XV. Louis-Jules-Emile Taché
Né à Saint-Thomas de Montmagny le 30 mai
Il fit ses études classiques, partie au séminaire de Québec, partie au collège des Jésuites, à Montréal.
En 1868, il entrait au département des Terres de la Couronne de la province de Québec. Il y resta jusqu'à sa mort.
M. Taché décéda à Québec le 19 mars 1897, ^^ fut inhumé au cimetière de Saint-Thomas de Montmagny.
*' Laborieux jusque dans ses loisirs, M. Taché étudia la peinture sans le secours des maîtres. Le talent dont il fit preuve et l'éclatant succès qu'il remporta dans sa carrière, font présumer la perfection à laquelle il eut atteint, si, partageant la bonne fortune de confrères plus heureux que lui, il eût fait son tour d'Europe, travaillé sous le regard des maîtres italiens^ ou français. Un petit incident de sa vie d'atelier mettra bien en relief la vérité de cette assertion. Plusieurs connaissent l'œuvre remarquable du peintre Dumont : Les Mousquetaires, autrefois propriété de M. Dubail, consul de France à Québec et dont Monseigneur C.~0. Gagnon est actuellement l'heureux
Marie-Joseph-Félix Albert Gauthier
possesseur. L'honorable M. Angers ayant exprimé le désir d'en avoir une belle copie, chargea M. Jules Taché de l'exécuter. Celui-ci se mit à l'œuvre. Son travail achevé, il invita le lieutenant-gouverneur à venir lui-même choisir ses copies qu'il avait exposées en regard des originaux. L'honorable M. Angers se trompa ! ce qui fit le plus grand honneur au talent de M. Taché !
" Entre autres excellentes copies d'œuvres de maîtres, on signale encore de lui une Scène arabe, de Lévy, une Scène norvéyiemie , de Bourgeois, les Moi^sqîietai?es, de Dumont, le Danube, etc.
" A l'exposition provinciale de Québec de 1887, deux de ses peintures remportèrent le premier prix: Le Goûterai Les Carafes. L'œuvre complète de M. '1 Jules Taché se compose d'au-delà de cinquante petits / tableaux, natures mortes, paysages, marines et portraits. Les paysages appartiennent presque tous à Saint-Thomas de Montmagny, sa paroisse natale. L'un d'eux cependant rappelle un site du Cap Saint-Ignace: Le Moulin des Bossé à V anse à Gilles.
" Quant aux niariiies elles sont, pour une bonne moitié, des réminiscences d'une course en yacht dans la Gaspésie. Les autres représentent des lacs et des rivières aimés de l'auteur, le lac Bleu, le bras Saint- Nicolas, \2c rivière du Sud, etc., etc. Je me suis laissé raconter qu'une scène d'hiver, Le Havre de Québec, qui se trouve aujourd'hui à Marseille et qu'un Français connaisseur lui avait acheté au prix coûtant d'un morceau d'art, était bien son œuvre capitale.
"M. Jules Taché était encore plus modeste qu'habile, et voilà comment il se fait que tant de gens ignorent son talent inné pour la peinture.
"L'on eût bien étonné cet homme de bien en lui
prophétisant, l'année dernière, que le jour où Ton chanterait dans l'église de Saint-Thomas de Montmagn3^ le service anniversaire de son beau-frère, serait celui de ses funérailles. C'est pourtant ce qui est arrivé ce matin, et entre le Requiem du bout de l'an récité pour le repos de l'âme du regretté docteur Marmette, et la messe des morts célébrée sur son propre cercueil, il ne s'est pas écoulé une heure. Etonné, certes, il l'eut été, cet excellent chrétien, qui paraissait alors jouir d'une santé exhubérante, mais effrayé? Nullement. Il était de ces catholiques admirables qui fixent la mort et la regardent comme une lumière, qui voient en elle une aurore qui grandit et non plus des ténèbres qui s'amoncellent ; au lieu d'une tombe qui se ferme, un portique qui s'ouvre et Dieu qui apparaît pour être à jamais contemplé.
"Un événement grave, qui fit époque dans la vie de cette âme d'élite, m' eu explique la sérénité. C'était le 29 juillet 1S65. lyà-bas, à Saint-Thomas de Montmagny, sir Etienne- Paschal ^aché agonisant, iissis dans un fauteuil, regardait, de la fenêtre de sa princière demeure, se coucher le soleil. Près de lui, Jules Taché, le Benjamin de ses enfants — il avait alors vingt ans — se tenait silencieux, n'osant pas interroger la méditation suprême de son père, tout à l'extase de l'incomparable spectacle. Seulement, quand l'astre eut disparu derrière les Ivaurentides, devant la splendeur de ce ciel et la féerie de ce panorama tout ruisselant de rayons, sir Etienne s'écria d'une voix navrée :
" — Comme c'est beau ! Si le bon Dieu voulait, mon petit Jules, on vivrait bien encore ".
"Puis, brusquement, avec cette fausse rudesse de la voix qu'affectent tous ceux-là qui se surprennent,
Louis-Jules-Emile Taché
devant témoins, à s'attendrir sur eux mêmes, le premier ministre ajouta :
" — Non, mon petit Jules, pas de regrets à mon âge, disons lui plutôt tous les deux ensemble : "Que votre volonté soit faite."
'%e lendemain matin, à l'église, les cloches sonnaient le glas de sir Etienne.
**M. Jules Taché, qui m'a souvent raconté ce so- / lennel épisode en était encore, à trente ans de distance, remué jusqu'aux larmes. Pour lui la pensée de la mort, toujours présente, s'identifiait avec le souvenir de cette apothéose de lumière et loin de s'émousser avec l'âge cette radieuse impression s'accentuait en lui de plus en plus,
" Car il était fervent chrétien, dévot même au -Strict sens de ce mot-là. Congréganiste, tertiaire, il appartenait je crois à toutes les confréries de la ville et participait à toutes les bonnes œuvres. Ce qui ne l'empêclipit pas d'être homme du monde et de commerce absolument aimable. Il se rappelait sans doute ce que François de Sales disait : un saint triste est un triste saint, et savait le dommage que causent à la religion même les bigots et les grincheux. Aussi quel charmant caractère que ce Jules Taché et comme il faisait bon s'appuyer sur une amitié aussi sûre. Ses confrères de bureau au Département des Terres de la Couronne en savent quelque chose je crois. Et quel boute-en-train en vacances ! Malgré les soucis et la fatigue inévitable de l'âge mûr, son coeur et son visage avaient conservé l'inestimable jeunesse de leur vingt-cinq ans. C'était avec une joie presque qu'il me racontait un jour : " Si vous saviez comme mes garçons me font plaisir quand ils disent à leurs camarades que je suis leur meilleur ami !"
*' Le meilleur aini, il le fut de plusieurs ce sympathique Jules Taclié. Ils étaient nombreux et difficiles à compter dans cet imposant cortège qui descendait hier la rue Saint-Louis à la suite de son cercueil.. Et ce matin combien sont- ils encore à Montmagn}^ les autres intimes avec qui les absents de Québec partagent leur deuil et leurs prières ?
" Il est parti hélas! oui, bien parti cette fois pour Saint-Thomas de Montmagny; il va, au milieu de ses chers morts, endormi comme eux dans le Seigneur, reposer dans le cimetière de sa paroisse natale, beatam fesiirrectionem expedans. ''Il ne viendra plus vers nous, mais un jour nous irons vers lui, "comme il nous fut promis au Livre des Rois.
" Et que nous importe qu'il soit allé si loin ! Eûtil été plub près de nous à Belmont qu'à Saint-Thomas de Montmagny ? Fénelon consolait les pires douleurs lorsqu'il disait avec une suavité supérieure encore à son merveilleux langage: "Ceux-là que nous avons aimés et que nous avons perdus ne sont plus là où ils étaient, mais partout et toujours où nous sommes. "(i)
M. Taché avait épousé, à Saint- Jean-Baptiste de Québec, le 2 septembre 1867, Marie- Anne- Jeanne, fille de Prosper Bender, avocat, député-greffier de la Couronne et de la Paix, et de Mary-Ann-Jane McMillan.
Enfants :
I . Etienne-Jean-Paschal Taché né à Québec le 3 juillet 1868. Employé civil. Il a épousé, à Sherbrooke, le 6 avril 1896, Laura-Rebecca, fille de feu Ferdinand Fraser et de Caroline Saint - Germain. Enfants :
(i) Ernest Myrand, Courrier du Canada, 23 mars 1897.
Prosper-Jules-Gaspard Taché
Antoine - Etienne - Eugène - Maurice Taché né à Québec le 29 août 1900.