‹ La famille musulmaneChapitre 3 sur 3 · SI · texte numérisé non relu

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parti qui, croyant Tlslamisme susceptible de s'adapter aux cipconstaiices de race, de temps et de milieu, s'efforce de

., ' J'accommoder aux progrès de la civilisation européenne, — f.^comment, au contraire, en certains autres, Ton songe à

'^pairifler rislam et à reconstituer la théocratie islamique du premier siècle de l'Hégire, — comment, enfin, en tous, s'est éveillé le sentiment de la nationalité. — C'est là, d'ailleurs, un

•sujet qui a été remarquablement traité par M. Le Chatelier,

/dans son ouvrage L'Islam au XIX^ siècle^ et par M. Cahun, dans son étude sur Le Monde islamique^ insérée dans L'Histoire générale du /V® siècle à nos Jours, publiée par MM. Lavisse et Rambaud (1). .

Il ne nous appartient pas, non plus, de montrer comment les peuples musulmans, menacés par les progrès incessants des puissances chrétiennes, ont été amenés à comprendre « qu'il serait pratiquement efficace de faire prendre conscience à tous les musulmans de leur communauté d'intérêts » (2), si bien, qu'aujourd'hui, un peu partout, les musulmans commencent « à se tendre les bras pour une fraterni-

• sation plus intime » (3). — Nous n'avons pas, en d'autres termes, à indiquer comment est né le mouvement panislamique, ni comment ce mouvement a été exploité par la Porte, ni quel est son avenir. — Une enquête a été ouverte sur ce point par M. Edmond Fazy, à qui elle a valu des communications fort intéressantes, qui ont été publiées dans les Questions diplomatiques et coloniales (4), et auxquelles il suffît que nous renvoyions le lecteur.

Nous n'avons à étudier, ici, les conséquences des modifications subies par le milieu dans lequel vivent les peuples musulmans, qu'au "point de vue de l'influence que ces modifica!ions ont exercée ou pourront exercer sur la conception qu'ont eue, jusqu'ici, les Musulmans, de la famille, de son rôle politique, de son importance sociale, de son organisation.

48. --^ Or, cette influence ne saurait être, bien évidemment, ia même partout. Car l'action de la civilisation européenne ne s'est pas manifestée partout avec la même intensité, — de

(1) T, XI, p. t>27 et suiv.

. (2 et 3) VarobéFy, Quest. dipl et col, 4" août 1901, p. 148 et 149*

(4) Numéros des 15 mai, 15 juillet, 1" ao4t, 1" octobre et 1*' novembre 1901 ; — V. en outre^ Arnaud, Le Panislamisme et la France, Revue Franco-Musulmane et Saharianne, septembre 1902, p. 30 et suiv.

même que les populations musulmanes, à raison des différences existant entre elles, au point de vue de la race et du régime économique notamment, n'ont pas opposé partout, à cette action, une résistance identique.

En sorte que, pour donnera la question qui nous occupe, une réponse satisfaisante, il importerait de procéder à toute une série d'enquêtes, lesquelles, étant donné le petit nombre et l'imprécision des renseignements dont nous disposons, ne seraient nullement concluantes.

Aussi nous bornerons-nous à rechercher dans quelle mesure Télablissement de la France en Algérie, a influé sur la situation de la famille musulmane en ce pays.

D'ailleurs, indépendamment de la facilité qu'il peut y avoir à se procurer, relativement aux Musulmans algériens, des documents précis et abondants, il est une autre considération qui nous détermine à limiter ainsi le champ de nos investigations. L'influence de la civilisation chrétienne, en tant que facteur de l'évolution sociale, est évidemment plus grande, ne serait-ce qu'à raison de l'étroitesse du contact, dans les pays musulmans effectivement soumis aux puissances chrétiennes, qu'elle ne peut l'être dans les pays musulmans qui, tout en entretenant, avec ces puissances, des relations constantes, ont conservé leur indépendance. — Or, de tous les pays riiusulmans gouvernés par une puissance chrétienne, l'Algérie est peut-être celui sur lequel s'est abattue le plus lourdement la main du vainqueur; car la France ne s'est pas bornée à exiger des vaincus la reconnaissance de sa suzeraineté ; elle a entrepris de les gouverner et s'est eff'orcée de leur imposer ses institutions.

Progressivement, en effet, l'ancienne aristocratie indigène s'est vue déposséder de ses prérogatives (1), et « le gouvernement direct des agents français a remplacé l'ordre ancien

(1) On est généralement d'accord^ aujourd'hui, pour reconnaître que la, politique suivie par la France a donné, en la circonstance, des résultats déplorables. « Au point de vue politique, l'indigène a perdu la direction que lui assuraient ses chefs de tribus. H s'en va à la dérive, tes extensions successives du territoire civil ont amené la disparition ou l'effacement des grandes familles, à tel point qu'un gouverneur général, M. Jules r.ambon, a pu dire à la tribune du Sénat (séance du 18 juin 1894) quç noiis n'avons plus, en face de nous, qu'une sorte de poussière d'hommes, sur lesquels nous sommes le plus souvent sans action )) (Depont, Aperçu sur l'administration des indigèjies musulmans en Algérie, Congrès international de sociologie coloniale, t. 2, p. 74); — V. en outre, Arnaud, le Panislamisme et la France, Revue franco-musulmane et saharienne', septembre 1902, p. 34.

des tribus administrées par un seigneur ayant chez lui tout pouvoir pour assurer la paix » (1).

D'autre part, si la répartition des indigènes en familles, douars et tribus a été respectée, cette répartition n'a plus, à l'heure actuelle, qu'un caractère tout à fait artificiel et arbi traire, et ne présente, à proprement parler, qu'une importance purement administrative.

Enfin, si les Musulmans algériens sont encore régis par leurs lois et coutumes, ce n'est que dans les limites fixées par la législation française spéciale à l'Algérie; et il n'est pas douteux que, dans l'esprit de ceux qui ont élaboré cette législation^ les Musulmans algériens ne relèvent, en principe, même dans les matières de droit privé, que du droit français, et que la sphère d'application du droit musulman et des coutumes indigènes est destinée à se restreindre progressivement.

La politique suivie par la France en Algérie à l'égard des indigènes, est donc, nettement, une politique d'assimilation, Si bien que c'est en ce pays, semble-t-il, que Taction de la civilisation chrétienne a atteint son maximum d'intensité, là, par conséquent, qu'elle a dû donner son maximum de résultats, — et si, au contact de la civilisation chrétienne^ les Musulmans doivent évoluer, c'est en Algérie que cette évolution doit se dessiner avec le plus de netteté.

49. — Or, les conceptions traditionnelles de nos Musulmans, touchant le droit de famille, ont-elles subi quelque transformation ? — Il ne paraît pas que, jusqu'à présent, elles se soient sensiblement modifiées. Les indigènes algériens restent fortement attachés à celles de leurs lois qui gouvernent leur état et leur capacité, et ne profitent guère des facilités qu'on leur donne pour se placer sous l'empire du statut personnel français. C'est ainsi qu'en 1900, alors que les derniers recensements accusent une population indigène de 4,072,089 individus, le chiffre des naturalisations concédées ne s'est élevé qu'à 20, — et que pour une période de temps allant de l'année 1865 à Tannée 1900, le chiff're de ces naturalisations n'a pas dépassé 1,151 (2).

De même, les mariages entre Musulmans et Européennes ou Juives sont extrêmement rares. Les statistiques, pour Tannée 1900, n'accUvSent, en efl'et qu'un seul mariage entre

(1) Arnaud, le Panislamisme et la France, Revue franco-musulmane et saharienne, septembre 1902, p. 33.

(2) Statistique générale de l'Algérie, 1900.

Musulman et Européenne. De 1891 à 1900, la moyenne de ces mariages n'a été que de 4 par année ; elle a été de 5, pour les mariages entre Musulmans et Juives.

D'autre part, les efforts faits par l'Administration pour déterminer les indigènes à renoncer à la vie nomade ont été> la plupart du temps, couronnés d'insuccès. Le village indigène d'Aïn-Mahbet, fondé, il y a quelques trente ans, aux environs de Djelfa, a été déserté par la plupart de ses habitants. — Dans la région du Djebel Amour, nombre de ksours sont aujourd'hui abandonnés, leurs habitants préférant vivre sous latente, plutôt que de rester confinés dans des maisons (1). — Et près d'Aïn-el-lbel, l'on voit un ksar en ruines où le général Margueritte a cherché, mais en vain, à retenir les nomades de la région (2).

Enfin, il est fréquent de voir des officiers indigènes qui, pendant des années, ont vécu de la vie de nos officiers, regagner^ une fois retraités, la tente ou le gourbi, et renoncer à un genre d'existence dont, semble-t-il, au contact permanertt et prolongé d'Européens, ils auraient dû prendre l'habitude et le goût.

50. — Or, il n'est pas douteux que, dans une très large mesure, cet état de choses s'explique par ce fait que la foi musulmane s'est conservée à peu près intacte en Algérie. Il est possible, qu'en certaines villes, Ton rencontre des musulmans non croyants ; mais ceux qui, à Alger par exemple, s'abstiennent des pratiques de leur religion,— qui, notamment, n'observent plus d'une façon stricte, le jeûne du ramdhan, sont très peu nombreux, et constituent une minorité infime, tout à fait négligeable.

C'est qu'en eflfet, l'islamisme ne compte guère d'apostats (3) ; et les missionnaires chrétiens, eux-mêmes, ont dû reconnaître l'inutilité de leurs efforts et renoncer à toute tentative de conversion (4).

(1) Fabre, 3Ionographie de la Cotûmune indigène de Tiaret-AfloUy Bulletin de la Société de Géographie d'Oran, juillet-septembre 1902, p. 268.

(2) Chobaut, Voyage chez les Beni-Uzah, p. 30.

(3) De Castries, Vlslam, 211.

(4) De Castries, op. cit,, p. 213 et 214 ; — Mgr Le Roy : « En ce qui concerne faction que les missionnaires chrétiens peuvent avoir sur le monde islamique, j'estime qu'il n'y a qu'une chose à faire actuellement avec les musulmans : c'est de les laisser tranquilles » {Congrès international de sociologie coloniale, t. i, p. 378 et 379); — Basset, QK,est. dipL et col. ^ 1 octobre 1901, p. 388.

Et comme, pour les Musulmans, le droit et ta religîort BB confondent, nos indigènes estiment qu'ils ne pourraient, sans se rendre coupables d'apostasie, renoncer à leur droit traditionnel de famille pour ne plus relever, au point de vue du statut personnel, qvxe de la loi française. « La distinction du civil et du religieux, dit, en effet, Abou Bekr Abdesselam hen Choaïb, que les législations européennes, petites filles du droit romain, consacrent, est incompréhensible aux yeux des musulmans. Le droit « JIgh » est une partie de la religion « din », et la religion « din » n'est point autre chose que le droit « Agh ». Dans ces conditions, il est certain qu'aux yeux de l'orthodoxie musulmane un abandon même partiel du droit civil aurait le caractère d'apostasie. On ne renonce pas facile* ment à des règles qui, soit qu'elles concernent le régime successoral, ou l'organisation familiale, ou les preuves judiciaires, ont également une origine divine * (l).

Mais il est bon de remarquer que, si les Musulmans tiennent pour incompréhensible la distinction du civil et du religieux, il s'en faut de beaucoup que les doctrines religieuses de rislam n'aient point évolué. « L'Islamisme, de nos jours, en effet, est loin de ressembler à l'Islamisme idéal (non réel), que les théologiens se figurent avoir existé au temps des quatre premiers khalifes. Envahi par les doctrines persanes du Soufisme^ la religion de l'Islam n'a cessé depuis longtemps d'évoluer vers le mysticisme. Théoriquement, dogmatiquement, elle n'a pas changé; en fait, elle n'est qu'un voile jeté sur les anciennes croyances populaires déformées, et sur les doctrines hétérodoxes qui aboutissent à un véritable panthéisme » (2). — De même, dans le Moghreb, le goût des Berbères pour le culte de l'homme, a provoqué, en dépit de leur islamisation , un développement extraordinaire du maraboutisme, c'est-à-dire du culte des saints (3). — En somme, dans toutes les contrées où il a pénétré, l'islamisme a subi l'empreinte des traditions et des croyances locales, et n'est plus, dans la plupart des cas, qu'une adaptation de la lettre coranique à ces croyances et à ces traditions locales. — D'autre part, nous l'avons montré précédemment (4), les Musulmans des premiers siècles de l'Hégire n'onl point hésité, en différentes circonstances, à ne tenir aucun compte de prescriptions formelles, impératives du Coran qui allaient

(1) Congrès international de sociologie coloniale, t. 2, p. 146.

(2) Cahun, Le monde islamique^ loc» cit. y p. 544.

(3) Doutté, L'Islam algérien en i960, p. 38 et suiv,

(4) V. swp., n«\^, 33et 39,

à rencontre de certaines coutumes qui leur étaient particulièrement chères. — Enfin, Savvas Paclia a montré. que rien n'était plus facile que « d'islamiser toutes les vérités, de les asseoir sur des bases absolument orthodoxes, et de les rendre par conséquent, non seulement acceptables, mais obligatoires pour la conscience mahométane » (1)- ' En sorte que l'attachement des musulmans à leur religion, non plus que la confusion qui existe, dans leur esprit, entre le domaine du droit et celui de la religion, ne suffisent à expliquer la répugnance des indigènes pour nos institutions, et leur désir de conserver leur statut personnel, désir si sérieux qu'Abou Bekr Abdesselam ben Ghoaïb a pu écrire qu'une naturalisation « courrait le risque de blesser la grande masse de la population algérienne musulmane et de rem-» placer dans son cœur l'amour profond de la France par un sentiment beaucoup moins doux » (2).

51.— Cette répugnance des indigènes pour nos institutions s'expliquerait-elle, alors, par ce fait qu'ils ne nous connaissent pas ou nous connaissent mal, parce que nous aurions négligé de les instruire de ces institutions et d'attirer leur attention sur les côtés séduisants ou avantageux de notre civilisation? — En aucune manière. La France a fait beaucoup, en Algérie, pour l'instruclion des indigènes (3); mais l'on est obligé de reconnaître, qu'à l'heure actuelle encore, les résultats de ces efforts sont à peu près nuls. En dehors de quelques indigènes « pour qui l'amour de la civilisation n'est qu'un moyen de parvenir» (4), •— et de quelques autres qui manifestent d'une réelle curiosité scientifique (5), et constituent l'embryon de ce que l'on pourrait appeler un parti «jeune turc», — les autres, c'est-à-dire la presque totalité, semblent plus attachés à leur religion, et plus convaincus de la supériorité de celle-ci que ne l'étaient leurs pères.

Cela tient, tout d'abord, à ce que « l'Islamisme, en présence du Christianisme, s'accentue et s'exalte » (7).

(1) Sawas Pacha, op. cit,, Considérations préliminaires, p. xxvii.

(2) Congrès international de sociologie coloniale, t. 2, p. 146.

(3) Larcher, Traité élémentaire de législation algériet^ney 1. 1, p. 435 et suiv. ; Bernard, Uinstruction des indigènes de l'Algérie, Congrès international de sociologie, coloniale, t. 2, p. 379 et suiv. ; voir, en outre, les procès-verbaux de ce Congrès, 1. 1, p. 541 et suiv.

(4 et 5) Marçais, Quest, dipL et colon., 1" octobre 1901, p. 401 [et 402. (6) Doutté, Quest. dipl, et co/./l" octobre 1901, p. 396.

: Cela tient surtout à ce que ceux à; qui nous avons donné l'instruction, n'ont vu que les mauvais côtés de. nos institu-r tions, et n'ont été frappés, dans le spectacle de notre civilisation, que par les vices qu'elle entraîne. Aussi la croyance, qu'ils avaient, déjà, dans la supériorité de leur foi, s'en est-elle accrue. « A voir, dit, par exeniple, Mohammed ben Rahal, les ravages que causent chez l'Européen la dissolution delà famille, la dépravation des mœurs, l'alcoolisme, le malthui sianisme, l'agiotage, le surmenage, l'anarchie, l'amour efTréqë des richesses, les amusements formidables, les jouissances immodérées, une liberté licencieuse, on en arrive à se demander qui est le plus malade des deux, et si l'islamisme nei serait pas pour lui un refuge et une branche de salut. Qui sait s'il pourra résister autant que le Musulman, n'ayant pas, comme lui, ce soutien inébranlable et indestructible : la Foi » (1). — Aussi, M. Doutté constate-t-il que « les Musulmans instruits sont ceux qui sont le plus éloignés de nous » (2). ',

52. — Et il faut bien reconnaître qu'il n'en pouvait être autrement. Les idées, les tendances, les aspirations d'un peuple sont toujours commandées par l'hérédité et le milieu; elles sont eii rapport étroit avec son état social et ses besoins économiques ; et il nç suffit pas, pour que ces tendances se modifient et que ce peuple s'assimile des idées nouvelles; qu'il ait entendu formuler ces dernières. Il faut qu'il les corn-* prenne; et il ne les comprendra que le jour où il aura senti le profil qu'il lui est possible d'en retirer, c'est-à-dire le jour où son état social se sera modifié, et où des besoins économiques nouveaux se seront manifestés.

Mais, l'état social de nos Musulmans d'Algérie, de même que lès conditions économiques dans lesquelles ils vivent, différent encore notablement des nôtres; nos besoins ne sont pas les leurs. Si bien que, tant qu'il en sera ainsi, nos Musulmans continueront à n'apercevoir que les conséquences fâcheuses que peut avoir le fonctionnement de nos institutions, à ne voir que les mauvais côtés de notre régime économique, à être surtout frappés de ce fait que « la lutte des classes qui déchire le monde civilisé est inconnue en payç d'Islam » (3).-— Mais que leurs besoins viennent à s'accroître •et à se rapprocher des nôtres, et alors ils évolueront à leur

(1) Quest, dipL et coL, 1" novembre 1901, p. 545,

(2) Loc.dt.

(3) Mohammed ben Rahal, loc. cit,^ p. 541.

tour, car « la manière de produire et de vivre est le grand facteur de l'évolution de la race humaine..., et l'histoire prouve que les moyens de produire ont changé d'une manière définitive et irrévocable les mœurs, les lois, le développement intellectuel et l'organisation du travail » (1).

53. —Or, il semble, qu'à l'heure actuelle, se manifestent quelques tendances ù un rapprochement entre Musulmans et Européens, provoquées par une communauté d'intérêts économiques. Dans les villes, les ouvriers indigènes vivent de plus en plus de Ux vie des nôtres et commencent à fraterniser avec eux (2J. — De même dans les régions où s'est développée la colonisation européenne, les progrès de celle-ci ont eu pour conséquence fatale la dépossession progressive des indFgènes. < Les Européens ont acheté la majeure partie des terres des nidigènes, dont les anciens propriétaires sont devenus leurs fermiers, leurs khammès ou leurs ouvriers. Fatalement, rapidement, il se constitue, en Algérie, un prolétariat indigène dénué de Lùut » (3). C'est là une situation, à certains égards, grosse de périls, mais qui marque le point de départ d'un rapprochement entre l'élément musulman et l'élément européen, basé sur la conscience d'une communauté d'inlérèts dérivant d*une parité de situations.

C'est ainsi que M. Le Chatelier constate que « les rapports de l'ouvrier français avec l'ouvrier musulman sont empreints d^une réelle cordialité » (4),--EtM.Doutté remarque que «les unions irrégulières entre indigènes et européens sont, dans

(1) Van Kol, Congrès international de sociologie coloniale, t. 1, p. 361*

(2) Le Chatelier, op, viL, p, 174 ; Douiié, Quest, dipl, et col,, 1" octobre 1901, p. 3% î Marçala, eod. toc., p. 400.

(3} Démontés, La Stidia, Bull, de la Soc. de geog. d'Alger, 3' tr. 1902> p. 401 ; ^ Arnaud, Inc. dt., p. 36. — Ea quelques régipns de l'Algérie, cependant, daos rarrontlissement d'Orléans ville par exemple, l'on constate le pliénoiiiène inverse. Les Indigènes rachètent des Européens qui, peu à peu, sont éliminés (Boyer-Banse, La Propriété indigène dans larrondissemmi dVriêansziUe, p. 90 et suiv.). Mais c'est là une situation tout à lait exceptionnelle. Il est à remarquer, d'autre part, que là où* elle se rencontre, on remarque une tendance au développement de la grande propriété indigène au préjudire, non seulement de l'élément européen, mais aussi de réiément indigène. Il n'y a pas tendance au rétablissement du statu quo an/e, mais accaparement de la propriété par le fait de quelques capitalistes indigènes ; ce qui, au point de vue de l'intérêt général, présente des inconvénients identiques (Pouyanne, La Propriété foncière ^'UAlgétk^ p, 91É3 et suiv.)* *

(4) Le Chalelîer, op* cit., pi 17;;.

la classe laborieuse, beaucoup plus fréquentes qu'on ne se le figure ; . . . que les exemples d'amitié fidèle et de dévouement sont innombrables; ...et que c'est parmi les travailleurs que nous comptons le plus de'musulmans amis » (t). •— Enfin, au Congrès du Parti socialiste ouvrier algérien, qui s'est tenu à Constantine en octobre 1902, Tun des orateurs est venu déclarer que « l'indigène commence parfaitement à comprendre la solidarité ouvrière» (2), ajoutant qu'il était possible de faire des indigènes des citoyens conscients, surtout si, à renseignement du français, Ton joignait un enseignement professionnel.

Ici encore, par conséquent, c'est la transformation économique qui paraît devoir être le facteur le plus puissant de révolution sociale; — et, comme Ta dit M. Le Chatelier, et, après lui, M. Doutté, si un rapprochement doit se faire entre les deux races, c'est par en bas, et non par en haut, qu'il est destiné à se réaliser (3).

(1) Doutté, loc, cit., p. 396 et 397.

(2) Paoli, Les Congrès socialistes algériens {Ret, socialiste, janvier 1903, p. 62).

(3) Le Chatelier, op cit., p. 177; -- Doullé, loc, cit,, p. 396.

Alger. — Typographie Adolphe Jourdan.

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