‹ La famille PanetChapitre 34 sur 85 · XI. Marie-Alphonsine-Ph:ilomène Panet · texte numérisé non relu

XI. Marie-Alphonsine-Ph:ilomène Panet

Née à Québec le 8 novembre 1839.

Mariée, à Québec, le 10 juillet 1860, au docteur Frauçois-Alexandre-Hubert LaRue.

Le docteur LaRue était né à Saint- Jean de l'île ^ d'Orléans le 25 mars 1833, du mariage de Nazaire LaRue, notaire, et de Adélaïde Roy.

Après avoir fait ses études au séminaire de Québec, il s'était décidé à se faire recevoir médecin.

L'Université Laval venait d'être fondée. Les talents et le travail du docteur LaRue le désignèrent comme professeur de la nouvelle institution. Envoyé en Europe pour se perfectionner, il revint en 1859 et fut immédiatement chargé des chaires de chimie, de toxicologie, d'histologie et de médecine légale.

lyC docteur LaRue décéda à Québec le 25 septembre 1881, et fut inhumé dans le cimetière de Saint- Jean de l'île d'Orléans.

M. A.-D. DeCelles parle ainsi de son ami le docteur LaRue :

"C'était un des hommes les plus érudits de notre province, un de nos meilleurs écrivains et une des figures les plus originales de la capitale, qui compte tant de types à part. Acharné au travail, il a donné à l'étude pendant la plus grande partie de sa trop courte carrière, le temps que trop souvent hélas on gaspille de cent façons diverses. C'est ce travail constant qui lui a permis d'être à la fois un savant hors ligne parmi nous et un de nos plus féconds écrivains. Il a pris une part active au mouvement littéraire des vingt dernières années. Il est resté un de nos écrivains les plus lus, grâce surtout à un trait de son talent. On reproche souvent à nos littérateurs de marcher trop servilement sur les traces de tel ou tel écrivain français et de n'avoii que très peu la physionomie canadienne. Ce n'est pas un reproche que l'on pourrait adresser au docteur L,aRue. Toutes ses oeuvres portent un cachet spécial ; elles ont l'accent de son pays, l'odeur du terroir, dans le bon sens de l'expression. Toujours il a une note personnelle qui en fait un écrivain plein d'originalité, sinon dans le sujet au moins dans la façon de dire.

"Ses débuts dans la carrière furent aussi faciles que brillants. L'Université Laval venait d'être fondée. Non seulement elle recrutait ses professeurs parmi les hommes les plus marquants dans chaque spécialité, mais elle les envoyait étudier en Europe et pour y compléter leurs études et pour y puiser une méthode d'enseignement encore inconnue parmi nous. C'est ainsi que cette institution envoya successivement à Paris MM. LaRue, Hébert, MM. les abbés Hamel, Legaré, Beaudet, Bégin, Chandonnet, Louis et Benjamin Paquet, puis MM. Langelier, Simard, Turcotte, Colston, ces deux derniers enlevés à la fleur de l'âge,

Le docteur LaRue alla étudier à Paris et à son retour, en, 1859, il reçut le piemier diplôme de docteur en médecine au milieu des fêtes du deux-centième anniversaire de l'arrivée de Mgr de Laval au Canada, fêtes qui eurent un grand éclat à Québec. Il est resté depuis ce temps jusqu'à sa mort un des professeurs les plus populaires de cette institution.

"Il débutait et il était déjà célèbre. C'est une terrible épreuve qu'une entrée aussi brillante dans la carrière ; c'est une terrible tâche de réaliser les espérances qu'on fait naître et de se tenir à la hauteur de la réputation où vous place la renommée avant de vous avoir mis à l'épreuve. Le docteur LaRue en sortit vainqueur. C'était une des voix autorisées parmi nous dans toutes les questions se rattachant à la science.

"Médecin habile, il était assez sceptique à l'endroit de sa profession, et n'avait qu'une médiocre confiance dans l'efficacité des médicaments, convaincu qu'il était que dans le plus grand nombre de cas la nature finit par triompher seule de la maladie. Il n'épargnait guère les médecins et lançait à l'adresse des disciples d'Hypocrate des traits qui auraient pu faire croire à des étrangers qu'il avait plus lu Molière qu'étudié les livres de médecine. Ce n'était pas une jalousie de métier qui 1 animait, mais le sentiment de l'impuissance de la médecine dans tant de maladies qui défient ses efforts.

"C'était un patriote, et il s'efforçait dans ses écrits de rendre service à ses concitoyens, soit en les éclairant sur leurs intérêts, soit en leur signalant leurs défauts.

"Pendant ces dernières années, le docteur LaRue s'est attaché à écrire sur des sujets d'une importance pratique, sur l'agriculture, l'horticulture, etc. Il a fait sur la matière d'excellents petits traités. C'était un vulgarisateur ; il savait mettre la science à la portée de tous. Ce n'est pas généralement la qualité des savants.

"Sincèrement dévoué à son pays, il ne voulait plus écrire que pour être utile à ses concitoyens. Il avait formé dans ce but une foule de plans que la mort ne lui a pas permis de mettre à exécution. C'est une

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perte sérieuse pour le pays, car il était arrivée à cette époque de la vie où l'homme donne généralement la pleine mesure de sa force et de son talent." (^)

Madame LaRue est décédée à Québec le 29 octobre 1905, et a été inhumée au cimetière Saint-Charles-

"Une femme distinguée par sa naissance, par son éducation, par ses vertus et par ses éminentes qualités, vient de disparaître, lisons-nous dans le Soleil du 30 octobre 1905. Nous avons, en effet, le chagrin d'apprendre à nos lecteurs la mort de madame Hubert La- Rue, décédée hier après-midi, après une douloureuse maladie qui a duré plusieurs mois. Elle a enduré toutes ses souffrances avec une patience, une résignation qui ont fait l'admiration de ceux qui l'ont assisté pendant ces rudes heures d'épreuve. Elle a été durant ce long martyre, ce qu'elle s'était montrée pendant toute sa vie, une femme de devoir, chrétienne, admirable.

"Il y a dix-huit mois passés qu'elle s'est sentie at" teinte, par le mal qui a fini par la terrasser. Avec le courage qu'elle possédait, elle avait cru l'avoir vaincu : C'était une illusion. Au mois de mai dernier, il est apparu de nouveau, décidé cette fois à ne plus transiger avec sa victime qui pourtant a fait une lutte qui a étonné les médecins eux-mêmes. Mais l'heure de la récompense suprême était arrivée pour cette sainte femme dont la vie tout entière a provoqué l'affection de ses enfants comme l'estime et l'admiration de ceux qui l'ont connue. Elle s'est éteinte tranquillement, sans plainte, tant elle était sûre qu'en quittant cette terre elle retournait au sein de ce Dieu qu'elle avait tant aimée et qu'elle avait si ^dèlement servi.

"En 1860, mademoiselle Panet, la défunte, épousait le Dr Hubert LaRue, cet homme d'esprit, ce médecin éminent, ce littérateur si fin, ce compagnon si charmant dont les gens de son époque gardent un précieux .souvenir. Il est mors le 25 septembre 1881, entouré des regrets de ses nombreux amis.

(^) IS Opinion Publique, 13 octobre i88i.

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