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PREFACE

La civilisation de ce continent est fondée sur le travail et la prévoyance, sur le travail qui produit, sur la prévoyance qui accumule la production. Je ne sais pas flatter, j'aime trop mes compatriotes pour ne pas savoir leur dire la vérité. Que ma langue s'attache à mon palais, si jamais elle devait déguiser les convictions de mon âme ! Il faut bien l'avouer, jusqu'ici nous avons manqué de ces deux qualités maîtresses. Il est rare parmi nous de trouver deux générations de travailleurs. Il est rare que le patrimoine acquis par le père ne soit pas dissipé par le fils. Voyez notre ancienne noblesse ; voyez le grand rôle qu'elle aurait pu jouer, avec son instruction et ses richesses : aujourd'hui éteinte, presque entièrement disparue. Il est des exceptions sans doute, il en est une notable entre toutes. Quel est, à votre sens, le plus beau nom de la rf\ce française en Canada ? Est-ce Papineau ? Est-ce Lafontaine ? Papineau et Lafontaine ont été comme des météores dans la nuit ; mais il y a parmi nous une illustration perpétuelle qui pour moi a encore plus d'éclat. Le plus beau nom de la race française en Canada, c'est le nom de cette noble famille dans laquelle le talent, le caractère, l'honneur, la force, le travail sont héréditaires ; qui, à toutes les

générations, depnis cent ans, a fourni des patriotes et des travailleurs dont l'empreinte a été marquée sur les hommes et les choses de leur temps ; qui, au début de ce siècle, avait l'honneur de compter un martyr de la liberté dans les prisons du gouverneur Craig ; qui a donné cinq juges à la magistrature, un archevêque à l'église du Canada, un cardinal à l'église universelle ! Saluons ce glorieux nom de Taschcreau ! saluons-le avec respect, parca que ce nom est le symbole de ces vertus viriles qui seules font les grandes races et les grandes nations.

Je suis trop bien connu pour qu'il me faille rappeler que je suis un démocrate. J'appartiens à la roture, mais je l'affirme avec la plus grande sincérité, c'est avec un regret toujours renaissant que je vois l'extinction graduelle de ces vieilles familles, autrefois si illustres. Quand je vais dans mon pays natal, et que je vois le domaine

seigneurial en ruine, les bois coupés, les jardins rasés, le parc devenu pâturage, le manoir occupé par un excellent homme, mais décidément par trop utilitaire, je me sens pris d'un invincible sentiment de tristesse, je voudrais encore voir le manoir aux mains de ses anciens maîtres, dans l'état d'aisance et de splendeur qui caractérisait jadis leur train de maison. Nous sommes dans un âge et dans un pays démocratiques ; mais la démocratie idéale, la démocratie chrétienne telle qu'elle doit exister sur ce continent n'est pas fondée sur un sentiment vil ; elle n'envie à qui que ce soit ni la grandeur du nom, ni l'éclat du rang, ni la splendeur de la fortune. L'idéal de la démocratie est de répandre le bien-être plus universellement, plus profondément dans toutes les classes, et de mettre à la portée du plus humble ces dons du Créateur qui jadis étaient l'apanage exclusif des classes privilégiées.

Je ne veux pas prêcher l'égoïsme, mais permettezmoi de vous le rappeler, ô mes chers compatriotes : si

nous voulons être quelque chose, si nous voulons nous souvenir un peu du rôle que la France a joué en Europe, encore une fois permettez-moi de vous le rappeler, nous n'arriverons à rien que par le travail, Pénero^ie, la persévérance, l'économie, la frugalité ; et, avant toutes choses, il faut avoir la fierté de soi-même, et la fierté de la grande nation dont nous sommes les descendants, (i)

WiLFRiD Laurier

(i) Discours prononcé le 23 août 1892, à l'occasion du jubilé sacerdotal du cardinal Taschereau et des noces d'or de la société Saint-Jean-Baptiste de Québec.

La famille Taschereau est originaire de la Touraine. Dès 1492 elle fut anoblie par l'élection à l'éclievinat de Tours de Pierre Taschereau, marchand de draps de soie.

Son fils Jean, son petit-fils Michel et son arrière petit-fils Jean furent également échevins. Ce dernier épousa Marie Gallant, fille d'Aule Gallant, seigneur de Montonant et de Bazay, élu capitaine et échevin de Tours en 1589, et maire de cette ville en 1597.

Ce Jean Taschereau est le premier de la famille qui ajouta un nom de fief au sien : il prit la qualité de seigneur de Baudry. Il mourut en 1640.

La famille Taschereau s'est divisée en plusieurs branches: les Taschereau de Baudry, les Taschereau des Pictières, les Taschereau de la Carte, les Taschereau de Ballau, les Taschereau de Narbonne, les Taschereau de Bléré, lesTavSchereau de Saint-Libert, les Taschereau de Lignières ou Linières, etc, etc. (i)

Parmi les fonctionnaires et les dignitaires ecclésiastiques qu'elle a donnés à la Touraine on remarque :

Gabriel Taschereau, seigneur de Linières, conseiller du roi, grand-maître enquêteur et général réformateur des eaux et forêts de France au département de Touraine (1644).

(i) Onze communes, en France, portent le nom de Lignières ou Linières. Les Taschereau, croyons-nous, ont emprunté leur surnom de Linière à la commune de Linières, située à une trentaine de kilomètres de Tours.

Micliel Tasclierenu, avocat an siège prtsidial de Tciirs, bailli de Marmoiitier (1660).

Michel Taschereau, receveur des décimes à Tours et échevin de cette ville, mort avant 1684.

Jean Taschereau, seigneur de Baudry, conseiller du roi et son avocat au bailliage et siège prcsidial de Tours (1679- 82), lieutenant-particulier de la même juridiction (1685).

Pierre Taschereau, seigneur des Pictières, conseiller du roi, receveur des décimes, échevin de cette ville (1685).

Michel Taschereau, seigneur de la Haze, secrétaire du roi à Tours (1686).

Michel- Jean-Baptiste Taschereau, conseiller du roi, trésorier-général au bureau des finances de Tours (1698).

Gabriel Taschereau, seigneur de Baudry, conseiller du roi, lieutenant-général de police, ancien et alternatif des villes, faubourgs, et banlieue de Tours, maire de cette ville en 1709, puis lieutenant-général de police de la ville de Paris, intendant des finances (1722), conseiller d'état (1740), mort le 22 avril 1755, âgé de 82 ans.

Michel-René Taschereau, conseiller du roi, trésoriergénéral de France à Tours, décédé en 1748.

Philippe Taschereau des Pictières, clerc-tonsuré, chanoine et prévôt de Saint-Martin de Tours, mort le 12 février

Jean Taschereau de Baudry, prêtre, chanoine prébende puis doyen en dignité de Saint-Martin de Tours, maire de Tours en 1722, abbé de Fontaine-les-Blanches (1712-52), décédé le II octobre 1752,

Bertrand- César Taschereau de Linières, chanoine prébende et trésorier en dignité de Saint-Martin de Tours ( 1752) , abbé de Gastines (1725-65), décédé le 17 février 1765.

Jean- Joseph Taschereau, conseiller du roi, trésoriergénéral de France à Tours (1774).

Gilles-I^ouis Taschereau des Pictières, chanoine et prévôt de Léré en l'église de Saint-Martin de Tours, décédé le 5 novembre 1783.

Antoine Taschereau, lieutenant-particulier au bailliage

et siège présidial de Tours (par provisions du 20 juillet 1 785) , juge au tribunal criminel du département d'Indre et Loire, conseiller à la cour royale d'Orléans, mort le 7 janvier 18 17.

Jules- Antoine Taschereau né à Tours le 28 frimaire, an X, secrétaire-général de la préfecture de la Seine et maître des requêtes ( 1830-31 ) , député de l'arrondissement de Loches (1839), représentant d'Indre et Loire aux assemblées constituante et législative, administrateur général, directeur de la Bibliothèque impériale de Paris.

Michel Taschereau, seigneur de la Haze, secrétaire du roi (1686) portait, d'après l'abbé Gozet : D' argent à trois roses de gneîiles, pointées de sinople.

N. Taschereau, prêtre, curé d' Azaz-le-Rideau(vers 1698) , et N. Taschereau, damoisel, portaient, d'après V Armoriai général : D' argent à tm chevron de sable accompagné de trois coquilles de même.

Michel- Jean-Baptiste Taschereau, trésorier-général de France à Tours vers 1698, portait, d'après V Armoriai général : U afgerit à un rosier de trois branches, de sinople, sur une terrasse de même, chaque brariche produisant une 7''ose de gueules .

Pierre Taschereau, vivant vers 1698, Jean Taschereau, Gabriel Taschereau et Jean Taschereau de Baudry portaient les armes qui précèdent, avec cette seule différence que les roses étaient boutonnées d'or.

N. Taschereau, veuve de N. Taschereau, échevin de Tours vers 1699, portait, d'après V Armoiial général : D' azur à une étoile à huit raies, d'or ; au chef de même chargé de trois nèfles de sinople.

Martha Bellegarde, femme de Pierre Taschereau, receveur des décimes à Tours, portait, d'après le même recueil : De gjieulcs à iine cloche d' argent bataillée d'or.

René Taschereau, greffier des rôles de la paroisse de la Chartres, portait, toujours d'après le même ouvrage : Parti d' or et de gueiiles à une tasse de Vun en F autre.

Pierre Taschereau des Pictières, seigneur de la Carte et de Ballau, qui comparut à l'assemblée électorale de la noblesse de la Touraine, en 1789, portait, d'après M. Lambron

de Lignières : U argent, an 7'osier de sinople , fleuri de trois roses de gueules sur une terrasse de sinople ; êcartcle de Cothereau qui est d^ argent à trois lézards grimpants de sinople 2, i . CCvS armes sont indiquées ainsi qu'il suit au nom de Taschereau, seigneur de Baudry, de Lignières, dans V Armoriai de Dubuisson : Ecaitelé aîi prejnier et dernier quartiers d' argent, à un rosier de trois roses de gueules, Jeuillé, et tige de si?iople, sur une terrasse de même, aux 2 et j d'ajge?it à trois lézards de sinoples. (i)

(i) Carré des Busserolles, Annorial général de la Touraine.

Armes de la famille Taschereau

THOMAS- JACQUES TASCHEREAU

Thomas- Jacques Taschereau, sieur de Sapaillé, le premier Taschereau qui vint s'établir au Canada, était fils de Christophe Taschereau, sieur de Sapaillé, conseiller du Roi, directeur de la monnaie et trésorier de la ville de Tours, et de Renée Boutin. Il était né le 26 août 1680 dans la paroisse de Saint- Pierre-le-Puellier, ville et évêché de Tours, (i)

Le 23 novembre 1725, Claude-Thomas Dupuy était nommé intendant de la Nouvelle- France. Il amena Thomas- Jacques Taschereau en qualité de secrétaire. Ils arrivèrent à Québec avec le marquis de Beauharnois le 28 août 1726. Dupuy avait beaucoup d'estime pour son subordonné et le logea avec lui à l'Intendance.

Le caractère emporté de l'intendant Dupuy le mit bientôt aux prises avec le gouverneur et les principaux fonctionnaires de la colonie. Le 31 mai 1728, il était rappelé en France et partit de Québec quatre mois plus tard. Son secrétaire décida de se fixer définitivement au Canada.

En 1732, la charge de trésorier de la marine et des troupes ou plus exactement de commis des trésoriers-généraux étant devenue vacante, on la lui offrit. M. Taschereau hésita beaucoup avant de l'accepter. Cette charge requérait un financier de premier ordre, demandait beaucoup

(i) Iv'égHse de Saint-Pierre-le-Puellier n'existe plus. Elle était située à l'angle de la rue des Trois-Pucelles et de la rue de la Paix, à Tours.

de travail et les appointements n'étaient que de 2000 livres par année sur lesquelles il fallait paj'er deux commis, l'un à Québec, l'autre à Montréal. Il accepta cependant sur les instances de l'intendant Hocquart.

Le ler avril 1735, il était nommé conseiller au Conseil Supérieur par le marquis de Beauharnois.

L'année suivante, avec son beau-père Joseph Fleury de la Gorgendicre, agent de la compagnie des Indes, et son beau- frère Pierre- François Rigaud de Vaudreuil, capitaine d'une compagnie des troupes d'infanterie du détachement de la marine, M. Taschereau demandait au gouverneur M. de Beauharnois et à l'intendant Hocquart de leur accorder à chacun une concession en fief de trois lieues de front sur deux de profondeur à prendre des deux côtés de la rivière Chaudière, au bout de la profondeur de celles qui avaient déjà été concédées. Les trois concessions devaient être contiguës. MM. Taschereau, de la Gorgendière et de Vaudreuil s'engagaient à faire à leurs frais un grand chemin roulant et de charrette du bord du fleuve Saint-Laurent, à la Pointe- Lévy, jusqu'à l'islet aux Sapins, dans la rivière Chaudière, d'oii devait commencer la première des trois concessions demandées. M M. de Beauharnois et Hocquart regardèrent cette proposition comme un moyen propre à faire établir promptement toute l'immense vallée de la Chaudière, et ils l'acceptèrent avec empressement.

Pour sa part, M. Taschereau eut trois lieues de front sur deux lieues de chaque côté de la rivière Chaudière, à commencer à r islet aux Sapins en remontant. Dans cette concession sont comprises aujourd'hui la paroisse de Sainte-Marie en entier et parties des paroisses de Sainte- Marguerite, des Saints- Anges, de l' Enfant-Jésus, de Saint-Elzéar et de Saint- Sévérin.

En 1737, Thomas- Jacques Taschereau, François- Etienne Cugnet, premier conseiller an Conseil Supérieur, Pierre- François-Olivier de Vezain, Jacques Simonnet, maître de forges, et Ignace Gamelin, négociant de Montréal, formaient une société pour exploiter les forges Saint- Maurice.

Le 22 avril 1737, le roi de France accordait à la nouvelle société la permission de faire l'ouverture des mines de fer dans l'étendue de pays qui se trouve comprise depuis la seigneurie d'Yamachiche (incluse) jusqu'à la seigneurie du Cap de la Magdeleine (incluse) et de les faire fouler et travailler pendant l'espace de vingt années consécutives.

" La société mit son établissement sur un bon pied, et lorsqu'en 1739 un homme entendu, venu tout exprès de France, dirigea les travaux de cette grande exploitation métallurgique, on put dire que les forges Saint-Maurice faisaient honneur à la Nouvelle-France. Mais dans un jeune pays où les fortunes sont rares et mal assises, ori les banques ne sont pas encore établies, il est bien rare que l'on puisse faire des déboursés considérables sans s'exposer à la ruine ; la Société des forges qui eût fait fortune dans le cas oii elle eût pu braver les premières difficultés financières, se vit obligée de remettre sa charte au roi. Le ler mai 1743, ordre fut donné de réunir les Forges au domaine royal. On fit fonctionner les forges Saint-Maurice, mais au nom et au profit du roi de France." (i)

Thomas- Jacques Taschereau mourut à Québec le 25 septembre 1749 et fut inhumé le lendemain dans le cimetière de la paroisse. (2)

Il avait épousé, à Québec, le 17 janvier 1728, Marie- Claire, fille de Joseph F'ieur}^ de la Gorgendière, seigneur de Deschambault, et de Claire Joliet. Elle était la petite-fille de Louis Joliet, le découvreur du Mississipi. Au dire de l'abbé Daniel, Joseph Fleury de la Gorgendière et Claire Joliet eurent trente-deux enfants. Leurs filles épousèrent les meilleurs partis de la colonie : M M. Taschereau, de la Margue de Marin, et les deux frères Rigaud de Vaudreuil, dont l'un fut le dernier gouverneur français de la Nouvelle- France.

(i) Iv'abbé N. Caron, Deux voyages sur le Saint- Maurice, p. 249. (2) M. Taschereau habitait à Québec une maison située à peu près où est l'archevêché actuel.

Madame Taschereau mourut près d'un demi-siècle après son mari, le 19 février 1797, dans la quatre-vingt-hui» tième année de son âge. Elle fut inhumée le 22 dans l'église de Sainte-Marie de la Beauce. (i)

Du mariage de Thomas- Jacques Taschereau et de Marie Claire Fleury de la Gorgendière étaient nés quatorze enfants : I Thomas- Jacques ; II Anonyme ; III Marie ; IV Thomas- \'ictor : V Louise-Gilles ; VI Charlotte ; Vil Charlotte- Claire ; VIII Louis-Charles ; IX Louis- Joseph ; X Charles- Antoine ; XI Pierre-François ; XII Marie- Anne-Louise ; XIII Gabriel-Elzéar ; XIV Eulalie- Joseph,

THOMAS-JACQUES TASCHEREAU

Né à Québec le 10 février 1729.

Décédé à Québec le 23 du même mois. Inhumé le lendemain dans le cimetière de la paroisse,

ANONYME

Né à Paris, France, le 8 décembre 1730. Il ne vécut que trois mois et quelques jours, et fut inhumé dans un des cimetières de Paris,

Née à Louisbourg, Ile Royale (aujourd'hui île dti Cap Breton), le 4 août 1732. (2)

(i) "Le 22 février 1797, par nous Curé de Ste-Marîe, soussigné, a été inhumée dans l'église le corps de Marie-Claire Fleury de la Gorgendière, dame etfondah ice de cette paroisse

ViLLADE, Pire."

(2) " Lesquels père, mère et parrain (Pierre-François de Rigaud

de Vaudreuil) sont de relâche dans ce port dan Rubis, destiné pour Québec ", dit l'acte de nai

s le vaisseau du Roy le naissance.

Elle mourut à Sainte- Marie de la Beauce le 9 décembre 1820 et fut inhumée dans l'église de la paroivSse le 12.

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