‹ La fantomeChapitre 6 sur 15 · DUPLICITÉ · texte numérisé non relu

DUPLICITÉ

oui : et sois spiritualisée, beauté charnelle, et sois réalisé, intellectuel fantôme. »

Le Chœur. — Procul receda?it somnia Et noctium phantasmata !

— « Écoute, la conjuration des voix prie pour la pureté de ton sommeil. Les mauvais songes s'enfuient mécontents et honteux, leur laideur cachée sous des manteaux couleur de nuit, et les phantasmes terrifiés retombent dans leurs cavernes comme des fumées trop lourdes. Endorstoi sur mon épaule, formalité charmante d'une essence que j'ignore, dors et tu n'auras pas d'autres rêves que le rêve de rêver.

— (( Je dors. »

L'EU<iCE^S

VENCENS

Sa virginité connut l'étonnement d'avoir admis en soi un voyageur complètement inconnu. Il avait des façons amicales de s'insinuer qui fleuraient Timpertinence, des gestes spécieux et l'aplomb déconcertant de ces gens qui savent leurs forces, mesurent au juste les conséquences d'un coup d'audace. Hyacinthe se demandait comment elle avait pu précédemment proférer tant d'insanités et en écouter relatives aux délires spirituels. Comme tout était devenu clair! Des lumières rayonnaient sous ses paupières closes, et son intellect, libéré des doutes, planait, comme un oiseau d'aurore dans une atmosphère d'une limpidité éblouissante. Elle comprit que toutes les vérités, même les plus immémoriales, convergeaient vers un point central de sa chair et que ses muqueuses, par un

ineffable mystère, renfermaient dans leurs plis obscurs toutes les richesses de l'infini. Pendant une seconde presque séculaire elle fut convaincue que sa propre essence avait absorbé et détenait à jamais Tessence de tout; c'était une possession et une joie si démesurées qu'elle s'évanouit : à son réveil,ellc ne sentit plus rien qu'une grande lassitude et l'insupportable effarement d'avoir été dupée. Néanmoins elle se sépara sansrancune du chimériquevoyageur, et même luivouaune certaine amitié comme à un compagnon de grandes aventures, encore que fallacieuses.

Moi qui l'aimais hautement, voulais opérer en elle la transposition au mode mineur de mes personnelles et volontaires illusions, je fus péniblement impressionné, car elle n'avait rien manifesté, sinon de la surprise. Après comme avant, elle se montra pareille, aussi triste de vivre si peu, mais d'une tristesse différente, où la déception remplaçait l'ignorance.

Je la questionnai, mais la sensation était si loin, déjà, et si confuse, qu'elle répondit.

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avec cette franche simplicité convenueentre la noblesse de nos esprits :

« Ce n'est pas bien supérieur à manger une pêche. »

Comme le plaisir sexuel, hors les organismes de brutes, n'est que l'écho et la redondance du plaisir donné, ma joie diminua jusqu'à rien, jusqu'au rafraîchissement d'occasion, en une promenade, avec lé fruit qui pend au-dessus du mur — et je doutai de la légitimité d'une telle défloration.

Elle avoua cependant tout ce qui était vrai : le souvenir d'un envol dans leséthers-, mais si imprécis ! Plus tard, par la xépéti^ tion de sensations identiques, sa mémoire se fortifia et elle put confirmer ma divination.

— « Mais, ajouta-t-elle, il faudrait la durée, le toujours. Bref, ou moins bref, rinstant n'est qu'un instant.

— (( Et il n'y a que des instants. Croire que l'on capte l'infini dans un baiser !

— « Alors, plus! »

Cependant nous recommençâmes. La

satisfaction physique s'affirma, mais c'était ensuite comme une humiliation d'avoir été heureux par de l'inconscience. Ces secousses étaient nécessaires ; elles nous devinrent une habitude et nous n'y pensâmes plus guère en dehors du moment même.,

Ainsi nous y avions mis de la poésie en vain et du cérémonial ! Une chapelle privée, la nuit, des chants de jeunes filles, une assistance révérente aux mystères liturgiques, un évêque vieux et simoniaque à peine, de consécration presque pas douteuse, une immédiate installation sous des arbres d'une vénérabilité absolue, en une maison de jadis, close au vulgaire : et rien de sublime, pas une exceptionnelle volupté !

Hyacinthe sortait d'une race morte au monde depuis des siècles. Fleur d'automne et la dernière, elle accumulait en son parfum tout l'esprit de cette sève tardive, mais la jeunesse de ses nuances avait quelque chose d'une teinte inaccomplie faute de soleil, rose penchée sur une rivière d'ombre. Quand elle marchait, elle avait l'air

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d'être enveloppée et portée par un souffle de mystère qui jouait dans ses cheveux blonds comme lèvent soulève et anime les touffes tombantes des viournes le long des haies d'octobre.

; Destinée par la pâleur de sa nature à de perpétuelles déceptions, elle n'en souffrait qu'un instant, se résignait. Je pouvais la comprendre, moi, que des folies leurraient sans repos, à qui les réalités extérieures, cérébralement exagérées d'avance, échappaient toujours quand j'avançais la main vers a la cueillaison du rêve ».

Motif de désolation, oui, mais valable seulement pour des enfants ; pourtant de telles faillites, souvent répétées, finissent par détruire la native confiance de l'être en la vie, — et bientôt l'on n'avance même plus la main, sûr de ne ramener vers soi que le vide. Au rebours de ce qui est cru, c'est là une acquisition plutôt qu'une perle; arrivé à cet état mental, l'homme a compris l'inutilité absolue du mouvement, il se confine en lui-même, se trouve enfin apte à l'existence sérieuse et vraie. Il ne s'intéresse

plus qu'à la seule pensée, ses relations avec le monde sont réduites au nécessaire strict, à l'entretien urgent du substratum matériel, et toutes les questions qui agitent les peuples, émeuvent les individus, acquièrent immédiatement Timportance du fétu qui révolutionne une fourmilière.

Hyacinthe était apte à recevoir ces idées : elle les accepta, et, mésestimant tout le reste, nous nous occupâmes de nousmêmes et de l'infini.

Nous-mêmes, c'était l'amour. Spirituellement, nous ne pouvions nous atteindre qu'en Dieu, après avoir gravi la montagne mystique, et là, souffrir la crucifixion sur la croix de l'éternel Jésus : c'est ce que j'avais promis à Hyacinthe et c'est ce qu'elle croyait vouloir.

Physiquement, tous les grains de l'encens profane n'avaient pas été brûlés.

Je ne voulus pas condamner celle qui m'était confiée à l'ignorance éternelle d'un art si généralement estimé, et, tout en souhaitant qu'ils lui répugnassent, je lui en dévoilai les éléments les plus secrets.

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La curiosité la soutint dans cette épreuve, et nous épuisâmes avec méthode tous les articles de l'évangile gnostique, sans que notre santé eût notablement fléchi.

— « Exceptionnelles voluptés, me ditelle un jour, soit, mais tout cela revient au même et l'équivalence des moyens est certaine puisque le but atteint est toujours identique. De plus, l'exceptionnel qui se répète ne diffère pas du banal et enfin les recommencements du fini, c'est-à-dire du rien, ne peuvent jamais donner au total que néant. Je suis lasse et triplement dupée, je suis sans espoir ! Pourquoi m'as-tu traînée dans la honte des péchés abominables ?

— « Pour que tu sois bien vraiment sans espoir charnel, pour que tu connaisses l'humiliation d'avoir un sexe insatiable et menteur.

— « Si nous continuons,îe te mépriserai.

— « Hyacinthe, ton corps adorable me fait horreur.

— « Damase, tes lèvres perverses me font mal aux yeux, quand je les regarde, — après!

— « Ton profil est toujours ma joie.

— « Damase, te souviens-tu que nos âmes se visitèrent, — aux matines de notre amour ?

— « Oui, et tu e'tais pure, —comme le silence!

— « Rends-la moi, ma primordiale pureté.

— « La confession est lustrale, Hyacinthe. Ne viens-tu pas de dire ta honte ? — Elle n'est plus. »

Une Voix. — Hostemqiie 7iostriim comprime Ne polluantur corpora!

— « Le Verbe est répandu dans l'air et l'air, parfois, se condense en paroles. La pensée des invisibles gardiens est toujours présente autour de nous et la circonvolution de leurs ailes nous protège charitablement. Ils savent nos volontés et les réalisent quand elles ne contredisent pas les normes. Leur pouvoir, c'est la métaphore de tendre la main, et la voix est souvent la grande auxiliatrice : ils se font entendre s'il le faut. Que l'ennemi donc soit absent

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