L'HON. HENRI-ELZEAR TASCHEREAU
Né à Sainte-Marie de la Beauce le 7 octobre 1836.
Il fit ses études au séminaire de Québec.
En octobre 1857, ^^ était admis à la pratique du droit.
Il s'établit à Québec et forma une société d'abord avec M. Jean-Thomas Taschereau, plus tard juge, et M. William Duval, puis, en 1863, avec M. Jean Blanchet, aujourd'hui juge de la Cour du Banc du Roi.
Le 15 juillet 1861, M. Taschereau était élu député de Beauce. Il fut continuellement réélu jusqu'au ler juillet 1867. Il prit une part importante aux graves débats qui se terminèrent par la Confédération des provinces de l'Amérique du Nord.
Le nouveau régime cependant devait lui être fatal. Le 16 septembre 1867, avaient lieu les premières élections générales, sous la Confédération, pour la Chambre des communes du Canada et l'Assemblée législative de Québec. M. Taschereau fut battu, pour l'une et pour l'autre chambre, par M. Christian-Henry Pozer, plus tard sénateur.
Le 30 septembre 1868, M. Taschereau était nommé greflSer de la paix pour le district de Québec. Mais, cinq jours plus tard, par suite d'un malentendu au sujet du salaire, il résigna cette charge et il se remit à l'exercice de sa profession à Sainte- Marie de la Beauce.
Le 12 janvier 1871, il était nommé juge de la Cour Supérieure pour les districts de Saguenay et Chicoutimi.
Le ler septembre 1873, il était transféré au district de
Kamouraska, avec résidence à Fraserville (Saint-Patrice de la Rivière-du-Loup).
M. Taschereau n'était âgé que de 35 ans à son élévation au banc judiciaire, de sorte que, en réalité, sa carrière appartient toute entière à la magistrature.
On dira qu'il portait un nom prédestiné. En effet, la famille Taschereau n'a pas cessé de donner des juges à notre pays depuis plus d'un siècle. Mais Tonne peut s'empêcher d'admettre que tous ont jeté un grand éclat sur la magistrature. La distinction du talent s'allie chez eux à la distinction du nom et de l'origine.
L'honorable Henri-Eizéar Taschereau est l' un des plus remarquables et l'un de ceux dont la carrière a été la plus brillante.
Il est rare de voir réunies, chez une même personne et à un égal degré, toutes les qualités qui font le jurisconsulte éminent. Esprit vif, pénétrant et lucide, jugement sûr, sens droit et fin, mémoire facile et toujours fidèle, tels sont les dons intellectuels qu'il met au service d'une prodigieuse facilité de travail et d'un zèle toujours empressé à l'accomplissement de ses devoirs publics. Personne n'a un sens plus élevé de la dignité et des responsabilités des fonctions judiciaires. Ce sentiment intime qui se manifeste chez lui sans efforts, comme naturellement, pénètre tous ceux qui participent avec lui à l'administration de la justice.
Ceux qui ont assisté aux séances du tribunal qu'il présidait à 35 ans, n'ont pas perdu le souvenir de la déférence et du respect que le jeune magistrat savait inspirer même aux plus anciens dans le Barreau, non plus que des procédés toujours courtois et toujours bienveillants dont ils étaient l'objet de sa part.
L'administration de la justice dans un district rural laissait au juge Taschereau des loisirs. Il les employa à des travaux importants qui n'ont pas peu contribué à établir sa réputation de science légale.
Il publia en 1874 le premier volume d'un ouvrage sur le droit criminel qu'il compléta l'année suivante, (i)
Ce travail que l'honorable juge, dans sa préface, qualifie modestement de compilation, accuse une connaissance approfondie des principes du droit criminel anglais qui est le nôtre, et de la procédure suivie devant les tribunaux de l'Empire qui doit servir de guide à nos praticiens.
Le Parlement fédéral venait d'abroger les statuts criminels en vigueur dans les provinces confédérées, et d'adopter une loi générale applicable à toute la Confédération. Cette refonte était la reproduction presque textuelle du Statut impérial de 1861, qui n'était lui-même qu'une refonte des lois criminelles anglaises antérieures à cette date. Il fallait par conséquent en étudier les commentaires dans les ouvrages anglais, et en chercher l'application dans les précédents disséminés dans les nombreuses publications judiciaires d' Angleterre. Recueillir ces commentaires et ces précédents et en faire une application judicieuse et méthodique à la loi canadienne, tout en signalant la raison et la portée des divergences, constituait un travail important et nécessitait des études préalables très sérieuses.
Cette publication créa toute une sensation dans les cercles légaux. Un ouvrage sur le droit criminel, écrit dans la langue de Shakespeare, par un Canadien- Français ! C'était une révélation. La surprise fut plus grande encore quand on constata que, toute antipathie de race s'efîaçant devant la valeur du travail, les criminalistes les plus compétents du Canada et de l'Angleterre témoignaient de son mérite.
Depuis, le juge Taschereau est reconnu comme la pre-
( I ) The criminal law consolidation and amendments acts of iS6ç, 3^-33 Vict. for the Dominion of Canada, .as aniended and i7i force on the ist day of November 18 J4, in the Prozmices of Ontario, Québec, Nova Scotia, A- ew- Brunswick , Manitoba, and on the ist day ofjanuary, /8/j, in British Columbia, zuith N'oies, Comnie7itaries , Précédents of Indictments, etc, etc. Réédité, en 1888, sous le titre The C>iminal Statute Law of the Dominion of Canada, et, en 1893, sous le titre Cfiniinal Code of Canada.
inière autorité du pays dans les matières qui relèvent du droit criminel. Et si sa compétence eût eu besoin d'être affirmée, elle l'eût été avec éclat par la critique qu'il fit, il y a quelques années, du code criminel Thompson, et qui fit toucher du doigt les erreurs et les défectuosités de cette œuvre législative d'ailleurs remarquable.
Ce travail fut suivi, en 1876, d*un autre, destiné celuilà, plus spécialement au barreau de la province de Québec. C'était une édition du Code de Procédure, avec annotations, et contenant toutes les décisions de nos tribunaux en matière de procédure (i). C'était le premier ouvrage du genre, et il a servi de modèle et fourni les matériaux à tous ceux qui l'ont suivi.
Ces travaux importants et les succès remarquables qui avaient signalé ses débuts sur le banc avaient attiré sur le juge Taschereau l'attention du public et des autorités. Il était désigné, à brève échéance, pour un poste plus élevé. Aussi lorsque, à la retraite du juge Jean-Thomas Taschereau, il fut, le 7 octobre 1878, désigné pour lui succéder à la Cour Suprême, il n'y [eut qu'une voix pour applaudir au choix de l'Exécutif. Le barreau de Montréal s'en fit l'écho dans un banquet public donné en son honneur, auquel assistaient les sommités du Barreau et de la magistrature. Tous louèrent à l'envi ses talents et son mérite, et s'accordèrent à lui prédire une brillante carrière à la Cour Suprême.
Ces prédictions n'ont pas tardé à se réaliser, et dans cet aréopage, formé des plus énnnents légistes par l'expérience et le savoir, nul n'occupe aujourd'hui un rang plus élevé.
Nourri de bonne heure de l'étude des interprètes des coutumes et des lois civiles de la France, pénétré de leur méthode qui consiste à rechercher le sens de la loi dans son origine historique plutôt que dans le sens littéral des mots,
(i) Le Ccde de procédure civile du Bas-Canada tel qu'est force le ler août i8j6^ comprenant les autorités citées pat les codificateurs dans le projet soumis à la législature et des annotations compilées, Québec, Augustin Coté, 1876.
il est un guide sûr dans l'interprétation des lois de notre Province. Mais, fait remarquable, il jouit d'une autorité presque égale, dans toutes les matières qui relèvent du droit étranger. Car il s'est assimilé avec une facilité étonnante et la procédure anglaise et le droit commun d'Angleterre qui fait le fond de celui des autres provinces. Et c'est plaisir de l'entendre commenter successivement, en français et en anglais, avec une égale pureté et une égale facilité de langage, un arrêt d'un tribunal civil de France et un jugement d'une Cour de justice d'Angleterre.
L'indépendance d'esprit et de caractère de l'honorable juge Taschereau le met à l'abri de tout entraînement et audessus de tout préjugé. Il se laisse éclairer mais jamais éblouir ni emporter, et il garde sur le banc le calme et la sérénité d'un magistrat dans son cabinet. Toujours bienveillant pour l'avocat et plein d'égards pour ses collègues, il reste le gentilhomme dont les rapports dans le commerce extérieur de la vie sont marqués au coin de la plus parfaite courtoisie.
Il jouit, auprès du Barreau de toutes les provinces, d'une grande popularité et de la confiance la plus absolue, et ses jugements sont acceptés comme l'expression d'une opinion impartiale, formée en dehors de toute idée préconçue. Ils sont toujours d'ailleurs nettement motivés et portent la marque d'un esprit rompu à la gymnastique intellectuelle.
Dans toute sa longue carrière, sa réputation n'a jamais subi une atteinte. Il a imposé silence à la critique. Il est resté le magistrat intègre, éclairé, consciencieux, que le respect et la confiance du public entourent et protègent.
Il reste au juge Taschereau une étape à franchir. Il la franchira bientôt, si les autorités fédérales tiennent compte des droits du plus méritant et du vœu unanime du barreau de la Puissance.
Ce jour-là la province de Québec s'enorgueillira de voir l'un des siens à la tête de la hiérarchie judiciaire du Canada.
Au physique, le juge Taschereau est grand et droit,
ÎÔO
d'allure légère et dégagée. Il y a en lui quelque chose de vif, tranché et original qui donne à sa physionomie un caractère absolument personnel. Et en cela son extérieur traduit bien la vivacité,. la netteté et: l'originalité de son esprit. Son maintien, sa démarche, ses manières, tout chez lui a un cachet particulier de distinction qui dénote le gentilhomme de race.
Le juge Taschereau est doyen de la faculté de droit de; l'université d'Ottawa qui lui a conféré, en 1893, le degré de L. Iv. D.
La seigneurie de la Nouvelle-Beauce ou de Sainte-Marie concédée à Thomas- Jacques Taschereau, son trisaïeul, en 1736, CvSt aujourd'hui la propriété conjointe de l'honorable juge Taschereau et de son frère Léonce-Edouard.
L'honorable Henri-Elzéar Taschereau a épousé à Saint- Michel de Vaudreuil, le 27 mai 1857, Marie- Antoinette, fille de l'honorable Robert-Unwin Harwood, seigneur de Vaudreuil, et de Marie-Louise- Joseph te Chartier de Lotbinière,- Elle est décédée à Ottawa le 2 juin 1896, et a été inhumée dans l'église de Vaudreuil le 5.
Nous trouvons dans la Presse du 6 juin 1896 un bel éloge de madame Taschereau dû à la plume de M. A.-D. DeCelles :
" Tout dans la vie n'est que contrastes entre les joies de la veille et les pénibles réveils du lendemain, et de tristes retours des choses d'ici-bas ne viennent que trop souvent nous rappeler brutalement comme est instable ce que l'on est convenu de nommer le bonheur. Hélas ! que de fois n'avezvous pas vu les grandes afflictions emboîter le pas aux grandes joies ! Qui nous aurait dit, il y a six mois, que les personnes qui se réunissaient au mois de novembre dernier dans la maison de l'honorable juge Taschereau, pour célébrer cet heureux événement — le mariage de sa troisième fille avec M. le lieutenant Panet — s'assembleraient aujourd'hui, sous le même toit, pour pleurer l'aimable femme qui les avait convives à cette fête de famille l
lot
'' Mme Taschereau a succombé, mardi dernier, à trois heures, sans que rien n'eut, samedi même, fait prévoir un si lamentable deuil. Ce n'est que dans la journée de dimanche que sa maladie dont la science pensait d'abord avoir facilement raison, prit un caractère alarmant. Lundi, les médecins perdaient tout espoir de prévenir un douloureux dénouement.
' * La soudaineté de cette mort a jeté le deuil dans la société de la capitale où les qualités de l'esprit et du cœur de Mme Taschereau lui avaient conquis de fortes amitiés et un respect général. C'était une femme de race, une femme comme on en renconire très peu dans notre monde qui accepte de plus en plus le niveau d'une banale égalité. Elle tenait de sa naissance cette grâce native de manières, qui imprimait à toutes ses paroles, à tous ses actes de la vie sociale un cachet de suprême distinction. Lorsque nous la voyions jadis à Québec, dans tout l'éclat de sa beauté et de sa jeunesse — reine de toutes les réunions où elle paraissait — nous ne pouvions nous empêcher de penser que telles devaient être les grandes dames du temps passé. — Il régnait autour d'elle un ton de bonne compagnie qui charmait et la faisait rechercher. Très distinguée, sans hauteur, elle se montrait accueillante pour les plus humbles comme pour les plus en vue. Sa bienveillance et sa bonté la rendaient aimable pour tous ceux qui vivaient dans son intimité.
** La nature l'avait comblée de tous les dons qu'il fallait pour tenir avec une grande digniLe, sa place au côté de son mari, l'homme aux talents éminents qui a successivement été député au Parlement, juge de la Cour Supérieure, et est maintenant juge de la Cour Suprême du Canada.
' ' Mme Taschereau réalisait pour nous le modèle le plus réussi de la femme du monde dans la meilleure acception de l'expression, et de l'excellente chrétienne qui sait concilier les devoirs que la religion impose avec les exigences d'une haute situation sociale.
' ' Mme Taschereau (née Marie- Antoinette de Lotbinière
Harwood, ) était apparentée aux plus anciennes familles du pays. Trois de ses frères ont représenté le comté de Vaudreuil an Parlement. "
Du mariage de l'honorable juge Taschereau et de Marie- Antoinette Harwood sont nés sept enfants : I Adolphe- Robert-Elzéar ; II Marie-I^ouise-Hémédine ; III Antoine- Auguste ; IV Marie-Eugène de Lotbinière ; V Marie-Joséphine-Amélie-Harwood ; VI Arthur de Montarville ; VII Marie-Henriette-Corinne.
En secondes noces, à Ottawa, le 22 mars 1897, ^^ j^g^ Taschereau a épousé Marie-Louise, fille de feu Charles Panet, greffier en chef des bills privés, et de Euphémie Chateauvert.
De ce second mariage est né un fils : VIII Charles- Elzéar de Montarville.
ADOIvPHE-ROBERT-EIvZÉAR TASCHEREAU
Né à Québec le 14 septembre 1858.
Admis à la pratique du droit le 12 janvier 1882.
Il réside à Guelph, Ontario, oii il dirige une agence d'affaires.
M. Taschereau a épousé à Guelph, Ontario, le 17 novembre 1894, Kate-Harrington, fille de Henry Rogerset de Agnès Rogers.
Enfants : I Marie-Auguste-Agnès-Harwood ; II Henri-Elzéar-Auguste-Rogers.