‹ La farce de maître Pathelin publiée avec notice, notes et variantesChapitre 1 sur 23 · AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR

À L n’était pas possible de reproduire lit- {à téralement une ancienne édition de la Dÿ farce de Maistre Pierre Pathelin, parce Es) \ que, si les anciennes éditions, la plupart REZZS sans date, mais imprimées à la fin du XVE® siècle, sont assez nombreuses, aucune d'elles ne donne un texte complet, intelligible et correct. Il était également impossible de s’en tenir, dans une réimpression, au texte d’un des anciens manuscrits qui existent de cette farce célèbre, parce que ces manuscrits sont aussi fautifs, aussi imparfaits que les premières éditions du XVE siècle.

François Génin, qui avait étudié, avant nous, pendant dix ou quinze ans, le texte de Maistre Pierre Pathelin, et qui en a publié enfin une édition savante et remarquable à bien des égards (Paris, Chamerot, 1854, gr. in-8), était arrivé à formuler cette opinion analogue à la nôtre : « Il est bien difficile de croire qu’il existe aujourd’hui un texte de Pathelin dans sa pureté native, » Génin avait dû, en conséquence, s’efforcer d’établir ce texte, avec autant de soin que possible, en s’aidant à la fois des manuscrits et des anciennes éditions. Voici en

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quels termes il expliquait alors l’altération du texte primitif: « Durant plusieurs années, la farce de Pathelin, selon toute apparence, n’exista que dans la tradition orale, ou par fragments, dans les rôles à l’usage des acteurs. Lorsqu'on s’avisa de recueillir ces lambeaux pour en faire un livre, je crains qu’il ne fût déjà trop tard; la vogue mème de la pièce avait dû lui être une cause perpétuelle d’aitérations. Selon la province où ils récitaient, les comédiens remplaçaient un mot suranné par une expression courante; on changeait un proverbe, une rime, un vers devenu obscur; un changement en appelait un autre. Le bel esprit aussi se donna carrière : s’il y eut des vers supprimés, il y en eut d’interpolés. »

Nous ne pouvions mieux faire que de suivre l’exemple de François Génin et de nous conformer à son système d’éditeur, sans adopter cependant, sur tous les points, le texte qu'il avait corrigé et reconstitué à sa guise, d’après ses idées préconçues et selon son goût littéraire. Notre texte diffère donc du sien, quoiqu'il soit sorti des mêmes sources etappuyé des mêmes autorités. C’est un texte, en quelque sorte, fait de toutes pièces et, pour ainsi dire, trié sur le volet. Nous avons choisi arbitrairement les leçons qui nous ont paru les meilleures dans les différents manuscrits et les différentes éditions que nous pouvions comparer ligne à ligne et mot à mot. François Génin avait accordé la préférence à l’édition in-4, sans date, imprimée à Lyon vers 1486 par Guillaume Leroy; nous avons cru devoir, après examen, préférer à cette édition, qui passe pour être la première, une édition plus moderne et aussi plus correcte, pet. in-8, sans date, imprimée à Paris, vers 1510, par Guillaume Nyvert, dont la marque se trouve à la fin du volume.

La farce de Maistre Pierre Pathelin étant un des monuments les plus précieux de la vie'lle langue française, il était logique de ne pas négliger les bonnes variantes que nous offraient les manuscrits et les anciennes éditions; mais il nous a paru inutile et fastidieux d’admettre, parmi

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ces variantes, des expressions dépourvues de sens et des vers grossièrement défigurés. On verra, dans la liste bibliographique des éditions, quelles sont celles qui présentent le plus d'intérêt et qui méritent le plus de confiance Quant aux manuscrits, il en est deux que François Génin avait collationnés et qui nous ont fourni des variantes dignes d’être conservées ; l’un de ces manuscrits est de la fin du XV® siècle, in-4 sur vélin ; il appartenait au savant Émery Bigot, doyen de la Cour des Aides de Normandie sous le règne de Louis XIV. L’autre, in-4 sur vélin, date du commencement du XVI® siècle et provient de la collection du duc de La Vallière. Ils sont tous deux à la Bibliothèque nationale de Paris. Nous regrettons bien de n’avoir pas eu sous les yeux un troisième manuscrit, in-8 sur vélin, plus ancien que les deux précédents et beaucoup plus précieux, malgré une lacune de 226 vers au commencement, de 5o vers entre les 39° et 40° feuillets, et de 19 vers à la fin. Ce manuscrit, qui faisait partie de la bibliothèque dramatique de M. de Soleinne, nous eût donné un grand nombre de leçons excellentes.

Notre édition de Maistre Pierre Pathelin, moins ambitieuse et moins surchargée de notes et de dissertations que celle de François Génin, ne sera peut-être pas moins complète ni moins soignée. Dès à présent, nous pouvons dire, avec un certain orgueil, que notre texte est fait, puisque le traducteur du vieux Pathelin, repris au Théâtre- Français avec succès après trois siècles et demi d’interruption scénique, et remis définitivement au répertoire, n’a trouvé rien de mieux que de placer ce texte, comme un original consacré, en regard de sa traduction littérale, C'est un honneur que mon ami Édouard Fournier a bien voulu faire au dernier éditeur de ce chef-d’œuvre comique du XV® siècle, lequel pourrait être de Villon, et que nous avons laissé à Pierre Blanchet.

Nous sommes presque fier de déclarer que notre texte reparait ici tel que nous l’avions établi dans l’édition de 1859, sauf quelques utiles corrections que nous de-

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