‹ La Famille Phaneuf-FarnsworthChapitre 6 sur 210 · BENJAMIN SULTE · texte numérisé non relu

BENJAMIN SULTE

"fr'

La Lignée

Par m. Nérée Beauchemin.

Oh ! qui pourrait redire, en quels pieux symboles, En quels accents de fête, en quels rythmes d'amour Le sens harmonieux de Thymne sans paroles, Qui, dans Tair réjoui, s'élève en un tel jour.

Il est si doux de suivre, au sentier de l'Ancêtre, Le long cheminement d'un cortège d'aïeux : Un invincible émoi nous trouble et nous pénètre, Et des pleurs de tendresse éblouissent nos yeux.

Elle fut si féconde, en effet, l'alliance De la douce Normande et du noble Saxon, Idylle où les pipeaux d'Angleterre et de France Ont soupiré leur plainte en un grave unisson.

Deux siècles ont vu naître et renaître l'aurore Sur la colline où gît l'heureux couple d'antan, Et les fleurs de mémoire y frémissent encore Comme sur les tombeaux d'Yseult et de Tristan.

L'anniversaire passe et revient. La famille Célèbre les printemps de ce passé lointain, Et le père à son fi!s, et la mère à sa fille, De Claude et Catherine, évoquent le de?tin.

L'humble postérité de la race qui sème, Malgré le sort, malgré les temps et leur rigueur, Au levant, au couchant, au sud, au nord, essaime, Affirmant au soleil sa native vigueur.

Du château des Farnsworth. la maison canadienne, N'a pas Tair orgue'Ueux ni le farouche aspect, Mais ses pignons en pointe et sa lucarne ancienne, A tous les mécréants, imposent le respect.

Le maître a chevronné le toit de pièces lourdes; Lui-même il enfonça les étançons du mur, Lui-même il équarrit la poutre et les lambourdes, En plein bois, dans le cèdre incorruptible et dur.

Il ne fut pas celui qui bâtit sur le sable; Il voulait, glorieux d'une juste fierté. Que sa demeure fût l'asile inviolable De son indépendance et de sa loyauté.

Le fronton du logis fut tourné vers l'église. Afin que les enants n'eussent qu'à se pencher A la vitre où l'azur du ciel se cristallise, Pour mieux voir, en priant, reluire le clocher.

Au vœu du bâtisseur hardi, la maisonnée Fidèle au Roy, fidèle à Dieu, n'a pas menti. Les nœuds les plus sacrés attachent la lignée Au berceau d'où l'esprit paternel est sorti.

Aujourd'hui, dans la paix de l'antique vallée, Nous venons, pèlerins d'un culte fihal, Sous l'égide du prêtre, à la même tablée, C'ommunier, au même autel familial

Des hauteurs où coula le flot du baptistère.

Jusqu'aux champs dont la gerbe est offerte au Seigneur,

Nous arrivent des voix qui ne veulent se taire,

Et les morts, de plus près, nous parlent de bonheur.

Est-ce un rêve ?... Dans quelle aube surnaturelle. Dans quel prestigieux demi-jour a brillé Je ne sais quelle image idéalement belle? Miracle! N'est-ce pas l'ange du jubilé?

Page 1