ACTE I, SCÈNE III
mais M. Tliomassin ou M. Loiscau, je me ferais clerc de procureur, et je vivrais avec vingt-quatre sous par our... mais un Listenay!... un prince de Listenay! icommedit lechevalier de Soyecourt... avec cent pistoles par mois, ne paie pas même les dentelles de ses manchettes... alors, on ne porte pas son nom, on le traîne !... ou plutôt on le cache... on s'appelle le lieutenant Gaston, et l’on mange en un jour le quartier de sa pension, pour se persuader qu’on a cent mille livres de rente...
LE CHEVALIER
Mais ton oncle, ce vieux prince de Listenay, si riche, et dont tu étais l’unique héritier?...
GASTON
Certainement... mes créanciers y comptaient!... et moi aussi... mais, mon cher oncle, à soixante-dix ans, avait encore les passions vives... et puis, vous savez, le bols sec, ça s’enflamme si vite... Le fait est que le vieux don Juan s'amouracha de je ne sais quelle femme qu’il emmena dans ses terres, et qui eut l’art de lui faire croire qu’un cœur de vingt ans pouvait battre encore pour ses rhumatismes!... aussi, dans la foi de cet amour vénal , mourut-il un beau jour, en laissant toute sa fortune à son Ariane éplorée...
LECHEVALIER
Et tu fus dépouillé ?...
GASTON
Complètement!... mais le plus plaisant, c’est qu’il no tenait qu’à moi de no pa.s l’étrel...
TOCS.
Comment cela ?
GASTON
Figurez-voas que l’héritière du défunt, touchée do la grâce, ou craignant plutôt sans doute que messieurs du Châtelet ne so mêlassent de cette affaire, eut l'audace de me faire offrir d’annuler le testament de mon oncle, et de me rendre ses biens !
VN OPFICIBB.
Que lu refusas?,..
GASTON
Je le crois bien I... cet or-là eût terni celui de mon blason... et je me contentai d’écrire ces mots :
« Mademoiselle, vous avez trop bien gagné votre for- 1 tune pour ne pas en jouir I... Quand le printemps > donne ses fleurs à l’hiver, l'hiver ne paie jamais trop » cher les fleurs du printemps !... >
TOüS.
Bravo I un madrigal 1...
GASTON
Un madrigal qui me coûte deux cent mille pistolcs... ceux de M. Benserade n’ont jamais été tant payés I...
TOUS
Mais qui vient là?...