‹ La famille TachéChapitre 59 sur 69 · IV. Marie-Julie-Charlotte-Amanda Taché · texte numérisé non relu

IV. Marie-Julie-Charlotte-Amanda Taché

Née à Saint- Paschal le 26 janvier 1856.

Mariée, à Saint-Louis de Kamouraska, le 14 janvier 1884, à Simon Cimon, ingénieur civil.

M. Cimon est décédé à Saint-Ktienne de la Malbaie le 22 mars 1903, et a été inhumé dans le cimetière paroissial.

'' Encore un qui vient de disparaître ! La phalange des lutteurs de 1878 voit ses rangs s'éclaircir. Un à un, ils partent pour le voyage d'où l'on ne revient plus, allant grossir la majorité de ceux qui nous attendent.

'* Simon Cimon qui ne s'était jamais lassé de combattre, s'est éteint bien doucement, dimanche matin, le 22 mars, sans presque d'agonie. La veille, il avait, selon son habitude, lu ses journaux et conversé avec ses amis, éloignant ainsi la pensée qu'il devait mourir à brève échéance. Malade depuis des années, sentant parfois ses veines se figer et le peu de sang qui lui restait, lui refluer au coeur, il faisait contenance, se raidissait contre le destin fatal, n'avouant jamais qu'il fut en danger et ne voulant pas s'en convaincre.

" Il a souffert cependant, beaucoup souffert, et il était bien trop intelligent pour ne pas soupçonner qu'il n'entendrait pas chanter les oiseaux du printemps, ni ne verrait les fleurs s'ouvrir. Mais après une faiblesse,

un affaiblissement qui le laissait inerte, sa nature d'acier reprenait le dessus. — Je ne mourrai pas, — et il partait chancelant, visiter ses vieux amis, leur dire bonjour et les rassurer sur l'état de sa santé. Huit jours avant sa mort, épuisé, n'ayant plus qu'un souffle, mais souriant encore, il montait en voiture, par de mauvais chemins et un temps humide pour aller surveiller des travaux d'arpentage à Saint-Irénée.

* ' Les ressorts qui font mouvoir la machine humaine ne sont pas tous fait du même métal. Il y a des hommes qui étonnent et renversent toutes les données de la science et les prévisions des médecins. L'élasticité de leur tempérament est telle qu'au moment même où on les croit perdus, — par un simple effort de volonté, ils commandent au sang de circuler plus vite et de ranimer l'organisme un instant vaincu par la douleur. Ceux qui ont connu sir Adolphe Chapleau savent le nombre de fois qu'il a ainsi trompé ses médecins et ses amis. Mourant le soir, il enthousiasmait la foule le lendemain sans que sa figure trahit aucune trace de malaise. Jules Faucher, le gai censeur, le boute-en-train de la demi-bohême d'autrefois, dont les bons mots couraient la ville, commandait son cercueil, le matin, et trouvait encore le soir, assez de force pour traîner sa charpente, comme il disait, sur la terrasse Frontenac et fredonner un air d'opéra à ses compagnons que l'émotion suffoquait. Simon Cimon était de cette trempe, mais il lui a fallu, lui aussi, succomber comme les autres et subir la grande et juste loi de la mort qui nivelle toutes les ambitions et à laquelle personne ne peut se soustraire. La source de la vie était tarie.

"Toujours prêt à rendre un service, sans regarder si c'était à un partisan ou à un adversaire, Simon

Cimon a joui, un jour, dans le comté de Charlevoix, d'une popularité fort enviable. Il fut élu en 1887 à la Chambre des Conmiunes, à la mort de son père feu Xavier Cimon, et siégea jusqu'en 1891. De 1891 à 1900 il se présenta quatre fois et fut battu par des majorités variant de 175 à 90. Ces revers successifs ne l'abattaient pas. A chaque nouvelle lutte il se relevait plus courageux, plus décidé, plus confiant.

"La capricieuse politique a parfois de bien tristes et singuliers revers pour ceux qui se donnent à elle, sans réserve. C'est beau de servir son pays et de se dévouer pour ses concitoyens, mais aussi que de déception ! que d'ingratitudes poignantes à dévorer en silence, avec un sourire aux lèvres lorsqu'on a du coeur. Quand un homme a sacrifié sa fortune, son ^avenir, les joies si douces de la famille ; que tous les serpents ont sifiîé l'injure à ses oreilles et sali sa réputation et son caractère ; qu'il a tout enduré stoïquement pour son parti, enveloppant dans son manteau troué de philosophe, sa pauvreté ridiculisée par ceux qui se sont servi de son influence pour tirer les marrons du feu, et qu'il jette, autour de lui, les yeux pour chercher un appui, un consolateur, quelqu'un qui lui dise un mot d'espoir, le plus souvent, il ne rencontre que des donneurs de conseils quand ce ne sont pas des faiseurs de reproches. Qui dira, alors, ce qui doit se passer dans cette âme ulcérée ?

"Et ils sont nombreux, ceux à qui l'on a rendu la vie amère sur la fin de leur carrière et qui dorment maintenant de leur dernier sommeil, après avoir pardonné à leurs persécuteurs. Prenons les hommes publics depuis vingt -cinq ans. A partir du gouverneur lyUc Letellier qui est mort du coup qu'on lui avait porté et que l'on poursuivit jusque dans son cercueil,

Gombien sont tombés épuisés par la lutte, trahis par leurs amis, bafoués par leurs adversaires ? On peut différer d'opinion sur les mérites d'un homme. Au cours de la discussion, dans l'emportement d'une invective, l'accuser d'une intention qu'il n'a pas ; mais l'histoire calme et juste n'admettra jamais que s'il a pu se tromper, il n'agissait pas avec sincérité et conviction, comme bien d'autres qui ont commis des erreurs, tout en poursuivant un but digne et avouable.

"L'ami qui vient de nous quitter a bu, lui aussi, le calice des amertumes ; mais il avait du caractère et une confiance sans borne en l'avènement du parti pour lequel il avait si vaillamment combattu ; c'est pourquoi, il a pu tout supporter avec l'imperturbable aplomb d'un stoïcien, et voir sans broncher la grande débâcle emportant dans ses débris, ce qui lui restait d'avenir et de fortune. Est-ce qu'il n'est pas permis aux soldats du camp opposé, d'admirer une telle persévérance d'opinion, une pareille énergie de volonté ?

" Il en faut de ces vaillants dans un pays comme le nôtre où les institutions et les garanties de bonne administration reposent sur la divergence de principes des partis politiques. Si, à un moment donné, tous se concertaient pour proclaryer une suspension d'armes indéfinie, l'équilibre serait rompu et les admirables remparts qui nous protègent touilleraient d'eux-mêmes.

" Sans affectation comme sans mépris pour ceux qui ne partageaient pas ses principes religieux, Simon Cimon était un ferme croyant. Elevé par une mère chrétienne, il avait foi au Christ qui pardonne et console en promettant la paix aux hommes de bonne volonté. Jamais de sa vie, il n'a jugé personne et rien ne l'ennuyait comme ces fanatiques du pharisaïsme,

vouant sans merci, au feu éternel, quiconque ne dit pas '*amen," à tous les refrains de leur casuistique perfide. Il accomplissait ses devoirs, sans bruit, à la manière de tout catholique convaincu que l'ostentation n'est 'pas la religion. Il aimait son Dieu, son pays, sa famille : ses deux chers petits enfants surtout qui ne se réalisent pas encore qu'ils n'ont plus de père et son épouse qui a toujours été son plus solide appui, sa suprême consolation.

" Sa mort si soudaine a jeté un deuil général dans tout le comté de Charlevoix . On savait bien que sa maladie serait fatale ; mais personne ne s'attendait à un dénouement aussi prompt. Ceux qui ont assisté à ses funérailles peuvent maintenant apprécier combien il était estimé et nous, ses amis, ses camarades qui avons connu son bon coeur et l'avons tant de fois éprouvé, nous ne pouvons que le regretter et garder de ce citoyen, un souvenir durable." (i)

Du mariage Cimon-Taché naquirent :

1. Charles-Vinceslas- Roland Cimon né à Saint- Etienne de la Malbaie le 28 mai 1885. Décédé au même endroit le 5 août 1885, il fut inhumé au cimetière paroissial.

2. Marie-Louise- Aima- Amanda Cimon née à Saint- Etienne de la Malbaie le 9 septembre 1887. Décédée à Saint-Louis de Kamouraska le 30 avril 1892, elle fut inhumée au cimetière de cette paroisse,

3. Marie- Claire- Adine Cimon née à Saint-Etienne de la Malbaie le 28 septembre 1888. Décédée à Saint- Louis de Kamouraska le 31 mai 1892, elle fut inhumée au cimetière de cette paroisse.

4. Joseph- Arthur Cimon né à la Rivière-du-Loup (en bas) le 20 mars 1890. Décédé à Saint-Louis de

(i) Soleil, 31 mars 1903. Article de M. Alfred Cloutier.

Kamouraska le 7 mai 1892, il fut inhumé au cimetière de cette paroisse.

5. Marie- Aima Cimon née à Saint-Etienne de la Malbaie le 18 fé\Tier 1894.

6. Antoine-Alexandre Cimon né à Saint-Etienne de la Maibaie le 26 février 1898.

Page 1