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Quant à la deuxième, elle fut érigée en 1830, près de l'emplacement de l'ancienne, sur un terrain également fourni par un Taschereau. Elle mesurait 90 pieds sur 35 environ. D'un style très simple, elle offrait cependant un rare cachet de piété, et les pèlerins, dit-on, étaient vivement impressionnés à son aspect. La chaire, d'une belle sculpture, était, selon la tradition, un précieux débris de l'ancienne chapelle des Jésuites de Québec. Un reliquaire renfermant une relique de sainte Anne, déposé sur un autel modeste au-dessus duquel était suspendit un tableau de la sainte ; une statue du Sacré-Cœur de Jésus, une de la sainte Vierge, une de vSaint Joseph, une autre de sainte Anne, et enfin de nombreux ex-voto formaient l'ornementation du sanctuaire, (i)
Cette deuxième chapelle dura soixante ans. Quand on vit qu'elle menaçait ruine, on songea à la reconstruire encore une fois, et cette fois encore, plus solide et plus grande que l'ancienne, c'est-à-dire, par 106 pieds sur 46, et en pierre granitique.
Le 25 octobre 1891, c'était donc grande fête à Sainte- Marie de la Beauce. Les rues étaient pavoisées d'oriflammes aux joyeuses couleurs, et l'église de la paroisse richement décorée. C'est qu'on attendait une grande visite, celle d'un prince de l'Eglise, le premier que le Canada ait fourni au Sacré Collège, et dont Sainte-Marie même fut le berceau. Le cardinal Taschereau, visiblement ému, bénit la pierre angulaire et rappela les doux souvenirs qui se rattachaient pour lui à ce petit coin de terre, souvenirs de sa vie de famille et de sa vie sacerdotale. C'était en effet un de ses ancêtres qui avait fait là, quelque cent ans passés, une demeure à
(i) Le pape Grégoire XVI, en 1837, accorda indulgence plénière à ceux qui, le jour de la fête de sainte Anne, ayant communié, prieraient dans la dite chapelle, devant le crucifix d'argent béni par le même pape et emporté de Rome par MM. Charles-Maurice Juchereau Duchesnay, Olivier Perrault et Jean-Thomas Taschereau, et dont ils firent présent à la dite chapelle — J.-M. LeMoine, Album du touriste^ p. 165.
sainte Anne; c'est là que lui-même, tout jeune écolier, il était venu, surtout aux jours de pèlerinages, assister avec sa famille au saint sacrifice ; c'est là que, plus tard, chaque année, pendant les vacances, prêtre, archevêque, cardinal, il venait de nouveau célébrer la sainte messe et prier pour les âmes que le Seigneur lui avait confiées.
Le 20 octobre 1892, la chapelle fut ouverte au culte, et le cardinal vint encore présider la fête, comme c'était son droit à tant de titres.
C'est une persuasion commune chez les habitants de la Beauce que la contrée a été mainte fois préservée par sainte Anne des graves accidents que semblait devoir causer la crue énorme et soudaine de la Chaudière. Cette rivière qui ix)rte vers le Saint-Laurent ses ondes limpides et calmes, dans son lit peu profond, a parfois des crues eîîra3^antes. Dans quelques heures, ses eaux se gonflent de plusieurs pieds et débordent sur les rives à deux, trois pieds de Ji auteur, jusqu'à une distance de dix aipents et plus de chaque côté, selon que les coteaux sont plus ou moins éloignés. Cette rivière mesurant, dans les temps ordinaires, à peine trois cents pieds d'une rive à l'autre, prend alors, en certains endroits, l'apparence d'un fleuve.
Dans les deux allocutions qu'il prononça à l'occasion des fêtes que nous venons de dire, le cardinal Taschereau n'eut garde d'oublier un fait qui avait si souvent mis en exercice la maternelle protection de sainte Anne. Il raconta que, en une de ces circonstances, une vieille dame, sa grand'tante, voyant les flots monter rapidement, s'était dirigée pleine de confiance v^ers la chapelle, et avait crié très fort en ouvrant la porte : '* Bonne sainte Anne, mais voyez donc: si vous n'arrêtez pas l'inondation, l'eau va certainement noyer tout à l'heure votre chapelle !"
La tradition rapporte que, dès ce moment, l'eau cessa en effet de monter. ( i )
(i) R. P. Paul- Victor Charland, Le mit c de sainte Arme en Amérique ou Sai7ite-Anne de Beaupré et sa filiation dans le 7i0JLveau monde^ pp. 133 et seq.