‹ La famille Moronval drame en cinq actesChapitre 20 sur 50 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

SALVIATI, assis, L’HOTESSE.

SALVIATI, continuant la conversation. Et quel est maintenant le comte de Moronval?

l'iiotksse En beau jeune homme de vingt-cinq ans qui a voyagé pendant plusieurs années et qui n’est de retour auprès de sa mère que depuis quelque temps.

SALVIATI, appuyant. Depuis combien de temps, de grâce ?..

L'HOTESSE, Depuis trois mois.

SALVIATI. Oui, trois mois... Malheqfeuse femme ! •

l’hotesse. Vous connaisses donc aussi madame de Moronval?

SALVIATI. Non.

I.’lIOTESSE. C’est qu’effectivement il lui est échu une forte pari dans les chagrins que le bon Dieu nous envoie. Je connais son histoire mieux que bien des gens, monsieur. et si vouséliercurieux de l’apprendre, le hasard ne pouvait vous adresser nulle part aussi bien que cher moi... il y a vingt ans que ma scenr est sa l'cm mc-de-c hambre.

SALVIATI. Je vous écoute.

L’HOTESSE. Vous raurcr donc que feu M. le comte de üloroinal, son mari, était l’un des présidons de uotre parlement que Dieu conserve... C’est une dignité héréditairedans la famille... Je le voisencore; un homme grave et impassible, qui avait toujoursl'air de prononcer un arrêt... Mais que les apparences sont trompeuses! nous avons dans nos Pyrénées des montagnes dont le front reste couvert de neige tandis que leurs entrailles sont pleines de feu; il eu était ainsi du caractère de M. de Moronval.... Du jour il se mit à être jaloux.. .ja- , loqx sans raison, jaloux sans oser le dire, jaloux a faire peur et à faire pitié... Sa femme était pourtant la plqs vertueuse de toutes nos grandes dameset je répondrais d’elle comme de moj, mais Une fois qu’un mari à la tête montée!.. Bref, madame la com- Irs devient powjr*? cet événement qui

aurait dû ramener la paix dans le ménage acheva de déranger l’esprit de M. le président..., Je vous dis ceci tout bas, monsieur ; il conyut des doutes sur la légitimité de l’enfant qui devait naître, et le jour même où madame la comtesse accoueha, il s’enfuit mystérieusement de Toulouse, comme s’il eut craint de ne pouvoir se contenir et de faire un mauvaiscoup... Jamais on n’a su où il était allé ni ce qu'il était devenu... Pour madame la comtesse, clic éleva son enfant dans l’isolement et dans les larmes, car vous devines à combien de calomnies la disparition de son mari donna lieu ; mais sa conduite était si charitable etsipur^que ces bruits finirent d’eux-mémes et que tout le blême retomba sur le président .. on l'accusa d’injustice, de cruauté, de folie, et mon avis, & moi. est qu’il répondra devant Dieu du malheur de sa femme qu’il a si indignement abandonnée.

SALVIATI. Mais si l'on n’a pas su ce qu’il était devenu, comment fut-on instruit de sa mort?

L'ilOTESSE. Il y a quelques années, madame de Moronval et toute sa maison prirent soudainement le deuil... on sut qu’un homme inconnu lui avait apporté un paquet cai heté avec de la cire noire, et ver»

la même époque monsieur lo premier président lit nommer le plus ancien conseiller à la charge de M. de .Moronval, qui était restée vacante jusque là. -

SALVIATI. Et à ce que je vois, le fils <le madame de Moronval ne lui a pas rendu le bonheur que son mari lni avait enlevé?

i.’iiotesse. Dam , monsieur, avec des souvenirs comme ceux que je viens de vous raconter, il est bien diflicilcd’ètre heureuse! D'ailleurs, monsieur le comte est un bon jeune homme, un fils rcspectueqx et tendre. c’est vrai ; mais enfin il a eu la passion des voyages, pendant trois années, il a laissé sa mère toute seule.

SALVIATI. Ce futunc faute ; mais le ciel

LA l'AUlLLE HOROSVAL.

l'en a sévèrement puni.

L 'HOTESSE. Comment cela ? mais il me semble que le ciel a pardonné bien généreusement au contraire , n’a-t-il pas épousé aujourd’hui la pupille de sa mère, mademoiselle Inès de llaunel, la plus belle et la plus riche héritière de noire pays.

SALVIATI. 11 s'est marié aujourd’hui, dites-vous?

l’iiotesse, regardant an cadran. C’est à midi juste que les deux fiancés sc sont agenouillés devant le maitre autel de la cathédrale.

SALVIATI. Que de malheurs et que de crimes !

L’iiotesse. J’y songe, monsieur, tous êtes italien et il est certain que 51. de 5Ioronval a voyagé en Italie... Vous l’avez connu sans doute?

SALVIATI. Oui, je l’ai connu 1

l’iiotesse. Vous l’avez vu souvent?

SALVIATI. One seule fois... mais cette rencontre fut telle que j’en garderai uu long souvenir !

L’HOTESSE. Puisque vous le connaissez, vous pourriez démentir bien des bruits singuliers qui ont couru sur lui à propos de ses voyages.

SALVIATI. Des bruits singuliers!., et qu’a -I -on dit?

l’hotesse. On le trouve bien changé depuis son retour; il parait bien sombre pour un homme dont la fortune comble tous les voeux ; mais comme je le répète tous les jours, les Sloronval sont une race noble et ancienne et l’héritier de ce beau nom ne veut pas faire de tache à ses armoirirs.

salviati. Non, l’héritier de ce nom n’y fera plus de tache... Indiquez-moi ma chambre, madame.

l’uotesse. Monsieur la gardcra-t-il long-temps ?

salviati. Un seul jour.

l’iiotesse. Et monsieur n'a besoin de rien?

salviati. Dans une demi-heure, j’aurai besoin d’un guide pour me conduire d’abord chez le lieutenant-criminel et de là chez madame de Moronval.

11 sort; une domestique le conduit chez lui.

L’HOTESSE. Louise, la chambre sur la place, au bout du corridor... Voici un homme singulier, quel dommage que je n’aic pu le faire causer plus long-temps...

il m’a raconté tant de choses .. {Elle r a d la fenêtre.) Quel est ce bruit? une chaise de po-te entre dans la ctuir... une dame en descend ; elle est toute seule? c’est assez surprenant... Par ici, madame; par ici.,.

— Chez le lieutenant-criminel cl de là chez piadame dç Sloronval?.. %

s Olivia entre,

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