LA FAMILLE VILLENEUVE
Pour connaître les origines de la famille Villeneuve dans la Nouvelle-France, il n’est pas
nécessaire de recourir aux archives poudreuses ni même au génial Dictionnaire généalogique de Tanguay. Il suffit de relire Téloquente conférence donnée par Son Eminence le cardinal Villeneuve lors de son passage à Sainte-Mariede-hile-de-Ré, pays de ses ancêtres, le 21 octobre 1935.
“ Je reviens à ce pays, que je n’ai d’ailleurs connu que par les yeux de mon septième aïeul, Mathurin Villeneuve, fils de deffunct Mathieu Villeneuve et de Jeanne Chausset, ses père et mère, de la paroisse de Sainte-Marie de l’isle de Ré, évêché de La Rochelle. Ainsi parle, en effet, son contrat de mariage fait à Québec, par devant le notaire Vachon, le 31 juillet 1670.
“C’est à trente ans que Mathurin Villeneuve partit pour Québec. . . Ce fut au début de 1665 qu’il s’éloigna de France. . . Arrivé à Québec, avant d’être pourvu d’une concession bien à lui, il fit un stage de quelques années chez un colon plus ancien pour donner des preuves de sa bonne conduite et de son habileté à défricher. La ferme où Mathurin Villeneuve fit son apprentissage de la forêt et du sol canadien, y maniant la hache pour abattre les arbres et enfonçant la charrue dans le sol vierge, était située tout près de Québec, sur la côte Notre-Damedes-Anges, dans la partie qui forma quelques années plus tard la paroisse de Charlesbourg. . .
“ En 1683, lorsque a lieu au Canada, par l’ordre du roi, un troisième recensement, toute une jeune famille est groupée au foyer de Mathurin Villeneuve, sans compter les huit qui suivront : “ Mathurin Villeneuve, 34 ans ; Marguerite Le Marché, sa femme, 24 ans; enfants.
Jeanne, 7; Pierre, 4; Jean, 2; 1 fusil; 5 bêtes à cornes; 10 arpents en valeur’’. Ainsi parlent les recenseurs. . .
“ Le 23 juin 1672, nous trouvons Mathurin Villeneuve devant le notaire Paul Vachon. Les Pères Jésuites, en la personne du Père Mathieu, lui concèdent la consistance de. . . arpents de terre en la seigneurie de Notre-Dame-des- Ang-es, savoir trois arpents de front à prendre sur le grand chemin qui conduit de la ville de Québec à Charlesbourg, bornés comme suit, savoir, d’un côté la concession de Nicolas Denis, d’autre côté aux terres du village de Sainte- Hiérosime dit la Petite Auvergne, d’un bout au dit grand chemin de Charlesbourg, d’autre bout aux terres concédées dites au Gros Pin. . .
Puis vient la vieillesse de Mathurin Villeneuve, le départ des siens pour fonder de nouveaux foyers. Suivons Son Eminence:
‘‘Ce sont maintenant les mariages qui commencent dans la maison de Mathurin Villeneuve. La fille aînée, Jeanne, se marie, le 19 avril 1694, à Etienne Bédard, puis c’est Charles qui épouse, le 7 mai 1703, Marie-Renée Alard. Trois ans plus tard, Marie-Anne joint sa destinée à celle d’un jeune Anglais venu de Douvres, Claude Thomas. Enfin, en 1709, c’est Jacques qui épouse Anne Chalifour.
“Les travaux ont fatigué Mathurin Villeneuve, l’âge est venu, les deuils aussi ; Marguerite Le Marché, sa compagne, n’est plus (enterrée le 9 avril 1711) A mesure que les tombes se sont ainsi creusées autour de lui, l’ancêtre a songé qu’il partirait lui aussi, et il prend ses dispositions pour l’avenir. Le 22 novembre 1711, il fait donation de ses biens à son fils
Jacques, le benjamin, à charge pour celui-ci^ entre autres conditions, “de nourrir, loger, blanchir et entretenir de tout ce qui lui sera nécessaire, tant sain que malade, jusqu’au jour de son décès après lequel il sera tenu de le faire inhumer et de faire célébrer cinquante messes basses de requiem pour le ropos de son âme, et dix autres -qu’il sera tenu de faire dire incessamment le plus tôt qu’il pourra pour le repos de celle de défunte Marguerite Le Marché, sa femme”.
“Moins de trois ans après cet acte, le 11 juillet 1715, les cloches de la petite église de Charlesbourg sonnaient le glas du vieux pionnier de la paroisse, Mathurin Villeneuve.”
Et le cardinal Villeneuve ajoutait:
“Si vous songez que quelques milliers pour le moins de Français du Canada ont maintenant hérité du sang de Mathurin Villeneuve^ sinon toujours de son nom, il vous paraîtra bien que, dans sa vie obscure, germait tout de même une féconde postérité. Puis, n’y avait-il aucune grandeur d’âme â s’en aller ainsi conquérir un morceau de forêt, par delà les océans, sous l’oeil enflammé de l’Iroquois en embuscade. Surtout, n’y a-t-il rien de la plus sublime simplicité dans cette vie sociale des ancêtres tout imprégnés de foi en Dieu et d’esprit religieux”.