Sauvages, à Québec. M. Duchesnay décéda à la Petite-Rivière le 17 août 1828. De son mariage avec Charlotte-Hermine-Louise-Catherine de Salaberry, sœur du héros de Châteauguay, M. Duchesnay eut onze enfants ( 1 ) .
Il — JEAN-BAPTISTE LE COMPTE DUPRÉ
Né à Montréal le 5 août 1761.
Il décéda à Québec le 5 novembre 1817, à râge de 57 ans et 3 mois. L’avis de décès le dit capitaine de milice. C’est tout ce que nous savons sur sa carrière.
Jean-Baptiste Le Compte Dupré ne s’était pas marié (1 ).