‹ La famille TaschereauChapitre 88 sur 105 · ANTOINE-CHARLES TASCHEREAU · texte numérisé non relu

ANTOINE-CHARLES TASCHEREAU

Né à Sainte-Marie de la Beauce le 20 décembre 1845.

Lorsque, en 1868, les zouaves canadiens volèrent à la défense du Saint-Siège, Antoine- Charles Taschereau fut un des premiers à s'enrôler. Il partit avec le premier détachement qui s'embarqua à New- York le 22 février 1868 et arriva à Rome le 10 mars.

Le jeune Taschereau mourut à Rome, à l'hôpital des Sœurs de la Charité, le 29 août 1869, entre les bras de la Révérende Mère Supérieure des Sœurs de la Charité, ayant à ses côtés un Père Dominicain et plusieurs de ses compatriotes et compagnons d'armes. Son corps repose au cimetière Saint-Laurent.

Un A77ii adressait de Rome, le 2 septembre 1869, au Franco- Canadien , un adieu ému au jeune canadien qui avait sacrifié sa vie pour la défense de l'Eglise :

*' Aime Dieu et va ton chemin."

" Il avait compris tout le mystère de notre devise, le noble compagnon d'armes que nous conduisions au cimetière, il y a deux jours.

" Oui, Charles Taschereau, dès le début, s'était pénétré du sens vraiment chrétien de ces paroles qu'il a prises pour règle de sa conduite: " Aime Dieu et va ton chemin," et pas un instant il ne s'en est écarté. Il marchait droit dans ce chemin, sans regarder, ni à droite, nia gauche, mais fixant sans ceSvSe ses regards vers le but. Il l'a atteint ce but à la fleur de son âge, au milieu de sa course, au moment des plus douces et des plus riantes espérances, il a vu

une tombe s'ouvrir devant lui c'était la sienne !

Il n'est déjà plus cet ami fidèle et dévoué, il n'est plus ce soldat brave, honnête, loyal, franc et sincère, il n'est plus ce jeune chrétien aux nobles aspirations, à la foi forte, robuste, aux convictions profondes, à la vertu solide, douce, entraînante. Non, il n'est plus ! Nous regardons vainement autour de nous : sa place, au cercle, à la caserne,

est vide. Nous ne pouvons plus le retrouver que dans notre cœur, mais là il y est par les souvenirs les plus chers, et rien ne le fera jamais oublier. Oui, anu' tendre et dévoué, ta place est là. là dans notre cœur, ton nom y vivra toujours comme rembléme du véritable ami, comme le modèle du zouave pontifical ; en nous rappelant ton amour fili-d pour tes respectables parents ; ton dévouement sans borne à la cause de l'EglivSe, tes vertus solides et sans apparat, ton nom nous encouragera à ne pas faiblir dans la vie que tu as victorieusement parcourue, et dont tu as touché si tôt le terme.

" Quelques jours avant d'être frappé de la cruelle maladie qui l'a couché au lieu où il repose, Charles Taschereau formait avec nous les plus beaux projets. Il nous parlait avec enthousiasme du bonheur qu'il éprouverait à revoir la patrie, à se retrouver au milieu de sa famille, à consoler ses vieux et vénérables parents, car l'amour filial remplissait ce noble cœur. Hélas ! ces douces espérances ne devaient pas tarder à être anéanties. La grande patrie, la patrie de tous l'a réclamé et comme il était avant tout citoyen du ciel, il s'est rendu, non sans regrets, mais avec calme et résignation à l'appel du Roi. Il est retourné vers son vrai père pour recevoir de lui les grandes récompenses promises aux grands dévouements. Il est maintenant dans les bras de sa mère, la suppliant de verser un baume consolateur dans le cœur de celle qu'il laisse ici-bas, triste, désolée.

" Oui ! Charlci Taschereau est au ciel; pour lui les combats ont cessé, il entonne l'hymne de la victoire, — c'est là notre consolation, c'est là notre espérance, car la conduite de cet ami regretté a été chrétienne par-dessus tout.

"Nous aimons à nous rappeler, aujourd'hui, l'exemple touchant de piété qu'il nous donna pendant notre traversée de l'Océan. Nous étions en mer depuis huit jours, un vent favorable avait fait avancer rapidement notre navire. Nous allions bientôt toucher les rivages bénits de la vieille France, un devoir nous restait à accomplir, celui de témoigner à

Dieu notre reconnaissance pour la protection si manifeste qu'il nous avait accordée. Le premier mars, une messe fut dite à bord du Saint- Laurent. Une vingtaine d'entre nous s'approchèrent de la sainte table ; Charles Taschereau était du nombre, il fit sa communion avec une piété qui. édifia tout le monde. Cette communion fut pour lui un engagement solennel d'être toujours ouvertement et franchement pieux. Il a été fidèle à cet engagement. Le premier, il était rendu à l'église quand un office canadien nous y appelait et il fut un des premiers aussi à se faire inscrire comme enfant de Marie, dans la Congrégation de la Sainte- Vierge que dirige l'aumônier Daniel.

' * La franchise de son caractère et de son bon cœur lui avaient créé autant d'amis que de connaissances. Aussi il était beau de voir autour de son cercueil, non seulement, nous tous, ses compatriotes, avec Mgr de Montréal, ^L notre aumônier, Mgr Desautels, M. Larue, mais encore presque tous les hommes de sa compagnie. Les chefs eux-mêmes du bataillon, le commandant De Saisy, le capitaine adjudantmajor Vipart, le lieutenant Du Rébert, pour témoigner de la haute estime qu'ils avaient pour le noble soldat, voulurent venir prier sur sa tombe.

"Noble ami, nous aimons à regarder comme martyr, celui qui tombe sur le champ de bataille, en combattant pour la défense des droits de l'Eglise. N'avons-nous pas raison de te regarder comme deux fois martyr, toi qui est mort non pas dans les enivrements d'un combat, mais au milieu des atroces douleurs de la maladie dans un hôpital.

" Oui, nous t'honorons comme martyr de ton amour pour le vicaire de Jésus-Christ, martj'r de ton incomparable dévouement à la meilleure des causes.

" Incliné sur ta tombe, moi, ton ami, je te demande d'être ce que je t'ai trouvé, depuis le jour où j'ai eu le bonheur d'être compté au nombre de tes amis.

" Adieu ! Adieu ! ou plutôt au revoir là-haut !"

LOUIS-ELZÉAR TAvSCHERKAU Le continuateur de la troisième branche.

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