SCENE II
OLIVIA, SALVIATI, JACINTHA, qui reste dans le fond.
SALVIATI, au fend duThéatre. C’est elle!
Olivia. Approchez... c’est à moi que vous voulez parler. ?
SILVIATI. Oui. . c’est bien à vous.
11 lui donne une bagne.
OLIVIA. Ma bague! oui 1 c’est ma bague !
Maintenant je me rappelle vos traits...
Comment vous nommez-vous?
SALVIATI. Giacomo Salviati.
OLIVIA. Giacomo Salviati, c’est votre barque qui suivait ma gondole quand cette bague est tombée dans le Tibre ; et quand ma voix a crié : à celui qui me rapportera cette bague, je donnerai ce qu’il me demandera; c’est votre voix qui a répondu : vous l’aurez demain !
SALVIATI. Ne me rappelez pas ces paroles!.. car il y a trois jours que je vous ai fait cette promesse et vous ne pouvez savoir si c’est par ma faute ou non quello n’a pas été tenue...
Olivia. Comment avez-vous trouvé ma demeure? Vous méconnaissiez donc?
SALVIATI, après un silence. Oui.
Olivia. L’eau du Tibre était profoude à l’endroit où j’avais laissé tomber cette bague... pour la retrouver, il vous a fallu courir des dangers.
salviati. Peut-être; — j’aurais voulu qu’elle fut tombée dans la mer.
OLIVIA. Sans doute pour que la récompense futçjus forte?
SALVIATI, riant.. C’est cela.
OLIVIA. Eh! bien, alors, que voulcztous?
SALVIATI. Ah! oui, je suis importun...
pardonnez... j’oublie... La récompense que je veux, dites-vous? — Combien vaut cette bague?
OLIVIA ...Cent pistolcs.
salviati. Donnez-moi l’une des fleurs qui sont sur ccttc chemiuée.
THÉÂTRAL
OLIVIA, l’arrêtant atec vivacité. Non, non!
SALVIATI. Je demande trop... — Alors, écoutez, signora : il l'avenir, quand vous sortirez dans les rues de Home ou que vous irez vous promener au Corso, ilyaura un homme que vous verrez souvent en vous penchant ù la portière de votre voiture... Le soir, quand vous entrerez dans la basilique de Saint-Pierre ou dans celle de Saintc-Maric-Majcurc, cet homme osera peut-être vous suivre et s’agenouiller près de vous, dans l’ombre de quelque chapelle. . .la nuit, quand vous reviendrez d’une fêle avec le sourire sur les lèvres, et des fleurs fanées dans les mains, vous le verrez quelquefois au seuil de votre porte, immobile et attendant un dernier regard... Eh!
bien, signora, ne dites jamais à cet homme : je suis lasse de te voir! voilà la récompense que je vous demande...
Il fort. — L'q silence.
OLIVIA, d Jacintha. Avais-tu vu quelquefois ce jeune homme ?
JACINTHA. Sa figure ne m’est pas précisément inconnue; il me semble que depuis quelque temps il rôde autour de cette maison.
Olivia. Laisse-moi.
JACINTHA, en sortant. Si je comprends comment elle a eu le courrage de lui refuser une des fleurs de ce bouquet...
OLIVIA, seule. Autrefois, voilà comme j'étais aimée... Beppo, me parlait avec cette voix... alors, je ne songeais pas à cimenter notre union parmi crime... Oh!
mes souvenirs du passé... ( Elle tombe dans une rêverie. — On frappe de nouveau) L'illusion s'enfuit: Voici Morouval et avec lui la réalité ; reprends ton rôle, Olivia... il s'agitdetrompercc jeune français; de l’amener à des confidences, de savoir par lui tout ce que je veux savoir... L’eufer et Beppo feront le reste.
Elle entre cbez elle,