‹ La Fanchonette; opéra comique en trois actesChapitre 56 sur 99 · SCÈNE VU · texte numérisé non relu

SCÈNE VU

FANCHONNBTTE, CANDIDE, un valet.

CANDIDE, au fond, au valet.

C’est inutile, je qu’annoncerai bien tout seul... Apr^ ça, si vous y tenez absolument... annoncez Candide Babilot de Montargis...

LE VALET, annOOtQDt.

M. le marquis Candide Babilot de Montargis...

CANDIDE, criant an valet qui s’éloigne.

Mais non... mais non... je n'ai pas dit marquis!... Ecrivain public, si vous voulez un titre... (.^percevant Fanchonnette.) AhI quel bonheur!... Fanchonnctte !... je vous retrouve, enfin!... J’ai cru que je n’arriverais jamais jusqu’à vous au milieu de tout ce monde... et d’un drôle de monde encore!.. .

PANCHONNETTB.

Que veux-tu dire ?

CANDIDE

Figurez-vous que, tout à l’heure... comme je cherchais à vous rejoindre dans ce grand hôtel!... j’ai ouvert la porte d’un salon écarté, et je me suis trouvé tout à coup au milieu de dames et de demoiselles très légèrement vêtues, Fanchonnctte... habillées d'une peau de tigre... beaucoup trop courte... ce qui m’a fait baisser les yeux... et je ne les ai relevés qu’en me sentant prendre le men-

ACTJî U, SGÈNB VII. 7»

ton par une de ces demoiselles, qui m’a dit : « Il a l’air un peu bète, mais il est gentil I... >

Les danseuses de l'Qpéra mandées pour la fête, sans doute!,.. £t, dis-moi... mes femmes?... ma toilette?...

CANDIDE

Tout cela est ici... tout cela vous attend. J’ai fait apporter, selon vos désirs, des atours de reinel... Vous serez superbe!... et convenablement habillée, vous!... Aussi, vous ne me ferez pas baisser les yeux !... au contraire... et, comme je vous dis dans mon acrosticho :

< Phébus se lève, et sur ma Ijre,,. »

A propos... Fancbonnette, l’avez-vous lu, mon acrostiche?...

FANCHOtWRTTE, le tirant de sa poche.

Ton acrostiche?... Oui, tiens! le voilà I... Lis-le toimême...

CANDIDE, le perceurant des yeux.

Ah! mon Dieu!... Qu’est-ce que o’estque ça?... Eh! mais, parbleu I je le sais... je ne le sais que tropl... C'est ce grimoire en langue barbare que m’a fait copier ce grand seigneur espagnol !^..

Justement; de l’espagnol... Et, comme je tais un peu cette langue-là...

GANOIDB.

Oh ! mademoiselle Fanohonnette, vous savez trop de choses pour moi !...

FANCHONNBTTE.

J’ai lu ce papier, et voici ce qu'il dit, en français : ■ Ami, le 10 de ce mois, à la nuit tombante, M. Jean doit » traverser le bois de Vincennes, en revenant de l’abbaye > de Chelles... Placez vos hommes dans le taillis de l'o- » bélisque, et, au premier signal, tenez-vous prêts pour » l’enlèvement... La caisse du riche Boisjoly, dont j’é- » pouse la nièce, paiera les frais de la campagne, et, • quant à moi, je me charge du reste... »

CANDIDE, slupé&it, remettant l’écrit dans sa poche.

Qu’est-ce que tout cela signifie?...

Tu ne devines pas?...

CANDIDE

Je ne devine jamais rien, Fanchonnette...

Connais-tu M. Jean?...

CANDIDE

M. Jean?... très bienl... un gros herboriste du carrefour Bussy!...

Eh ! non... M. Jean, c’est le Régent.

CANDIDE

Est-il possible?

C’est lui que ses ennemis appellent ainsi...

CANDIDE, jetant un cri.

O ciel!

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