FRESNOY
Ne au château de Saint-Just, commune de FTeuilly-en- Thelle (Oise) le 3 octobre 1768.
Il fat d’abord officier au régiment de Bourbonnais (1785).
Il entra ensuite dans les mousquetaires du Boi (1792).
Le prince de Broglie attacha plus tard M. des Méloizes- Fresnoy à sa personne en qualité d’aide de camp.
Ardent royaliste, le marquis des Méloizes-Fresnoy fut forcé, sous l’Empire, de chercher un refuge hors de France. Dans le cours de son exil, il entreprit de venir au Canada visiter les familles avec lesquelles il était allié les de Lotbinière, les de Lery, les Juchereau Duchesnay, etc. Le navire sur lequel il s’était embarqué fut pris par deux frégates françaises et il dût renoncer à son projet.
La lettre suivante qu’il écrivait à son cousin M. Juchereau Duchesnay, le 2 juillet 1824, donne d’intéressants détails sur ses pérégrinations pendant cette époque tourmentée :
“ Plusieurs lettres que j’ai reçues de vous, mon cher cousin, me font vivement regretter que nous soyons aussi éloignés l’un de l’autre, et que les moyens de correspondre ne nous soient pas faciles. Il parait qu’aucune de mes lettres ne vous sont parvenues ; j’ai il y a longtemps écrit à M. de Lotbinière et je n’ai pas eu plus de succès. M. de Saint-Denys vient de m’écrire pour m’offrir très obligeamment de se charger de cette lettre, en m’apprenant qu’il a des moyens assurés de vous la faire parvenir, et je saisis avec empressement une occasion aussi favorable. Que d’événements, mon cher cousin, se sont succédés depuis que nous nous sommes vus; après dix années passées hors de France, je suis parvenu à y rentrer et je n’ai joui que bien peu de temps du bonheur inexprimable de revoir mon bon et respectable père dont j’ai
reçu deux ans après les derniers soupirs, et quatre ans après cet affreux malheur ceux de mon excellente mère. Dans le cours de mon exil j’ai entrepris de me rendre en (’anada. Il eut été bien consolant pour moi puisque la France m’était interdite de pouvoir arriver dans un pays où j’avais des parents et des amis. Je n’ai pas eu cette satisfaction. Je fus arrêté au milieu de la traversée par deux frégates françaises la Décade , capitaine Rolland, et la Néréide, capitaine Pépin. Je me donnai pour sujet de Sa Majesté Britannique et je me tirai ainsi d’affaires. Je n’ai pas oublié que votre père mit à Londres une somme à ma disposition pour entreprendre ce voyage; je n’usai point de ce secours par la crainte que j’avais de ne pouvoir en effectuer la remise, mais je conserverai toute ma vie le souvenir de cette bienveillante attention.
“Je suis marié et aujourd’hui père d’une nombreuse famille. J’ai sept enfants dont quatre garçons. L’aînée de mes filles vient d’épouser son cousin germain fils aîné de ma sœur aînée. Mes autres filles sont encore trop jeunes pour être établies. Je vis aujourd’hui à Blois où je me suis marié. J’y ai une petite aisance et j’ajoute à mon revenu les appointements de secrétaire-général de la Préfecture qui sont de trois mille francs.
“ Peu d’années avant son décès mon père avait reçu plusieurs lettres du vôtre, et dans ces lettres il lui témoignait le plus ardent désir de quitter le Canada et de venir s’établir en France après avoir vendu sa terre de Beauport. Malgré toute la satisfaction que nous aurions •éprouvée de voir revenir au milieu de nous un parent des procé iés duquel nous avions tant à nous louer, mon père en fit le sacrifice et le dissuida d’une pareille résolution, qui dans le fait n’était pas sans dangers pour sa fortune et sa famille dans un temps où notre pays se ressentait si vivement des affreuses secousses qu’il avait éprouvées.
“ Juchereau l’aîné est fort avancé au service, il est à la ■veille d être fait maiéchal de camp. Il est décoré de plu-
"sieurs ordres et est commandeur de l’ordre royal de la Légion d’honneur. C’est un officier très distingué. Il a une fille qui annonçait devoir être et que l’on m’a dit être devenu fort jolie et très spirituelle.
“ Son frère cadet est dans la magistrature.
“ Adieu, mon cher et bon ami, recevez les affectueux compliments de ma femme et de mes enfants, et les regrets qu’ils ont de ne pas vous connaître, et de n’avoir pas même l’espérance de vous voir.
Mes sœurs à qui j’ai fait part de l’amitié que vous voulez bien conserver à notre famille y ont été très sensibles et me chargent de leurs affectueux compliments. L’aînée est veuve de M. de Mepjot, gentilhomme normand, qui était propriétaire dans les environs de Blois. La cadette a épousé le marquis d’Aux, dans la province du Maine. Ma sœur aînée a deux fils dont l’aînée a épousé ma fille ; ma sœur cadette a un fils et trois filles.
“ Puisque vous avez de l’amitié pour nous j’ai lieu de penser, mon cher cousin, que ces détails ne vous paraîtront pas de trop.
“Adieu, encore une fois ; soyez assuré de mon tendre souvenir et conservez toujours mémoire de moi.
“ Vous avez en Canada une branche de la famille de Salaberry. Le père de ma femme, le comte de Cheverny, était cousin germain du comte de Salaberry, aujourd’hui député à la Chambre des départements (sic). Ainsi par moi et par ma femme vous voyez que nous sommes liés au Canada.
“ Je pense que mes plus proches parents sont aujourd’hui M. de Lotbinière, vous et M. de Lery et que mon père btait allié à un grand nombre de Canadiens dont plusieurs sont restés dans ce pays et y ont des descendants. Je regrette beaucoup d’avoir été arrêté en chemin et de n’avoir pas fait la connaissance de cet excellent pays.”
Le marquis des Méloizes-Fresnoy fut fait chevalier de •Saint-Louis par Louis XVIII en récompense de sa fidélité 4 la cause royale.
Le marquis des Méloizes-Fresnoy mourut à Blois le 8 mai 1841.
Il avait épousé, à Blois, le 22 novembre 1802, Aimée- Zéphirine, fille de Bernard-Marie-Joseph-Pierre Dufort, comte de Cheverny, et de Elisabeth de Cabneil.
Elle décéda au château du Breuil (Loir et Cher) le 10 octobre 1837.
De leur mariage naquirent quatre fils et trois filles :