‹ La famille TachéChapitre 11 sur 69 · ETIENNE-PASCHAL TACHÉ · texte numérisé non relu

ETIENNE-PASCHAL TACHÉ

" Né à Saint-Thomas de Montmagny le 5 septembre 1795.

" La famiille Taché dans les veines de laquelle

(i) F.-M. Derome, Le Foyer canadien, tome IV, p. 432.

coule le sang de Louis Joliet, découvreur du Mississipi, jouissait d'une fortune opulente ixvant la conquête qui opéra la ruine complète de sa prospérité matérielle. Voilà pourquoi sir Etienne et ses frères ne purent recevoir qu'une éducation secondaire, leur père ayant eu à élever sa famille avec de très faibles moyens.

" A la déclaration de guerre de 1812, sir Etienne ayant offert spontanément et volontairement ses services, entra comme enseigne dans le 5ème bataillon des milices incorporées ; il n'avait pas encore alors complété sa dix-septième année. Il fut bientôt fait lieutenant et passa dans le corps des Chasseurs Canadiens avec lequel il fit toutes les campagnes, prenant part à plusieurs engagements, notamment à la bataille de Plattsburg dans laquelle il perdit dix-huit hommes de sa compagnie, moissonnés par le feu de l'ennemi, (i)

'* Le jeune soldat profitait des rares moments de repos que le service lui laissait pour s'instruire luimême, et ce fut dans ces heures d'étude qu'il résolut de s'adonner à la médecine.

** Au sortir de l'armée à la conclusion de la paix, il continua ses études médicales (commencées au sein de la vie des camps et de garnison) sous la direction de feu M. Pierre de Sales Laterrière, alors médecin pratiquant à Québec.

*' Comme le Canada offrait alors peu de moyens de rendre complètes les difficiles études de la médecine, il alla compléter ses cours à Philadelphie.

(i) Dans une lettre au lieutenant-colonel James Stevenson, datée de Montmagny le 29 mai 1863, sir E.-P. Taché raconte la part qu'il prit à la guerre de 1812. Voir Transactio7is of the Literary and Historical Society of Québec; Sessions 0/ 187-8, p. 14.

' ' De retour dans son pays avec le titre de médecin (i), il alla, en 1819, s'établir dans sa paroisse natale, Saint-Thomas de Montmagn}^ où il pratiqua sans interruption son art pendant le long evSpace de vingtdeux ans, desservant avec un zèle et une habileté qui ne sont point encore oubliés une immense pratique, composée des habitants de sa localité et des paroisses environnantes.

' * Le docteur Taché sentait, avec tous ses compatriotes, les injustices auxquelles les Canadiens-français étaient soumis pendant cette longue période de luttes qui, commencée presqu'au sortir d'une guerre dans laquelle, après avoir généreusement et sagement repoussé les trompeuses avances du peuple américain, ils avaient versé leur sang pour la mère-patrie, se termina par la malheureuse péripétie de 1837 et 1838. Au moment du soulèvement qui se fit dans le district de Montréal, le docteur Taché était partisan de la politique de M. Papineau, mais on pourrait ranger les opinions qu'il entretenait alors entre celles de ceux de nos compatriotes qui poussaient à la résistance armée et les opinions de ceux qui ne voyaient, en cela, de possible qu'une épouvantable catastrophe.

" Il était, pour le gouvernenierit-d'^alors, au nombre des suspects et lorsque M. A.-N. Morin, poursuivi par les autorités, vint chercher refuge au sein des populations de la Côte du Sud, le docteur Taché fut un de ceux qui le reçurent et le protégèrent. Le pouvoir en eut nouvelle et, dans la supposition que sa maison serv^ait de refuge, de salle de conseil et de dépôt d'armes, un magistrat, accompagné d'une forte escouade de police, eut ordre d'opérer une descente chez

( I ) Il obtint sa licence du Bureau médical du Canada-Est le 18 mars 1819.

iVA

lui, avec injonction de l'arrêter si l'on réussissait à constater le moindie fait à sa charge. La police, descendue de nuit à Saint-Thomas de Montmagny et arrivant inopinément au sein de la famille éplorée, ne trouva chez le docteur Taché, en ce moment absent de sa maison, qu'un fusil de chasse, une paire de pistolets et son vieux sabre de 1812 ; le magistrat et ses hommes se retirèrent en hâte après ces recherches infructueuses.

' * Aux élections qui suivirent la promulgation de l'acte d'Union, auquel il était opposé comme tous les Canadiens, M. Taché fut élu, en avril 1841, député à l'Assemblée législative par le comté de l'Islet ; il fut <7 réélu en novembre 1844 par le même comté, qu'il re-

présenta jusqu'au ler juillet 1846, date à laquelle, sur r avis de ses amis et collègues les chefs du parti bas- ,;.' * canadien, il accepta le poste d'adjudant-général des

milices du Bas-Canada. Il occupa cette charge jusqu'au II mars 1848.

" A cette dernière date, il entra, sur les pressantes instances de M. Lafontaine, appelé par Son Excellence lord Elgin à former une nouvelle administration, dans le ministère Lafontaine-Baldwin, avec le porte- N, feuille de commissaire en chef des Travaux Publics, et fut nommé conseiller législatif le 23 mai 1848.

" On connait les violences qui eurent lieu à Mont-

Oj ; réal durant la seSvSion de 1849, à propos de l'Acte d'in-

^ demnité pour les pertes de 1837-38. Lesémeutiers, non

contents d'avoir brûlé le Parlement, et, avec l'édifice,

\ I les archives du paj'-s et une magnifique bibliothèque,

. , y/^ I en voulaient à la vie même du premier ministre d'alors,

I M. Lafontaine. Les amis de l'éminent homme d'état

I veillaient sur ses jours et, parmi ceux-ci, nul ne le

I faisait avec plus de soin que son collègue et intime

j ami, M. Taché.

Sir Etienne-Paschal Taché

" La scsvsion de 1849 venait d'être close et il semblait que les pas.sions étaient sur le point de se calmer, lorsqu'on eut vent qu'on méditait une attaque contre la maison de M. Lafontaine. Immédiatement M. Taché organisa une petite troupe d'élite qui alla sous ses ordres s'installer chez le premier ministre, déterminée à le défendre ou à mourir avec lui. La maison fut en effet attaquée la nuit même qui suivit ces dispositions ; mais les émeutiers prirent la fuite, en voyant tomber mort un des leurs au premier assaut.

*' On se rappelle la fière réponse que fit M. Taché à l'enquête qui eut lieu sur le corps de la malheureuse victime de cette triste affaire.

** — Qui a tiré dans cette occasion, lui demanda- ^^-cJfqxtt-on ?

isf O-i?

" — L'honneur me défend de le dire, fut la ré- \"^'' ^ ^<-

ponse. ^M Cl ^tir^

" — Etiez-vous armé et avez- vous tiré, ajouta- " '

Ce 5ér-iT y

" — J'étais armé jusqu'aux dents. Je n'ai 'pas c^ijc

tiré, parce que je réservais tous mes coups pour les dé- *^ta jr-

livrer à bout portant ! ^^--"^^ — - — ^"^ ^ U

"M. Taché fut membre de toutes les administrations qui se succédèrent de 1848 à 1856, occupant successivement les charges de commissaire des Travaux Publics et de Receveur Général.

" En avril 1856, il fut appelé par Son Excellence le gouverneur-général pour reconstituer l'administra- <2ir

lion qui prit, sous sa direction, le nom de Taché- Mâcdonald, le premier ministre occupant le fauteuil d'ora- y.v'C <^'

teur du Conseil législatif. . ^i^ ^ /x«rV^

" En juillet 1857, le premier ministre, déjà '»

orateur du Conseil législatif, se chargea encore de la direction du ministère des Terres de la Couronne. Ce

'Le

lu \LVVV

fut alors qu'il imagina et mit en commencement d'exécution, en faveur de la colonisation, cette magnifique idée de la construction du grand chemin aujourd'hui connu sous le nom de chernin Taché.

" Dans l'automne de 1857, ^^- Taché, fatigué de sa longue carrière politique, résigna sa situation de premier ministre de la Couronne, sans cependant cesser d'occuper son siège de membre à vie du Conseil législatif.

" Kn 1858, il fut appelé en Angleterre, où Sa Majesté voulut bien lui conférer elle-même le titre de chevalier ncnight). (i)

" Depuis l'époque de sa résignation, sir Etienne Taché se reposait au sein de sa famille, dans sa jolie résidence de Saint-Thomas de Montmagny, qu'il ne laissait que pendant les sessions du Parlement, qui le voyait toujours fidèle à son poste au Conseil législatif, ou pour assister aux séances du Conseil de l'Instruction Publique dont il était le président. Il a encore été membre de la commission des chemins de fer, en 1851, et directeur du chemin de fer du Grand Tronc, de 1852 à 1855.

" Le 13 juillet 1860, sir Etienne fut nommé aide de camp de la Reine avec le grade de colonel dans l'armée régulière: ce fut en cette dernière quahté qu'il fit partie de la suite ofîicielle du prince de Galles, pendant tout le cours du voyage de Son Altesse en Canada.

^* Dans le cours de l'année 1862, le Souverain

(1) Dans Canadiana, vol. I, p. 190, on trouvera un intéressant récit signé W. B. L. (Lamb) de l'investiture de sir E. P. Taché, comme chevalier par Sa Majesté la reine Victoria, au château de Windsor, le 13 novembre 1858.

Pontife fit à sir Etienne Taché l'insigne honneur de le nommer commandeur de l'Ordre de Saint-Grégoire le Grand, classe militaire.

" Lors de l'affaire du Trent, sir Etienne Taché prit une large part aux travaux de la réorganisation de la milice et fut l'un des membres les plus actifs de la commission de milice, alors instituée sous la présidence du colonel Eyson.

'' Lors de la crise politique qui accompagna la chute du ministère Macdonald-Dorion, en 1864, sir Etienne Taché fut successivement recherché par les deux parties qui se partageaient les chambres ; il refusa d'entrer en négociations avec le ministère récemment déchu pour cause de divergence absolue d'opinions ; son refus fit échouer toutes les tentatives de reconstruction. Le gouveriieur le fit alors appeler pour lui confier le soin de former une administration ; il avoua à Son Excellence qu'il se sentait une répugnance bien grande à rentrer dans la vie publique active ; cependant, toutes les autres ressources étant épuisées, il consei^tit enfin et l'administration Taché-Macdonald fut formée (30 mars 1864), sir Etienne occupant les charges de ministre de la milice et de receveur- général. ^. / -f^^ï^X

"L'état des partis en (chambre était tel, néârTmoins, que peu de mois après le ministère fut battu. On venait presque de sortir d'une élection générale, une nouvelle élection devenait nécessaire, à moins d'en venir à un accommodement avec la majorité adverse du Haut-Canada qui causait tout l'embarras. Cet accommodement eut lieu sur des bases tout à fait nouvelles. Le ministère, devenu par l'adjonction de deux membres de l'opposition haut-canadienne un ministère de coalition, reconnaissait que le pa5^s en était venu à

^^^tj:

' un état de choses qui nécessitait des changements radicaux dans la constitution, et qu3 le seul moyen de tirer le Canada de l'imbroglio oii il se trouvait était l'adoption d'un plan de Confédération, dont les détails étaient laissés à de futures délibérations.

" Ce fut en conformité de cet arrangement qu'eurent lieu à Québec, en octobre 1864, les célèbres conférences des délégués de toute3 les provinces de l'Amérique Britannique du Nord. Sir Etienne Taché fut le président de ces conférences dont les travaux x)nt marqué le commencement de la maladie qui l'a conduit au tombeau.

" C'est après avoir passé par tous ces travaux, toutes ces charges et tous ces grades que sir Etienue- Paschal Taché, âgé de 70 ans, est mort à sa résidence de Saint-Thomas de Montmagny, dans les bras de sa famille et muni de tous les secours de l'Eglise, le dimanche 30 juillet 1865, à deux heures moins dix minutes de l'après-midi.

*' Ses funérailles eurent lieu le mercredi, 2 août, au milieu d'un immense concours de citoyens venus de tous les points du pa3^s. Son corps fut inhumé dans le cimetière de Saint- Thomas de Montmagny. (i)

*' Ayant ainsi esquissé à grands traits les principaux événements de la vie d'une de nos plus belles gloires nationales, disons un mot de l'homme luimême et de^'ses derniers moments.

"" Sir Etienne-Paschal Taché était avant tout un homme de foi, aimant l'Eglise et toujours prêt à la servir. Magnifiquement doué sous le rapport de l'in -

(i) En juin 1883, le corps rie sir K.-P. Taché fut transporté dans le terrain réservé à la famille Taché dans le nouveau cimetière de Saint-Thomas de Montmagny.

telligence, et il l'était encore plus sous le rapport du caractère, cette qualité aussi précieuse que rare et qui n'est donnée en partage qu'à ceux qui croient el qui se dévouent. Faisant assez bon marché des choses de médiocre importance, dans lesquelles il se montrait plein de conciliation, il était inflexible dans les grandes choses et immuable dans ses principes, en faveur desquels il déployait dans l'occasion une énergie qui ne s'est jamais un instant démentie dans le cours de sa longue et laborieuse carrière.

" Sir Etienne Taché a été un des orateurs les plus distingués de nos chambres; sobre de sa parole, il ne parlait pas très souvent, mais il parlait toujours avec effet ; ses discours, dans les grandes occasions, étaient toujours semés de quelques unes de ces phrases qui restent, parce qu'elles peignent et caractérisent la chose, la personne, ou la situation. Sir Etienne Taché savait aussi écrire, comme le prouvent, entre autres, les quelques écrits suivants qui restent de lui, savoir : une étude sur l'éducation physique publiée dans le recueil appelé le Répertoire National (i), un mémoire historique sur le combat de Plattsburg, publié dans le recueil de la Société Historique de Montréal (2) et une brochure sur la milice publiée à Québec, et signée Un Vétéra^i. (3).

(i) Première édition, vol. iv, p. 362; seconde édition, vol. IV, p. 364.

(2) Guerre de 18/2 à 18 1§. Bataille navale du lac Chatnplain, par un témoin oculaire — Mémoires et docuvients publiés par la Société Historique de Montréal^ troisième livraison, p. 145.

(3) Quelques réflexions sur V organisation des volontaires et de la milice de cette province ^ par un Vétéran de 181 2 — Québec : des presses à vapeur de A. Coté et cie — 1863.45 p p. in

"Mais ces choses, toutes belles et bonnes qu'elles soient en elles-mêmes, ne seraient, après tout, que des choses bien inutiles pour l'homme qui ne couronnerait pas son existence par une mort chrétienne. Savoir mourir, voilà le savoir par excellence : bien mourir, voilà l'acte par excellence. Sir Etienne Taché n'avait pas attendu le moment de la mort pour y penser ; mais à mesure que le mal qui le minait faisait des progrès, il y pensait de plus en plus et, plusieurs jours avant l'heure fatale, il cessa tout à fait de se préoccuper des affaires de ce monde, pour ne plus songer qu'à paraître devant son juge.

"Sa maladie ne semble se rattacher, de l'avis des médecins qui l'ont soigné, à aucune affection organique, mais avoir été un affaiblissement graduel des forces vitales. Pendant les huit ou neuf mois qu'il s'est ainsi senti affaiblir petit à petit, sir Etienne Taché n'a point vu son intelligence partager les faiblesses du corps et n'a point perdu le sommeil, excepté dans les derniers jours de son existence. Pendant les deux dernières vingt-quatre heures qu'il a passé sur la terre, sauf la dernière heure d'une agonie parfaitement tranquille, il a souffert énormément, mais avec calme, de spasmes dans les entrailles et dans l'estomac ; il avait heureusement avant ce temps reçu la Sainte Communion ; car il fut ensuite tourmenté de vomissements presque continuels. An milieu de ces douleurs il restait composé, se recommandant à Dieu et se contentant d'accorder à la nature des gémissements dans les moments des plus grandes souffrances. Ses forces diminuant, il reçut l' extrême-onction, après laquelle il se faisait dire tout haut de temps à autre, par sa fille, qui ne l'a pas laissé d'un instant depuis ce moment, les actes de foi, d'espérance, de charité et de contri-

tion, qu'il répétait tout bas. Il embrassait souvent son crucifix avec amour.

" — A un moment où il paraissait souffrir horriblement et oii ses gémissements arrachaient des larmes à sa famille réunie autour d^ son lit de douleur, quelqu'un de la famille lui dit :

" — Courage ! Unissez vos souffrances à celles du Sauveur sur la croix ; dans peu vous serez dans le Ciel.

" — Oui, mes chers enfants, répondit-il, d'une voix ferme, j'ai confiance dans la miséricorde de mou Dieu, je devrais peut-être ne pas me plaindre ; mais c'est cette pauvre nature qui se lamente ainsi.

" C'est dans ces sentiments qu'il est arrivé à la dernière phase de sa vie ; vers une heure de l'aprèsmidi, il a semblé s'endormir d'un sommeil d'agonisant qui termina, une heure après, paisiblement sa carrière terrestre.

"Nous avons voulu donner ces quelques détails recueillis par ceux qui ont assisté aux derniers moments de sir Etienne- Paschal Taché comme sujet d'édification. Ceux que les desseins de la Providence ont appelé aux dignités de ce monde doivent aux autres l'exemple. Le spectacle d'une mort chrétienne est un grand enseignement dont tous peuvent profiter et dont nous voudrions voir surtout profiter les malheureux qui travaillent à affaiblir chez le peuple canadien cette foi vive qui fait la force des peuples, cette foi et ces œuvres qui font le salut éternel des âmes."(i)

"Sir Etienne Taché, dit M. de Gaspé, était ce que les Anglais appellent a self made man, que je tra-

(i) Le Courrier du Canada, 9 août 1865 (article de M. Eugène Renault) . Sur sir Btienne-Paschal Taché on peut consulter Henry-J. Morgan, Sketches of celebrated Canadians, p. 680, et Courrier du livrée, vol. IV, p. 240.

diiirais : un homme oui s'est formé lui-même. Les

JL

deux souches de la famille Taché n'étaient pas également favorisées de la fortune : le seigneur de Kamouraska était riche et n'avait qu'un seul enfant, tandis que son frère peu fortuné était en outre chargé d'une nombreuse famille et partant empêché de lui donner une éducation aussi libérale qu'il l'aurait désiré, mais, sir Etienne a tout ployé sous sa volonté de fer, et brisé tous les obstacles. Il est devenu un habile médecin à force de persévérance et d'énergie ; il a fait plus: ses amis connaissant la violence naturelle de son caractère redoutaient pour lui les luttes de la tribune, mais par un effet de sa volonté d'airain, il réussit à dompter sa nature inflammable, comme le salpêtre, et il s'est constamment montré calme, froid et déférant dans ses rapports politiques avec ses concitoyens et dans les débats parlementaires. Se vaincre soi-même me parait le plus grand, le plus noble et le plus difficile des triomphes, "(i)

" Sir Etienne, écrit à son tour l'honorable M. Chauveau, n'avait reçu qu'une instruction incomplète dans son jeune âge ; il a dû son avancement à ses talents naturels, aux études qu'il sut faire de lui-même, à ^on énergie et à Theureuse combinaison des qualités qui formaient son caractère actif et courageux, mais en même temps prudent et persévérant. Dans les rangs de l'opposition dans l'Assemblée législative, il fit plusieurs excellents discours, pleins de feu et débités avec une grande éloqrence, mais aussi bien nouvris de faits et d'arguments. Transporté au Conseil législatif, chargé d'e^ipliquer les mesures du gouvernements à un auditoire dijfficile à passionner, obligé de parler le plus

e cuvent une langue qui lui était moins familière, il à^ P^ ■ . -h- r- '

(i) Mémoires, p. 537. i^

s'acquitta de cette nouvelle tâche avec tact et succès, mais sans pouvoir y déployer, bien souvent, les qualités oratoires qui lui étaient propres."(i) r 1

Sir Etienne- Paschal Taché avait épousé, à Québec, le i8 juillet 1820, Sophie, fille de Joseph Baucher dit Morency, navigateur, et de Marie-Angélique Fraser.

Lady Taché décéda à Saint-Thomas de Montmagny le 30 avril 1883, et fut inhumée dans le cimetière paroissial.

" Souffrant depuis deux mois d'une maladie du foie, lady Taché vit venir lentement la mort, et dans les derniers^ jours de sa vie, lorsque les secours de l'art médical furent déclarés impuissants à la sauver, elle avait fait généreusement le sacrifice de son existence. Chrétienne fervente, elle n'avait pas attendu au dernier moment pour se préparer à la mort et lorsque sa dernière heure a sonné, elle était prête à paraître devant son Créateur. Avant de rendre le dernier soupir, elle avait eu le bonheur de recevoir toutes les consolations de l'Eglise, et la rare jouissance de voir autour de son lit de mort les cinq enfants qui lui survivaient : double bonheur que le bon Dieu lui avait ménagé en récompense d'une carrière sans reproche.

" Lady Taché avait vu le jour à Québec, le t8 janvier 1800, et lorsque, en ses dernières années, des amis de la famille lui demandaient son âge, elle se plaisait à dire qu'elle était née avec le siècle. vSon père, Joseph Morency, était capitaine au long cours et pilote du Roi, et sa mère, Angélique Fraser, était ! alliée à ces héroïques montagnards écossais qui combattirent si vaillamment sur les Plaines d'Abraham l contre les non moins héroïques ancêtres de feu sir E.- P. Taché.

{j) Journal de Pinstrudïon pu6ltçue,2uil\et et août 1865, p. 107.

*' Toute jeune encore, lady Taché fut confiée aux dames Ursulines de Québec et c'est dans cette sainte maison qu'elle puisa cette éducation saine qui fait la bonne mère de famille et la femme forte contre les tribulations de la vie. En feuilletant les intéressantes annales des Ursulines de Québec, on trouve dans la liste des élèves de 1800 à 1820, son nom mêlé aux noms d'une foule de jeunes filles qui occupèrent plus tard, les plus hautes positions dans notre monde social. Pour ne citer que quelques-uns de ces noms, lady Taché avait eu pour compagnes de couvent : lad}' Lafontaine (née Adèle Berthelot), lady Belleau (née Josephte Gauvreau), lad}' Routh (née Louise Taschereau), madame Panet (née Josephte Baby), madame Charles Taché (née Henriette Boucher de la Broquerie), madame Polette (née Henriette Dubuc), madame Duchesnay (née Suzanne Taschereau), madame Paschal de Sales Laterrière (née EulaJie Dénéchaud), madame Letellier de Saint-Just (née Marie Casgrain), etc., etc.

" JUe jour même de son mariage, lady Taché laissa Québec pour Saint-Thomas de Montmagny et depuis cette date, malgré les absences indispensables nécessitées par les déplacements forcés de son digne époux, elle tint à honneur de se compter pour une enfant de cette paroisse. Comme elle était heureuse quand après une série de pérégrinations imposées par la position politique de feu sir E.-P. Taché, elle se dit qu'elle ne laisserait plus son Saint-Thomas de Montmagny !

" D'un caractère exceptionnellement ferme, lady Taché lorsque sir Etienne aborda l'orageuse mer politique, porta lestement sa large part des fatigues du jour, et dans les temps difîiciles elle se montra à la hauteur

Fra*^çois-Jacqi:es-Albert Bender

rr

de sa position. Ce qui ne l'empêcha pas de surveiller avec un soin scrupuleux l'éducation de sa nombreuse famille. Ht la preuve que les tribulations politiques ne lui firent pas perdre de vue ses devoirs de mère, nous la trouvons d'abord dans le fait que tous ses enfants lui font honneur, et ensuite dans le fait non moins concluant que jamais mère n'a été plus vénérée de ses enfants." (i)

Du mariage de sir Etienne-Paschal Taché et de i Sophie Baucher dit Morency naquirent quinze enfants -^^ \ (2):

Page 1